(16) Psyché : l’astéroide à 10 trillions de dollars

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L’exploitation de tous les minéraux présumés de (16) Psyché, évalué à10 trillions de dollars, un astéroide provoquerait une crise économique.

Par Gérald Autier.

En décembre 2020, le Planetary Science Journal publiait les résultats du traitement de clichés que le téléscope Hubble avait pris de (16) Psyché, un astéroïde de la ceinture principale d’une masse précédemment estimée à (2.72 ± 0.75) × 1019 kg. Les auteurs de cette étude émettent l’hypothèse que Psyché est essentiellement composé de fer et de nickel.

La mission Psyché que la NASA prévoit de lancer en août 2022 permettra certainement d’en apprendre plus encore sur ce corps céleste.

D’aucuns se sont d’ores et déjà amusés à calculer la valeur marchande de cet astéroïde. Elle avoisine, selon eux, les 10 trillions de dollars (10 000 000 000 000 000 000), soit 70 000 fois le PIB mondial en 2019 ou encore 200 milliards de fois la fortune de Jeff Bezos, l’homme actuellement le plus riche du monde.

Ce chiffre astronomique a fait tourner la tête à certains commentateurs qui imaginent déjà que la vente des métaux composant cet astéroïde assurerait à tout être humain un matelas financier très confortable.

Cette hypothèse de science-fiction n’est-elle pas fantaisiste ?

Supposons que nous puissions ramener sur Terre les métaux qui entrent dans la composition de (16) Psyché. En premier lieu, convenons que le prix de ces métaux s’écroulerait pour avoisiner zéro. En effet, la valeur d’un objet ou d’une ressource est fonction de sa rareté et de son utilité. Une ressource en surabondance n’a aucune valeur marchande. En second lieu, la profusion de ces métaux aboutirait à un grand nombre d’utilisations nouvelles, dont l’exploitation n’est aujourd’hui financièrement pas rentable. Dans le même temps, gageons que le coût de production de biens et services utilisant ces matières premières serait fortement réduit, ce qui engendrerait un gain notable pour le consommateur.

Imaginons un instant que le prix des métaux présents dans la composition de (16) Psyché ne s’effondre pas et que nous puissions, par exemple, les vendre au prix du marché terrestre à une civilisation extraterrestre dont les besoins en matières premières seraient immenses et non satisfaits. Une distribution équitable du produit de cette vente octroierait à chaque Terrien un joli pactole de 14 milliards de dollars.

Serions-nous pour autant tous riches ?

Dans une économie de marché, où les prix sont librement fixés, celui d’un bien ou d’un service reflète la valeur qu’il a aux yeux, à la fois, de l’acquéreur et du vendeur. Les prix dépendent de nos préférences subjectives et non d’une valeur intrinsèque.

Lorsque la quantité d’un bien augmente, son prix diminue. Les monnaies, comme tous les autres biens et services, ne font pas exception aux lois de l’offre et de la demande. Puisque la monnaie est également unité de mesure, l’érosion de son pouvoir d’achat se manifeste par la diminution du nombre de biens et de services que cette unité monétaire permet d’acquérir.

En d’autres termes, cette manne galactique qui augmenterait spectaculairement la masse monétaire reviendrait à avoir plus d’argent pour acheter une quantité de biens et de services inchangée, ce qui impacterait le prix de tous les biens et services. Représentons-nous une vente aux enchères où chaque acheteur disposerait de 14 milliards de dollars de liquidité, les prix de vente attendraient alors des sommets.

Si cet événement isolé de la vente à des extraterrestres des métaux de (16) Psyché se produisait, les prix sur Terre traverseraient une période d’ajustement tumultueuse : il y aurait alors pénurie de certains biens et services et surabondance monétaire. Certains agents économiques, leurrés par l’illusion de richesse, seraient conduits à faire des mauvais choix d’allocation de leur épargne. Il est probable que la richesse relative des uns et des autres retomberait peu ou prou à son niveau actuel. 

Dans de nombreux pays, la notation de l’unité monétaire connaîtrait une extension du nombre de zéro. Un plombier proposerait ses prestations pour plusieurs milliards de dollars mais il achèterait sa baguette de pain à plusieurs centaines de millions de dollars. La rareté relative des biens et des services ne serait pas affectée. Autrement dit, les prix s’ajusteraient pour retrouver un niveau correspondant à la valeur relative que chacune propose sur le marché.

Un impact sur les épargnants

Comment les épargnants agiraient-ils dans cette nouvelle situation ? À l’annonce de cette répartition du produit de la vente des métaux de l’astéroïde, ceux faisant preuve de sagacité s’empresseraient d’échanger leurs liquidités contre des actifs tangibles : œuvres d’art, biens immobiliers, parts de sociétés… Ceux d’entre eux qui ne convertiraient pas leurs encaisses devraient se résoudre à une dilution considérable de leurs économies. Imaginez un épargnant disposant d’un million de dollars avant la distribution de sa « prime Psyché », il se retrouverait au même niveau financier que son voisin qui disposerait de 14 milliards comme lui après le versement. Avec son épargne qui aurait pu lui permettre d’acquérir un bien immobilier, il ne pourrait même plus s’acheter une demi-baguette. Le coût de l’ignorance des épargnants sous-estimant les effets de cette inflation serait vraisemblablement très élevé.

Dès lors, la distribution à chaque Terrien de 14 milliards de dollars enrichirait ceux qui auraient eu la clairvoyance de convertir leur épargne en actifs tangibles et appauvrirait les autres.

Cette fiction peut sembler à première vue farfelue mais elle n’est pas si éloignée de la réalité. La politique monétaire interventionniste (modification du taux directeur des Banques Centrales, opérations d’Open Market) a été accentuée depuis la crise des subprimes. Pire encore, aux États-Unis et au Royaume-Uni, de nombreux dirigeants prônent une impression monétaire illimitée. Cette politique monétaire suscite deux inquiétudes majeures que l’exemple de la vente des métaux de (16) Psyché n’a pas mis en lumière : d’une part, le point d’entrée de l’argent créé et d’autre part, la durée de cette politique.

Cette monnaie nouvellement imprimée entre dans l’économie sous la forme de subventions arbitrairement distribuées et d’expansion forcée du crédit bancaire. Ce canal favorise certaines catégories sociales par rapport à d’autres. Les premiers à recevoir de l’argent dépensent selon leurs préférences – ce qui augmente le prix de ces biens ou actifs au détriment de ceux qui ne reçoivent pas d’argent.

Par ailleurs, cette expansion monétaire s’étale sur une période beaucoup plus longue qu’une prime exceptionnelle versée en une seule fois, ce qui incite les agents économiques à faire de mauvais choix d’investissement dans le temps. Ces erreurs accumulées – destructrices de richesse – sont désastreuses pour l’économie. Ce flux continu d’expansion monétaire alimente des distorsions dans la structure des prix qui finiront inévitablement par devenir insoutenables : ce sera la crise.

Dans la mythologie grecque, Psyché, rivale malgré elle d’Aphrodite, perd ce qu’elle possède de plus précieux à cause de l’envie et de la jalousie de ses sœurs. Espérons que l’illusion d’une richesse infinie – la politique monétaire actuelle – ne nous fasse pas perdre à nos économies ce qu’elles ont de plus précieux : la stabilité.

 

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