Passeport intérieur : cette bien étrange façon de relancer l’économie

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Le Passeport Intérieur pourrait bien provoquer quelques effets de bords économiques indésirables et ralentir la faible croissance du pays.

par h16

Voilà voilà, le pass sanitaire, au nom anglicisé pour faire plus dynamique, se met lentement mais sûrement en place dans tout le pays : les débats parlementaires de haute tenue ont permis d’éclairer les Français sur la pertinence de ce dispositif qui cristallise parfaitement les oppositions et clive le pays comme jamais.

Bien évidemment, la désignation par le pouvoir d’un ennemi pratique (les anti-pass qui sont devenu des anti-vax donc complotistes) permet d’occuper le peuple et de canaliser les frustrations engrangées lors des confinements et couvre-feux dont il a été largement montré depuis des mois qu’ils ne servent à rien.

Cela permet aussi d’éviter aux foules endolories, qui cherchent de pratiques ploucs émissaires, de ne pas trop se poser de questions sur ce pass.

Pourtant elles devraient, car, joie bonheur et fourchettes en bambou écologique biodynamique, rien n’est vraiment prêt nulle part pour gérer ce qui fait de plus en plus furieusement penser à un contrôle social fin à la chinoise sur le territoire français : alors qu’une part croissante d’activités va maintenant dépendre du précieux sésame et qu’on va devoir prouver être en bonne santé pour entrer à l’hôpital, on apprend que les doses vaccinales viennent à manquer. Horreur, la distribution de passeports intérieurs risque de se gripper.

Décidément, la marque de fabrique du quinquennat Macron sera vraiment cette tendance à rendre obligatoire ce qui est en pénurie avec une constance qui frise la perfection depuis l’avènement de cette crise qui aura eu le mérite de démontrer à tous l’absence presque totale de toute préparation à tous les niveaux de l’État.

S’ajoute aux déboires des Français désireux de rejoindre le cheptel des scannables les délais incompressibles entre deux doses qui rendent le planning gouvernemental joyeusement rocailleux : beaucoup de familles goûteront au plaisir subtil du refoulement des parcs, attractions, cinémas et autres restaurants. En période estivale, quel meilleur message faire passer ?

Enfin, les modalités légales semblent encore fluctuantes à mesure que le texte réalise son petit parcours parlementaire : cela permet aux différentes chambres, après avoir fait deux pas en avant, tabassant dix fois l’honnête citoyen, de faire un pas en arrière pour ne distribuer que cinq coups. Le citoyen, trop heureux de se faire fracturer trois membres plutôt que quatre s’estime alors gagnant. Habile.

Et voilà donc le nouveau contrat social dans lequel plusieurs millions de citoyens qui payent taxes et impôts auront moins de droits (bye bye liberté et égalité, les frontons républicains vont pouvoir rétrécir), puis seront asservis et vilipendés par des millions d’autres sous le regard bienveillant d’une presse toute acquise à la cause gouvernementale, ainsi que nos institutions dodues qui, comme jadis, ne feront qu’appliquer la loi et les ordres, le petit doigt sur la couture de pantalon.

Ah, bonheur du vivrensemble et de la joie retrouvée des interactions sociales sous contrôle permanent de l’État ! Les Français vont goûter au plaisir d’être scannés pour un café, un resto, un petit cinéma, et le tout par des personnes qui n’ont ni la légitimité de fouiller dans leurs données médicales, ni le droit de vérifier leur identité. Rassurez-vous : ça va bien se passer car d’un côté, les uns prendront forcément avec philosophie le fait d’être mis au ban de la société bienpensante, et d’un autre côté, une fois licenciés, ils n’auront plus rien à perdre ce qui est toujours une excellente chose lorsqu’on veut garder des foules calmes.

Toutes considérations politiques mises à part (les considérations médicales n’ayant absolument plus rien à voir avec la question), on peut cependant se demander si l’introduction de ce Passeport Intérieur au pays des Droits de l’Homme Vacciné ne va pas avoir un petit impact imprévu… au plan économique.

Eh oui : c’est bien beau de bouter une part de la population hors du champ de la Bonne Société, mais cela pourrait avoir quelques effets de bords économiques comme, par exemple, une baisse notable de fréquentation des lieux qui réclameront ce Passeport Intérieur, à commencer par certains cinémas qui ont déjà noté une baisse sensible de leurs ventes de billets.

Les professionnels du milieu, déjà fort peinés des précédentes saisons écoulées qui furent, confinements et couvre-feux obligent, particulièrement médiocres, commencent à comprendre que cette nouvelle péripétie administrative ne se traduit en rien par une reprise économique vivifiante, mais plutôt par une désaffection globale.

Ce qui est vrai pour les cinémas l’est aussi de beaucoup d’autres endroits touristiques, comme le Parc Astérix qui a déjà noté une baisse sensible du nombre de visiteurs et qui se demande exactement comment il va pouvoir sauver sa saison si les choses continuent ainsi. Combien de zoos, de parcs, de restaurants, vont éprouver des difficultés avec l’instauration du Passeport Intérieur ?

Rassurez-vous : depuis l’avènement de Emmanuel Le Liquidateur De Virus, on sait que l’État paiera. C’est donc sans surprise qu’on comprend qu’une solution est déjà dans les cartons, prête à être soigneusement appliquée à chacun des enfants malheureux d’une République décidément fort généreuse :

On admirera la logique implacable de la nouvelle tubulure chromée républicaine qu’on va devoir mettre en place pour compenser les baisses de fréquentations : vaccinés et non vaccinés devront payer de nouveaux prélèvements pour des produits et services dont une partie de la population sera exclue. Gageons que cela aidera grandement à faire passer la pilule pardon la picouse.

Devant cette nouvelle donne économique truculente, on peut se demander combien de temps la tubulure pourra tenir : en effet, comme le mentionnait avec justesse l’économiste Milton Friedman, « rien n’est plus durable qu’un programme gouvernemental temporaire » ; la distribution d’argent gratuit des autres devrait donc battre son plein pour des pans entiers de l’économie française douloureusement impactée par ces mesures.

Ce qui veut concrètement dire que l’argent des autres étant surtout l’argent des Européens, tout ceci pourra durer tant que l’Europe (et donc l’Allemagne) acceptera les déficits français abyssaux servant à camoufler l’économie catastrophique du pays dont la consommation ralentit et la reprise pourrait être notoirement amoindrie par les excitations gouvernementales.

L’avenir semble donc résolument radieux.


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