L’impôt d’inflation

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L’impôt d’inflation n’est en fait qu’une catégorie particulière de ce concept plus général qu’est le seigneuriage. Suite de notre série sur l’impôt par Pascal Salin et Philippe Lacoude.

Par Pascal Salin et Philippe Lacoude.

Première partie de la série ici
Seconde partie de la série ici
Troisième partie de la série ici
Quatrième partie de la série ici
Cinquième partie de la série ici
Sixième partie de la série ici
Septième partie de la série ici
Huitième partie de la série ici
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Dixième partie de la série ici
Onzième partie de la série ici

Douzième partie de la série ici

On peut appeler seigneuriage le profit obtenu dans la production de monnaie. Mais on parle aussi souvent de l’impôt d’inflation, c’est-à-dire du profit obtenu par les producteurs de monnaie du fait que les détenteurs de monnaie sont obligés de reconstituer leurs encaisses en cas d’inflation. Mais cet impôt d’inflation – terme qu’il conviendra éventuellement de discuter – n’est en fait qu’une catégorie particulière de ce concept plus général qu’est le seigneuriage.

Vol de richesse

Il y a quelques années, le président de la Réserve Fédérale américaine, Ben Bernanke, apparaissait devant les membres de la Chambre des Représentants donnant lieu à ce dialogue :

Représentant Ron Paul : « M. Bernanke, si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous me dire si vous faites ou non vos propres courses à l’épicerie ? »

Président de la Fed, Ben Bernanke : « Oui, je les fais. »

Député Ron Paul : « D’accord, vous êtes donc au courant des prix, mais vous connaissez cet argument selon lequel les prix augmentent d’environ deux pour cent par an ; les gens ne le croient pas. Vous savez que l’ancien indice des prix à la consommation dit que les prix augmentent de neuf pour cent l’an ; ça, ils le croient. Si les gens ont un revenu fixe, ils souffrent vraiment. La classe moyenne souffre vraiment parce que son taux d’inflation est beaucoup plus élevé que ce que le gouvernement essaie de leur dire. Si vous me prêtez cent dollars et que dans deux ans je vous en rends 90, vous seriez assez contrarié. Mais nous remboursons avec de l’argent qui vaut dix ou quinze ou vingt pour cent de moins et personne ne semble être capable de faire quoi que ce soit à ce sujet. C’est très énervant. C’est du vol si je ne vous rends pas vos cent dollars si vous m’avez prêté cent dollars. Mais ici quelqu’un vous vole dix dollars. Alors quelqu’un vole de la richesse. »

L’inflation est un impôt

Qui vole de la richesse ? En fait, les banques centrales lorsqu’elle accroissent la quantité de monnaie en circulation. Elles abaissent la valeur de cette dernière. Le changement relatif de cette valeur est ce qu’on appelle le taux d’inflation.

L’inflation est donc un impôt sur les détenteurs d’espèces.

Comme de nombreux autres impôts que nous avons examiné, son incidence est diffuse mais il est évident que l’inflation est en grande partie payée par les classes moyennes.

Comme les autres impôts, les recettes de l’inflation – le seigneuriage – rapporte considérablement moins que les coûts induits par l’usage d’une monnaie qui se déprécie : en effet, l’inflation impose une constante révision des prix, des contrats et des anticipations des agents. En ce sens, l’impôt d’inflation fait partie de ces impôts dont les recettes sont considérablement plus basses que les pertes économiques qu’ils engendrent.

L’inflation augmente les autres impôts

De plus, l’inflation augmente artificiellement l’assiette de l’impôt sur les plus-values et pousse les contribuables dans des tranches supérieures des impôts progressifs.

En théorie, avec l’indexation des barèmes, le problème ne se pose pas mais comme le fait remarquer Ron Paul, ceci dépend de la véracité des calculs de l’indice des prix, une construction artificielle.

Il serait évidemment bénéfique d’adopter des monnaies non-inflationnistes : dans une telle économie, le prix des biens en termes de monnaie n’augmenterait pas ou baisserait, c’est-à-dire que la valeur de la monnaie, en termes de biens, serait stable ou augmenterait.

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