La cosmétique du futur sera génétique

Photo by National Cancer Institute on Unsplash https://unsplash.com/photos/J28Nn-CDbII

Le développement de la génétique mêlée à la nutrition peut avoir des effets prometteurs sur la santé et la beauté.

Par Bernard Perbal.

La démocratisation des concepts de nutrigénomique, nutrigénétique et nutricosmétique a bouleversé la perception de la santé et de la beauté par le consommateur. La révolution cosmétogénétique qui est en marche et qui s’inscrit dans la résilience, l’inclusivité, la durabilité, la précision et l’équité souhaitées par les industries cosmétologiques, en sera le point d’orgue.

Beauté et société

Initialement associée à un ensemble de qualités procurant du plaisir aux sens, la beauté joue un rôle social fondamental dans l’établissement des relations humaines et les regroupements.

Selon le modèle d’inter-actionnisme symbolique de George Herbert Mead, la construction de l’identité sociale et de la personnalité socio-culturelle humaine, s’effectue au travers de l’observation et de l’interaction avec autrui, des réponses aux perceptions que les autres ont de nous et de l’intégration des opinions externes et des sentiments internes.

Soumis à l’apologie du corps parfait véhiculé par la presse, les médias audiovisuels, les campagnes de publicité ou les défilés de mode, les individus se sont ainsi lancés dans  « une recherche frénétique de l’embellissement« . Ils sont devenus grands consommateurs de produits de beauté dont l’ l’industrie cosmétique leur vantait les effets mirifiques.

De la cosmétique « active » à la nutricosmétique

Au cours des deux dernières décennies, de très nombreux produits chimiques et dérivés purifiés de sources naturelles ont été utilisés par les industriels sous le nom de cosmeceutical, ou produits cosmétiques actifs.

Cependant, les consommateurs ont pris conscience du fait que les activités bénéfiques attribuées à nombre de ces produits manquent de démonstration scientifique solide.

Aujourd’hui, la situation a évolué et la clientèle désire vivement savoir ce que contiennent les produits cosmétiques et sur quelle base reposent leurs effets supposés.

Parallèlement à cette mutation comportementale globale, le consommateur a voulu renforcer et redéfinir sa position centrale dans un univers commercial jusqu’alors créateur de besoins.

Nous sommes ainsi passés du concept de beauté intérieure énoncé en 1875 par Schiller, selon qui « la beauté physique est le signe d’une beauté spirituelle et morale intérieure » à la notion de beauté venant de l’intérieur ou beauty from within.

Le bien-être intérieur source de beauté résulte d’une santé biologique et spirituelle dont le consommateur souhaite devenir acteur par la maîtrise de sa propre santé (nutrigénomique) et de son apparence au travers de son alimentation (nutricosmétique).

La nutricosmétique en pratique

Amorcé il y a une dizaine d’années, le marché mondial de la nutricosmétique est en pleine expansion avec une valeur estimée à 17 milliards de dollars en 2023.

Inspiré de la nutrigénomique qui étudie les effets du régime alimentaire sur l’expression du génome dans les conditions normales, la nutricosmétique souhaite apporter aux consommateurs, par une approche holistique, des réponses à leur désir d’améliorer la convergence d’un bien-être interne et l’expression de leur beauté intrinsèque.

Cette approche est fondée sur l’utilisation dans l’alimentation de produits naturels ou scientifiquement validés susceptibles de favoriser un équilibre intérieur et compenser les modifications métaboliques associées au stress ou au vieillissement cellulaire et tissulaire.

Les applications de la nutricosmétique reposent sur plusieurs causalités scientifiquement établies dans des domaines concernant les effets de l’environnement, du vieillissement cellulaire et des déficiences fonctionnelles biochimiques qui y sont associées.

Ainsi, par l’utilisation d’antioxydants, les produits utilisés visent à combattre les effets délétères des radicaux d’oxygène réactifs générés lors du vieillissement ; les déficiences en nutriments, vitamines, sels minéraux et autres protéines ou corps gras nécessaires au renouvellement et à la bonne santé de la peau des ongles et des cheveux.

Plusieurs produits font appel à des combinaisons multiples de composés actifs.

Parmi les produits phares du moment, on peut mentionner à titre d’exemples :

1) une préparation commerciale de Biotine et de collagène marin, avec un mélange dérivé d’algues marines pour le traitement des cheveux.

2) une préparation complexe contenant des extraits de pomme, d’ortie accompagnés de Shatavari (plante issue de l’Ayurveda, considérée comme la plus ancienne médecine indienne holistique du monde) pour le traitement de la racine de cheveux s’amincissant chez les femmes dans la phase post-partum.

