Régionales : les « hors-sol » à la manœuvre

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Un désastre démocratique : c’est le résumé des récentes élections régionales et départementales. Mais ce n’est pas vraiment de cela qu’ont parlé les candidats élus et les medias le soir de l’élection.

Par François Lainée.

En trompe-l’œil, les résultats du vote ont fait apparaître les élus comme des vainqueurs glorieux, voire même des cadors en route pour l’Élysée. Et le pire, c’est que certains d’entre eux semblent y croire vraiment, oubliant qu’ils ne sont en fait que des nains au pouvoir. Après le désastre, le circus politicus continue comme avant ?

21-27 juin : élections régionales et départementales. Les élus en charge des aides sociales, des routes et du transport ferroviaire local, des lycées et collèges, des pompiers entre autres, sont offerts à notre choix. Ce n’est pas rien ! Mais deux tiers des électeurs préfèrent ne pas voter, et laissent grosso modo la main aux sortants pour une nouvelle mandature.

Cela a fait l’actualité un week-end, et est déjà en voie d’oubli collectif, sans doute jusqu‘à la prochaine occasion de ne pas voter. Pourtant, lors de cette catastrophe démocratique, des choses n’ont pas été vraiment dites sur ce que signifie et révèle profondément cette abstention massive.

L’analyse ci-dessous illustre l’ampleur du mensonge par omission commis par les médias, presque tous unis (et notamment les chaînes de télévision), à l’occasion de ce désastre.

Les résultats des régionales

Le soir des élections, lors du tour des régions on nous montrait en effet les résultats des candidats avec des parts de voix exprimées. Avec respectivement plus de 45 % et 50 %, Valérie Pécresse en Île-de-France et Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France étaient présentés comme des cadors de la droite, pourfendeurs d’un Rassemblement national en berne, et dignes de songer à un destin national.

La question était alors naturellement : « Et maintenant, à droite, comment allez-vous départager vos nombreux champions ? ». Le débat glissait ainsi subrepticement des élections locales calamiteuses à la prochaine étape qui va animer les rédactions politiques : la présidentielle de 2022.

Or, si on s’y arrête, ces cadors sont en fait des nains, comme d’ailleurs tous leurs confrères présidents de région. Des nains dont la légitimité réelle est faible voire très faible. Certes, les formes ont été respectées et les règles électorales font d’eux des vainqueurs au titre du comptage des élus officiels, mais la part de la population qui les a placés là est si petite qu’ils auraient mauvaise grâce à se dire représentants du peuple.

Ce fait en lui-même est déjà bien triste. Mais ce qui l’est plus encore est qu’ils ne semblent pas réaliser à quel point ils sont fragiles. Le symptôme le plus clair de cet autisme électif est la déclaration de monsieur Bertrand, remerciant ses électeurs et se déclarant prêt pour un destin national.

Sans aucun jugement sur la qualité de sa gestion régionale, cette posture apparaît hallucinante. Abracadabrantesque, aurait dit un de ses prédécesseurs dans cette course au trône.

Non, monsieur Bertrand, quand on s’appuie sur 17 % des électeurs, et quand donc 83 % n’ont pas voté pour vous, on ne se précipite pas pour dire « voyez comme je suis beau ». Si on n’est pas capable de tirer des conséquences personnelles de ce rejet massif, on a au moins la décence de rester modeste.

Il est vrai qu’avec ces rodomontades, on est exactement dans le rôle dont les médias ont envie. On est cité, mis en avant comme un acteur du combat médiatique suivant. On anime le circus. Et on creuse plus encore la tombe démocratique dans laquelle nous nous apprêtons à enfouir notre pays. Un pays où une élite autiste, coincée dans une posture collective de refus de la réalité, ne fait rien pour tenter de redresser la barre de ce Titanic électoral.

Abstentionnisme

Pas facile, il est vrai. Et ils ne sont pas les seuls responsables. Nous aussi, citoyens, avons collectivement démissionné depuis longtemps de notre rôle civique, laissant sans contrôle la barre à ces élus (qui ne souhaitaient que cela), puis constatant que gauche comme droite les promesses ne sont pas tenues, à grands traits rien ne change (assez vite), la puissance nationale diminue, au fond voter n’y fait rien.

Nous sommes tous responsables, mais les élus d’abord. Il en va du pouvoir qu’ils viennent conquérir, il en va de leur légitimité.

Alors, aux missions officielles des régions, le dernier scrutin en ajoute une nouvelle, la première sans doute : impliquer le citoyen au quotidien pour qu’il vote davantage aux prochaines échéances. Comment ? Mesdames, messieurs, à vous de jouer. Budgets participatifs, consultations co-décisionnaires, ambassadeurs de communication proches des habitants… À vous de choisir et tester.

 

La tâche est immense en termes de changement de mentalités. Quand on voit, dans un projet conduit par les Contribuables Associés et Nous Citoyens – France (dont les résultats seront publiés à la rentrée), qu’après des mois d’effort, avant les élections, pour collecter des chiffres de performance des services rendus pas les régions, seules six d’entre elles ont su et/ou bien voulu fournir ces données, on peut comprendre que les élus de ces collectivités ne travaillent pas vraiment pour nous et ne souhaitent surtout pas rendre des comptes clairs et transparents.

Alors oui, le temps de la révolution est venu pour ces élus nains. Le temps de la révolution, dernière chance peut-être avant celui de la terreur.

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