Russie : le libéralisme n’est pas pour demain

Vladimir Poutine (Crédits World Economic Forum, licence Creative Commons)

Si la victoire du parti du président Poutine aux législatives ne fait aucun doute, il est intéressant de voir que la situation générale de la Russie n’évolue pas vers plus de libertés.

Par Alexandre Massaux.

Les élections législatives russes ont commencé le 17 septembre et vont durer jusqu’au 19 septembre, une particularité liée au fait que le territoire russe s’étale sur onze fuseaux horaires. Si la victoire du parti du président Poutine ne fait aucun doute, il est intéressant de se pencher sur la situation générale du pays.

Quatre partis principaux sont en lice pour ces élections :

  • Le parti dirigeant « Russie Unie » Единая Россия qui est celui du président Vladimir Poutine domine les sondages avec des scores entre 30 % et 45 %.
  • Le parti communiste КПРФ (Коммунистическая партия Российской Федерации) est la seconde force politique du pays avec un score entre 15 et 19 %. Elle apparaît être la force montante au sein de l’opposition autorisée.
  • Le parti libéral démocrate ЛДПР (Либерально-демократическая партия России) qui malgré son nom est un parti nationaliste et populiste. Son score est estimé autour de 10 %.
  • Le parti « Russie Juste » Справедливая Россия, une formation de centre gauche mais qui apparait être pro-Poutine.

Alexey Navalny, l’opposant le plus médiatique et le plus connu en Occident a appelé à un « vote intelligent » depuis sa prison. Il s’agit de voter pour le candidat le mieux placé pour mettre en difficulté Russie Unie. Ce qui se traduira souvent par le candidat communiste.

Aucun libéralisme sur la scène politique russe

Toutes ses formations politiques partagent en commun, un fort nationalisme. Ce trait politique est désormais bien ancré sur la scène électorale russe. Même Navalny, qui est plus antisystème que les autres formations, a été mêlé aux milieux nationalistes. Ce qui lui a d’ailleurs valu de perdre le soutien d’Amnesty International avant que cette dernière ne décide de lui redonner le statut de « prisonnier d’opinion » en mai 2021.

Il apparait néanmoins que pour percer dans la politique russe, il faut être nationaliste. Rappelons qu’en 2019, la politique de Staline, le plus nationaliste des dirigeants soviétiques, est vue positivement par 70 % de la population. Soit une popularité supérieure à celle de Poutine.

La politique russe reste prisonnière d’une vision étatique de la société. Si le gouvernement de Poutine y a joué un rôle certain, elle est aussi le résultat de la période de crise des années 1990. Cette dernière a vu l’enrichissement des oligarques (dont une partie était membre de la nomenklatura soviétique) au détriment de la population.

La Russie prisonnière de l’étatisme et du capitalisme de connivence

Ces tendances ne sont pas étonnantes. En 2019, seulement 38 % de la population russe est favorable l’économie de marché. De même, 43 % de celle-ci est pour un système politique multiparti. Un contraste avec le reste des ex-pays du bloc soviétique qui approuvent largement ces valeurs libérales.

Le libéralisme et le marché libre sont confondus avec le capitalisme de connivence qui fait effet de repoussoir. De même, le retard économique russe (un phénomène qui a accompagné la Russie à travers son histoire) a servi de terreau pour un fort nationalisme (voire un exceptionnalisme russe) qui se combine facilement avec l’autoritarisme.

Poutine a su utiliser ces facteurs pour développer une vision étatique dans le but de récréer un État russe fort. Le choix de se concentrer sur l’industrie pétrolière a pu donner des résultats positifs pendant la décennie 2000, mais le manque de diversification et de réforme de l’économie montre désormais ses effets, développant le mécontentement de la population.

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