3) un mélange d’extraits de verveine citronnée, de romarin avec des feuilles d’olivier et de sophora du japon pour traiter les rides et le stress oxydatif.

4) l’utilisation de collagène provenant de la membrane de coquille d’œuf, pour favoriser le maintien de la douceur et de l’élasticité de la peau.

5) le transresveratrol isolé à partir d’extrait de la Renouée du Japon pour renforcer la production corporelle d’antioxydants.

Une avancée très remarquée au cours des deux dernières années concerne la démonstration des effets d’extraits de tomates pour freiner les conséquences néfastes des rayons UVA et UVB sur la peau.

Des études réalisées selon des protocoles scientifiquement éprouvés ont établi les effets photoprotecteurs de polynutriments contenus dans certains suppléments alimentaires, grâce à une action modulatrice de ces composés sur les processus inflammatoires et le stress oxydatif induits par les UV.

Ces observations pourraient permettre de remplacer les mélanges d’oxyde de zinc et de dioxyde de titane, couramment utilisés comme filtres UV dans les crèmes solaires, par des mélanges de phytonutriments naturels.

Dans le même ordre d’idées, l’utilisation de peptides dérivés de l’hydrolyse du collagène, dans des compositions multifonctionnelles contenant du zinc et de la vitamine C, connus pour leurs effets stimulateurs de bien-être, est un des piliers de la nutrigénomique cosmétique.

La cosmétique de demain sera-t-elle génétique ?

À l’image du modèle de la médecine de précision dont les bases furent jetées aux États-Unis, se profile une évolution similaire des traitements cosmétiques.

Fondée d’une part sur une meilleure connaissance des relations existant entre la nutrition et la santé (nutrigénomique), source de bien être et de beauté (nutricosmétique), et d’autre part sur la personnalisation des régimes alimentaires adaptés à chaque consommateur (nutrigénétique), la cosmétique du futur tirant parti des données génétiques individuelles (cosmétogénétique) fait progressivement son entrée depuis quelques années sur la scène de l’innovation.

À quoi pourrait ressembler la cosmétogénétique personnalisée du futur ?

Pour bien comprendre les principes sur lesquels sont fondées les approches de cosmétogénétique, il faut savoir que des différences ponctuelles (appelées SNP pour Single Nucléotide Polymorphism) dans l’arrangement des blocs de construction de l’ADN (constituant notre génome) ont été associées à de nombreuses manifestations phénotypiques de notre personnalité génétique individuelle.

Elles sont responsables de notre personnalité génétique unique et du polymorphisme des individus .

Un  grand nombre de ces SNP sont associés à des caractéristiques intéressantes pour la mise au point de traitements cosmétologiques ou pharmacologiques permettant de mieux gérer le bien-être intérieur dont dépend l’expression de la beauté individuelle.

On connaît ainsi des SNPs associés à la rosacée, à la pigmentation faciale, aux réactions cutanées inflammatoires, à la dermatite atopique, à la sensibilité cutanée aux staphylocoques, à l’autofluorescence cutanée, au vitiligo, ou à la sécheresse cutanée aiguë pour ne citer que quelques exemples.

La détection de ces marqueurs dans l’ADN des consommateurs pourrait aider à établir des régimes alimentaires personnalisés dans les cas où ces dérèglements ont une cause diététique connue ou à des traitements cosmétiques personnalisés.

On sait en effet depuis des décennies que les actifs utilisés en pharmacologie, diététique ou cosmétologie ont des effets qui sont déterminés par la constitution biologique et génétique des consommateurs. Tout comme il est maintenant admis dans la médecine de précision, que le concept de traitement médical « universel » doit être abandonné au profit de traitements personnalisés, la cosmétogénétique de demain pourrait reposer sur une identification des SNP génomiques des consommateurs.

Le développement des miroirs « intelligents » par L’Oréal et CareOs, pourrait fournir un support de choix pour une interrogation personnalisée non intrusive donnant lieu à une recherche ultérieure des marqueurs génétiques responsables des critères phénotypiques analysés par ces miroirs.

Il est même concevable de télécharger le contenu de génomes individuels sous forme numérique dans des appareils portables de type smartphones, qui pourraient permettre des recherches spécifiques et personnelles de marqueurs d’intérêt par des systèmes d’intelligence artificielle adaptés.

Enfin, il est permis d’envisager que, dans un avenir proche, la présence de SNPs associés à l’expression de traits phénotypiques jugés indésirables par le consommateur, puisse être corrigée par les techniques de modifications ponctuelles du génome, qui, considérées jusqu’à présent comme de la science-fiction, sont aujourd’hui en pleine expansion.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.