Tensions en mer Noire : nouvelle confrontation dans une mer stratégique

Screenshot 2021-06-30 at 12-53-45 Des tirs de semonce russes contre un destroyer britannique en mer Noire - YouTube — euronews (en français) on Youtube,

Le récent incident entre les marines russe et britannique en mer Noire démontre que cette région est devenue un lieu de confrontations important. L’OTAN comme la Russie risquent d’y être de plus en plus présentes.

Par Alexandre Massaux.

Le 23 juin 2021 la marine russe aurait tiré des coups de semonce et un avion SU-24M aurait largué des bombes sur la trajectoire d’un navire britannique qui était entré dans les eaux territoriales de la Crimée. Le destroyer britannique de défense anti-aérienne HMS Defender partant de la ville d’Ukraine Odessa pour aller en Géorgie est passé par une zone maritime disputée.

Pour la Russie, les eaux territoriales de la Crimée sont russes, contrairement aux Britanniques qui les considèrent comme ukrainiennes. Cet incident naval en Mer noire est un exemple de ce qu’est devenu cet espace maritime : une zone de confrontation où s’observent et s’intimident l’OTAN et la Russie.

La mer Noire une place stratégique pour la Russie

L’intérêt russe pour la mer Noire n’est pas nouveau.  Elle lui apporte des avantages économiques, en termes de transit, et militaires grâce au port de Sébastopol en Crimée. Mais l’occidentalisation de la Géorgie et de l’Ukraine agite le spectre d’une perte de contrôle d’un espace maritime lui permettant d’accéder facilement en Méditerranée puis dans l’océan Indien.

Pour le port de Sébastopol, la Russie le « louait » à l’Ukraine depuis la fin de l’URSS et lui permettait d’y abriter la flotte de la mer Noire. Une situation qui fait écho au statut spécial qu’avait cette ville sous l’empire russe puis sous l’URSS et qui témoigne de son importance stratégique.

L’annexion de la Crimée avait, entre autres pour but de sécuriser ce bastion maritime et aérien. La modernisation et le déploiement d’équipements visent à verrouiller cet espace dans une logique de déni d’accès et interdiction de zone.

De plus, la mer Noire gagne un intérêt géo-économique supplémentaire avec les nombreux projets de gazoducs mis en place par la Russie. Les projets Blue Stream, South Stream puis Turkstream, reliant la Russie à l’Europe en sont des exemples. Ceux-ci soulevant d’ailleurs les mêmes problématiques de dépendance énergétique que leurs équivalents en mer Baltique : Nord Stream 1 et 2.

Une tentative de réponse des pays d’Europe centrale  de l’OTAN avec le Bucarest Nine

La stratégie de Moscou de transformer la mer Noire en lac russe, avec l’aide du double jeu de la Turquie, n’est pas sans provoquer une réaction de la part de certains membres de l’OTAN et de l’UE.

En 2015, s’est formé le Bucharest Nine (B9), réunissant la Bulgarie, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie. Ce forum vise officiellement à faire entendre la voix de ses membres en sein de l’OTAN sur les questions de défense. Ceux-ci cherchent à amener une présence de l’Alliance plus importante en mer Noire. Une position qui a été, en partie, écoutée après le sommet de l’OTAN  à Varsovie en 2016 avec la « Tailored Forward Presence » (TFP).

Cette dernière renforce la résilience, la police aérienne régionale et les exercices effectués en Bulgarie et en Roumanie. Les forces navales américaines ont aussi augmenté dans cette région.

Enfin, la récente présence du président américain  Joe Biden au sommet du B9 témoigne de l’attention que Washington porte à ce forum et aux initiatives portées par celui-ci.

Toutefois un potentiel obstacle à la présence de forces extérieures aux pays bordant les rives de la mer Noire est le contrôle des détroits du Bosphore par la Turquie. Grâce au traité de Montreux de 1936, cette dernière a le droit de restreindre la traversée de navires militaires. Ce même traité exclut aussi le passage de porte-avions empêchant l’OTAN de déployer ce type de navire, donnant ainsi un avantage défensif à la Russie.

Dans une telle situation, une nouvelle guerre froide est à l’œuvre dans la région.

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