À quoi Poutine doit-il sa popularité ?

Vladimir Putin by Global Panorama(CC BY-SA 2.0) — Global Panorama, CC-BY

Posée par une journaliste en 1999, la question « qui est M. Poutine » a-t-elle trouvé enfin une réponse ?

Par Thierry Godefridi1.

« Qui est M. Poutine ? » Cette question, un journaliste la posa à la délégation russe présente au Forum économique de Davos de janvier 2000, quelques jours après que, le 31 décembre 1999, Boris Eltsine eut transmis le pouvoir à Vladimir Poutine. La question suscita l’embarras du côté russe, l’hilarité dans les travées. Elle resta sans réponse.

Posée aujourd’hui, 20 ans après, cette même question ne provoquerait ni embarras, ni hilarité. A-t-elle reçu réponse entretemps ?

Vladimir Vladimirovitch Poutine est né le 7 octobre 1952 à Saint-Pétersbourg (Leningrad à l’époque). Depuis 1999, il est l’incontestable, sinon incontestée, figure centrale de l’exécutif russe, alternativement comme président du gouvernement (1999-2000 et 2008-2012) et président de la Fédération (par intérim de 1999 à 2000, de plein exercice de 2000 à 2008 et sans discontinuation depuis 2012).

Vladimir Poutine fut officiellement élu président de la Fédération de Russie en mars 2000. À la tête de la Russie depuis 20 ans, il pourrait y rester 16 années supplémentaires. C’est ce que la plupart des observateurs occidentaux relèvent de la réforme constitutionnelle qui a été soutenue par les Russes à 74,1 % avec un taux de participation de 65 %.

Selon Héléna Perroud, auteur franco-russe d’une biographie de Vladimir Poutine, ce dernier jouirait d’une réelle popularité dans son pays et, de tous les dirigeants russes qui l’ont précédé au XXe siècle, il serait le plus « occidental ».

Remettre debout la Russie

Poutine est né quelques mois avant la mort de Staline et seulement huit ans après la fin du tragique blocus de Saint-Pétersbourg, la ville où ses parents vivaient à l’époque. Le siège dura près de 900 jours et fit 1 800 000 victimes dont un million de civils.

Les parents de Poutine sont des miraculés. « La vie est une chose simple et cruelle », écrivit Poutine, lequel faillit ne jamais naître car sa mère fut emportée pour moribonde pendant le blocus et ne dut sa survie qu’à la détermination du père de Poutine de la garder auprès de lui.

Après le démantèlement de l’Union soviétique et des années 1990 qui laissent des souvenirs humiliants dans la mémoire collective, « Poutine a reçu en héritage un pays dévasté et à genoux, avec une majorité de la population démoralisée et tombée dans la misère. Et il a fait son possible pour le remettre debout petit à petit, lentement », déclara Alexandre Soljenitsyne en 2007.

C’est à améliorer la vie des Russes que le nouveau président s’est attelé en priorité, et, pour ce faire, à booster la croissance économique. La Russie dispose de ressources naturelles considérables. Que l’on en juge : par rapport à la région Asie-Pacifique, la part russe compte pour plus de la moitié du domaine forestier, 27 % du gaz et 17 % du pétrole, plus de 30 % de l’or, et presque tous les gisements de diamant. Mais, ce territoire gigantesque, il a fallu l’habiter et l’exploiter.

Poutine et ses relations avec la Chine

La différence démographique est colossale à la frontière orientale avec la Chine (4195 km) : un habitant au km2 côté russe, 100 habitants au km2 côté chinois. L’Extrême-Orient russe regorge de richesses, mais il s’est vidé de sa population. Or, il est situé dans une région du monde en pleine croissance et il est gratifié d’un voisin dont le trop-plein démographique est attiré par la Sibérie orientale (36 % de la surface du pays, 6,2 millions de km2, 6,2 millions d’habitants), conquête relativement récente de la Russie et longtemps le lieu de confrontations entre influences russes et chinoises.

La géographie commande à la Russie une relation de bon voisinage avec la Chine, d’un côté le pays le plus vaste, de l’autre, le pays le plus peuplé de la Terre. Les deux pays ont en commun l’étendue des mandats de leurs dirigeants : cela permet d’établir des relations de confiance durables.

Le 21 mai 2014, la Russie et la Chine ont d’ailleurs signé un contrat d’approvisionnement gazier de 30 ans d’une valeur de 400 milliards de dollars, le plus important jamais signé dans le monde.

La Chine n’est toutefois pas le seul pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui fasse l’objet de l’assiduité de la Russie. Les cinq pays se réunissent en un sommet annuel depuis 2011 et le groupe représente près de la moitié de la population mondiale, un quart du produit mondial, près d’un cinquième du commerce international.

À l’horizon 2040, le PIB total de ces grandes économies à la croissance dynamique, superpuissances émergentes, devrait excéder celui des pays du G6 (États-Unis, Japon, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, France).

Poutine et l’Europe

Quel est le regard de Vladimir Poutine sur l’Europe ? « Nous sommes Européens, a-t-il clamé. Quel que soit l’endroit où vivent nos peuples, en Extrême-Orient ou dans le Sud, nous sommes une part de la culture occidentale européenne. »

Mais il perçoit les plus grandes démocraties européennes (Allemagne, France, Grande-Bretagne) et a fortiori les autres États du Vieux Continent comme inféodés aux États-Unis via l’OTAN, voire via l’Union européenne.

Héléna Perroud plaidait dans son essai sur Poutine pour un dialogue constructif de l’Europe avec la Russie. « Face au milliard de Chinois, face au milliard d’Indiens, face au terrorisme islamiste, il serait sans doute temps, estimait-elle, de penser en Europe une autre relation à la Russie. »

L’autoritarisme se renforce-t-il en Russie ?

Le mandat actuel du maître de la Russie échéant en 2024, l’Europe vient de se voir accorder peut-être 12 années supplémentaires, jusqu’en 2036, pour y arriver avec l’actuel occupant du Kremlin.

Faut-il voir dans le résultat du référendum un renforcement du régime autoritaire de la Russie ? La notion d’autoritarisme en est une à géométrie variable et sélective dans les médias occidentaux, selon qu’elle s’applique à certains États de l’UE ou à d’autres États ailleurs dans le monde.

Monsieur Poutine dût-il passer le restant de ses jours au pouvoir, que l’on tienne compte de ce que les Russes sont invités à voter et à s’exprimer, ce qui les distingue déjà des Chinois par exemple. Que l’on tienne aussi compte de ce que, dans l’un et l’autre régime, non seulement les potentats mais aussi les classes moyennes qui s’y sont développées ces trois dernières décennies se montrent plutôt favorables au statu quo qui leur assure stabilité et sécurité et les garde de la chienlit.

Certes, lorsque Vladimir Poutine annonça la réforme constitutionnelle, il la motiva, d’après une correspondance privée avec un interlocuteur d’origine russe, par la nécessité d’assurer « un meilleur équilibre entre les différentes branches du gouvernement » et il s’avère qu’en réalité les pouvoirs du président russe après l’adoption des amendements constitutionnels non seulement ne diminueront pas, mais augmenteront encore. Il pourra désormais influencer les autorités exécutives, législatives, judiciaires et même régionales.

Ceci étant, l’Union européenne est-elle en position de porter des jugements et de donner des leçons en matière d’autoritarisme, elle dont les plus hautes instances n’ont aucune légitimité électorale et s’occupent à instaurer en Europe une dictature de type écologiste, juridique et « monétariste » ?

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