Afghanistan : Joe Biden a misé sur la défaite américaine depuis le début

Joe Biden by Gage Skidmore (CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

La résignation des démocrates, qui répondait au bellicisme aveugle des néoconservateurs, risque fort aujourd’hui d’affaiblir les États-Unis sur la scène internationale.

Par Frédéric Mas.

Fini l’état de grâce ! Joe Biden n’a plus Donald Trump pour le mettre en valeur, et les médias qui étaient partis en guerre contre l’ancien président républicain n’ont plus à le présenter comme le sauveur de la République américaine. Pire, sa cote de popularité s’effondre après le piteux départ des troupes américaines d’Afghanistan.

L’humiliant point final d’une guerre de 20 ans a été relayé sur les réseaux sociaux du monde entier avec le décollage de l’hélicoptère chinook de l’ambassade américaine. Certains commentateurs ont rapproché l’événement de la défaite américaine au Vietnam : dans les deux cas, le prestige de la puissance militaire américaine en a pris un sacré coup.

L’image est forte mais résume à elle seule la retraite précipitée du pays leader de la coalition atlantique devant l’avancée des talibans. L’armée américaine a laissé derrière elle du matériel dernier cri, des données biométriques et personnelles de milliers d’Afghans, des exploitations minières capables d’assurer l’avenir du nouveau régime et bien sûr l’armée régulière afghane, qui n’a même pas fait l’effort de défendre Kaboul après l’effondrement du gouvernement fantoche soutenu par Washington.

Mettre un terme à une guerre sans fin

Le départ américain d’Afghanistan n’a pas été programmé par Joe Biden, mais bien par son prédécesseur, Donald Trump, qui avait promis de mettre un terme à « une guerre sans fin ». L’initiative était louable, puisque aucun but de guerre ne justifiait cette guerre tragique à plus de 2000 milliards de dollars. Seulement la deadline négociée avec les talibans était impossible à tenir, et malgré le délai posé par Biden, elle s’est traduite par une exécution désordonnée, en catimini et sans gloire.

Mais la responsabilité de Joe Biden ne s’arrête pas là : avant d’être président, il a été vice-président de Barack Obama. C’est sous la présidence de ce dernier qu’en 2009 un plan est lancé pour que l’Amérique reprenne le leadership dans la coalition alliée contre les talibans.

Concrètement, comme le rappelle lucidement Michel Goya dans un article de 2014 qui n’a hélas pas perdu de son actualité, cela se traduit par l’ouverture des vannes de dollars :

« Le plan signifie par ailleurs un emballement des dépenses militaires américaines à hauteur d’un milliard de dollars tous les quatre jours. La guerre en Afghanistan devient à son tour après l’Irak une « guerre à 1000 milliards de dollars », ce qui n’est pas sans effet sur la santé économique des Etats-Unis et donc du monde. »

Afghanistan : une tragédie et un gouffre financier

Mais l’administration Obama/Biden ne fait pas que transformer le conflit Afghan en gouffre financier, elle prépare la retraite et la négociation avec les talibans, c’est-à-dire la crise humanitaire d’aujourd’hui : pour Andrew McCarthy, qui se livre à une analyse détaillée dans la National Review, Joe Biden s’est résigné à cette solution depuis des années, qu’il considère comme un moindre mal, car il sait la guerre ingagnable et inévitable la nécessité de négocier avec les terroristes pour limiter la casse :

« Le président a été résolu pendant des années à permettre la prise de contrôle de l’Afghanistan par les Taliban. Il espérait que, lorsque l’inévitable se produirait, les Taliban auraient soif de légitimité internationale – l’étalon-or transnational-progressiste – et donc qu’ils se comporteraient (relativement parlant) bien en prenant le contrôle. Dans l’intervalle, lorsqu’il était en son pouvoir de le faire, Biden a entrepris de gagner les Taliban à sa cause par des concessions et des accommodements choquants, y compris en sabotant le gouvernement et les forces de sécurité afghanes, ce qui a facilité le chemin des Taliban vers Kaboul. Au final, ils ont à peine eu à tirer un coup de feu pour prendre le pouvoir. »

Pour le journaliste américain, l’aide à la reconnaissance diplomatique des talibans par l’administration Obama, en particulier à Doha en 2013, a délégitimé le régime afghan installé après la victoire américaine et accrédité le fait que celui des talibans allait lui succéder inévitablement.

Et ce n’est qu’un épisode dans le manque total de soutien proposé par la suite par Biden aux forces afghanes alliées à la coalition occidentale.

La résignation des démocrates, qui répondait au bellicisme aveugle des néoconservateurs, risque fort aujourd’hui d’affaiblir les États-Unis sur la scène internationale.

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