Pass sanitaire : arrêtons les frais !

vaccine BY VCU Capital News Service(CC BY-NC 2.0) — VCU Capital News , CC-BY

Au vu de la couverture vaccinale obtenue par Macron, ne serait-il pas temps de mettre fin à la sinistre blague du pass sanitaire ?

Par Nathalie MP Meyer.

Alleluia, Emmanuel Macron a réussi son pari vaccinal ! L’objectif de 50 millions de primo-vaccinés à fin août débordera nettement sur le mois de septembre, mais après un démarrage laborieux, et grâce à des menaces, pardon, des méthodes de persuasion redoutablement, pardon, démocratiquement efficaces du style « pas de vaccin → pas de cinéma, pas de restau, pas de job », la France est parvenue à se hisser au cinquième rang mondial pour la couverture vaccinale, devançant l’Allemagne, les États-Unis et même les champions des débuts comme Israël et le Royaume-Uni !


Dans ce graphe du site Our World in Data, les chiffres France sont arrêtés au 26 août 2021.

D’après les données du gouvernement au 29 août 2021 reprises par le site covidtracker, 72 % des Français ont reçu au moins une dose de vaccin et 65,1 % ont reçu toutes les doses requises. Si, plus logiquement, on ne considère que la population éligible, c’est-à-dire les personnes âgées de 12 ans et plus, ces taux montent à 83,7 % et 75,6 % respectivement :

   

Et finalement, si l’on ne considère que la population majeure, on arrive même à un taux de 78,6% de personnes complètement vaccinées :

On se rappelle tous qu’Emmanuel Macron s’était engagé à ne pas rendre le vaccin obligatoire, pays de Pasteur et des Lumières, raison, science, blablabla :

On se rappelle tous ensuite qu’il avait promis que le pass sanitaire ne serait jamais un outil de discrimination entre les Français et qu’il ne concernerait pas les actes de la vie quotidienne :

Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. – La Provence, 29 avril 2021

Mais bref. Au vu de la couverture vaccinale obtenue et si, comme se plaisent à le répéter partout les macronistes, ces reniements successifs de la parole présidentielle n’avaient d’autre objectif que de pousser les Français récalcitrants vers la vaccination sans trop le dire explicitement, ne serait-il pas temps de mettre fin à la sinistre blague du pass sanitaire ?

Notons d’abord qu’à la veille de l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron instaurant l’obligation de présenter ce pass dans les lieux réunissant plus de 50 personnes (et non plus 1000 comme décidé seulement un mois auparavant), le point vaccinal atteint par la France était déjà excellent.

Dans la mesure où la vaccination fut d’abord ouverte aux populations à risque, c’est-à-dire aux personnes de plus de 65 ans ainsi qu’à toutes celles présentant un risque covid spécifique tel qu’obésité, diabète ou traitement anti-cancer, il était parfaitement normal de constater que la vaccination était la plus avancée dans ces catégories : au 11 juillet, plus de 75 % des personnes de plus de 55 ans et plus de 85 % des personnes de plus de 65 ans avaient reçu leur première dose de vaccin et allaient recevoir la seconde sous peu.

De plus, l’analyse INSEE de la mortalité en 2020 a clairement mis en évidence que si les plus de 65 ans avaient été touchés par une surmortalité significative due à la pandémie, celle des moins de 65 ans avait été « négligeable ».

Le Covid-19 ne se résume évidemment pas à une question de mortalité ; il signifie aussi maladie pénible et parfois longue, hospitalisations et passages en réanimation – donc possible embouteillage dans les services de soin et déprogrammation délétère de certains traitements. Mais comment justifier moralement que les Français eux-mêmes, via de multiples restrictions et maintenant via le pass sanitaire, deviennent la variable d’ajustement d’un système de santé dont la France se flatte souvent qu’il fait l’envie du monde entier et qui s’est pourtant montré incapable de s’adapter aux nécessités sanitaires de l’heure ?

Ensuite, et comme on pouvait le prévoir au vu de l’absurde bureaucratie qui a caractérisé la gestion des confinements et des couvre-feux, la mise en place du pass sanitaire s’est illustrée par de multiples incohérences : exigible dans les restaurants et les cafés, y compris en terrasse, il ne l’est pas dans la restauration collective ; imposé dans les TGV, il ne l’est pas dans les TER, etc.

Il respecte tellement bien les libertés individuelles et les besoins élémentaires des citoyens que plusieurs tribunaux administratifs (Versailles, Strasbourg) ont suspendu les arrêtés pris par les préfets pour rendre le pass sanitaire obligatoire dans les centres commerciaux de plus de 20 000 m2. Motif : entrave à l’accès des personnes sans pass sanitaire aux biens de première nécessité.

Enfin, comment expliquer que l’argument qui consiste à dire contre le gouvernement qu’il n’y avait pas lieu d’imposer le pass sanitaire et qu’il y a encore moins lieu de continuer à l’imposer aujourd’hui en raison d’un excellent taux de vaccination puisse sembler valable à nos ministres pour certaines catégories de population et pas pour la population générale ?

C’est pourtant l’argument retenu par Jean-Michel Blanquer (tweet ci-dessous) pour éviter d’avoir à en passer par une obligation vaccinale pour les enseignants et c’est également celui de Gérald Darmanin vis-à-vis des forces de police qu’il estime vaccinées à plus de 70 %.

En cette période de rentrée scolaire, Blanquer a peut-être surtout le souci d’éviter tout mouvement social parmi ses troupes (ainsi que l’a suggéré Le Canard Enchaîné) et il mesure peut-être le ridicule qu’il y aurait à imposer la vaccination à des enseignants auxquels il a refusé la priorité vaccinale quand ils la réclamaient à cors et à cris en début de campagne. Quant aux forces de l’ordre, quoi de plus grotesque qu’une grève contre l’obligation vaccinale alors que ce sont elles qui ont la charge de contrôler l’application du pass sanitaire ?

De plus, personne ne semble en mesure de confirmer les chiffres de vaccination annoncés par les ministres. Polémique assurée, mais là n’est pas le plus important. Ce qui compte pour nous autres, citoyens ordinaires, c’est de voir que lorsqu’ils ont besoin d’un argument présentable à l’opinion publique, Blanquer et Darmanin n’hésitent pas à mettre en avant la bonne avancée de la vaccination associée au sens des responsabilités des enseignants et des policiers.

Eh bien, il se trouve que la couverture vaccinale complète des Français majeurs frôle effectivement les 80 %. Difficile d’admettre qu’ils seraient moins responsables face au Covid que les enseignants et les policiers.

Cher M. Macron, vous qui êtes si attaché aux Libertés et aux Lumières, vous qui ne reculerez pas sur les caricatures, vous qui n’hésitez jamais à pourfendre de votre mépris les « démocraties illibérales », qu’attendez-vous pour lever la contrainte du pass sanitaire qui ravale la France à un vulgaire régime de contrôle social ?

D’entrée de jeu, c’était une grave erreur de principe de l’instaurer. À partir d’aujourd’hui, perseverare diabolicum.

Et pourtant, depuis hier, les salariés des établissements recevant du public sont tenus de le présenter. À défaut, leur contrat de travail pourra être suspendu jusqu’à régularisation de la situation.

Et pourtant, Olivier Véran envisage déjà de le prolonger au-delà du 15 novembre 2021, date de fin initialement prévue, « si le Covid ne disparaissait pas de nos vies ». Le fanatisme sanitaire du gouvernement semble inextinguible. Ça promet.

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