Pourquoi nos enfants n’auront pas à rembourser la dette

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OPINION : beaucoup ignorent un aspect fondamental du problème : celui de l’origine de la dette. Cette question est, à nos yeux, plus importante que celle de son montant.

Par Gérald Autier.

L’augmentation absolument vertigineuse de la dette publique de la France fait craindre à de nombreux commentateurs politiques que les générations à venir auront à supporter l’inconséquence des choix budgétaires faits actuellement.

Cette dette avoisinera prochainement les 120 % du PIB du pays, contre 100 % avant le début la pandémie, et les mantras politiques tels que le « quoi qu’il en coûte » suggèrent que cette irresponsabilité financière n’est pas près de s’arrêter.

Beaucoup ignorent un aspect du problème qui nous semble fondamental : celui de l’origine de la dette. Cette question est, à nos yeux, plus importante que celle de son montant. Explications.

La richesse et la monnaie

Il convient de distinguer richesse et monnaie. La synonymie de ces deux termes dans le langage courant explique en grande partie la confusion des esprits qui règne autour de la dette.

La richesse résulte uniquement de la production. Elle peut être matérielle, comme un stock de marchandises, ou immatérielle, comme une création artistique. Plus cette richesse est rare et convoitée, plus le prix que sont prêts à payer les consommateurs est élevé, et inversement.

La monnaie est le moyen qui nous permet de faciliter les échanges de richesse. Peu importe qu’elle soit fiduciaire, électronique ou autre, si elle présente les caractéristiques que nous attendons d’elle : unité de mesure, transportabilité et réserve de valeur.

À l’époque contemporaine, imprimer de la monnaie ne demande aucun effort ni aucune ressource, à la différence de la création de richesse. Fabriquer de la monnaie ne revient pas à produire de la richesse, et c’est même le contraire, comme l’école autrichienne d’économie l’a prouvé.

Pour financer ses dépenses publiques, la France émet de la nouvelle dette, en d’autres termes et plus prosaïquement, nous faisons tourner la planche à billets (passons ici sur les modalités de l’expansion forcée du crédit – opérations d’open market ou modification des taux d’intérêt directeurs qui ne sont pas le sujet du présent article) .

Dans ce cas précis, il n’y a aucune richesse produite. Nous avons tout simplement plus de monnaie pour toujours autant de richesse.

Pourquoi cela est problématique

Si l’économie était constituée de 100 pommes de terre et que la monnaie l’était de 100 euros, alors nous arriverions à une équation de type : une pomme de terre vaut un euro.

Mais si, dans cette même économie, nous imprimions 900 euros supplémentaires, alors nous changerions radicalement le système des prix existant et nous parviendrions à une équation de type :  une pomme de terre vaut dix euros.

Le consommateur disposerait toujours du même montant en termes de revenus ou d’épargne mais cela serait bien plus difficile pour lui d’acheter cette pomme de terre.

Pour avoir une idée claire du phénomène que nous connaissons, remplacez « pomme de terre » par « tous les biens et services constituant une économie » et remplacez « 100 euros » par « la masse monétaire avant et après politiques monétaires accommodantes ».

Cette impression monétaire profite à l’émetteur des obligations (l’État) puisqu’il a émis un montant de dette en monnaie et que cette monnaie vaudra bien moins lors de son remboursement. Il y a donc un transfert de richesse, du créancier – l’épargnant français – vers l’emprunteur, l’État.

Notons qu’en acceptant de recevoir moins qu’ils n’ont prêté, les détenteurs d’obligations souveraines participent au remboursement de la dette publique.

Voilà nos enfants rassurés.

Les épargnants français ne sont pas les seuls à « rembourser » la dette publique française.

L’économiste Ludwig von Mises a expliqué que l’augmentation de la masse monétaire avait deux conséquences possibles : une augmentation des prix à la consommation mais aussi – et c’est trop souvent ignoré – une augmentation du prix des actifs.

Il y aurait beaucoup à dire sur le prix des biens à la consommation. Gardez toutefois à l’esprit que l’homme est naturellement porté vers le progrès, que ce progrès engendre des avancées techniques et que ces avancées techniques doivent mener en principe, c’est-à-dire sans politique monétaire interventionniste, à une baisse généralisée des prix.

Ce qui nous intéresse ici, c’est l’augmentation extraordinaire du prix des actifs au cours des dix dernières années. En regardant ne serait-ce que l’évolution récente du prix des marchés financiers, des crypto-monnaies et même de l’immobilier, on peut constater que l’inflation n’est pas un « monstre endormi » mais un ogre qui est en train de dévorer ce qui se trouve dans votre réfrigérateur pendant que vous regardez par la fenêtre.

De manière plus inquiétante, l’excès d’épargne engendré par l’expansion monétaire ne se répartit pas de manière uniforme dans l’économie,  certains en profitent et d’autres pas. Dans la mesure où cette diffusion n’est pas uniforme il y a manifestement aussi un transfert de richesse entre différentes catégories sociales.

Comme toujours, il y aura donc des gagnants (ceux qui disposent d’actifs tels que ceux mentionnés plus haut) et des perdants (ceux qui n’en détiennent pas). Dans la deuxième catégorie, nous trouverons notamment des représentants des classes sociales les plus fragiles de la société et également des classes moyennes.

Ce deuxième transfert de richesse, ou « remboursement de dette » puisque c’est de cela qu’il s’agit, n’est pas un flux financier futur qu’il faudra anticiper mais bien un effet néfaste des politiques monétaires en cours qui se manifeste déjà.

La conséquence principale de cette explosion de la dette publique française ne sera pas que nos enfants devront la rembourser mais qu’une partie de la population sombrera dans la paupérisation à cause d’un gaspillage de ressources et d’un transfert de richesse.

Tristement et ironiquement, cette politique monétaire défendue par l’ensemble de la classe politique française. Caveant consules !

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