La chute des grandes entreprises européennes

L’Europe a manqué la révolution économique du début du XXIe siècle.

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La chute des grandes entreprises européennes

Publié le 16 juin 2021
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Par Jules Devie.
Un article de l‘Iref-Europe

La course aux vaccins contre le Covid fut un révélateur du déclassement européen en termes industriel et économique par rapport au reste du monde, et plus particulièrement les États-Unis. Ce phénomène est toutefois plus général : les multinationales de l’Europe dans son ensemble pèsent peu dans le jeu international.

Moins de grandes entreprises, c’est moins d’emploi, moins d’innovation, moins de leadership international, moins de richesse créée pour le pays d’implantation, moins d’exportation, moins d’attractivité, moins de pouvoir dans les instances multinationales qui gèrent les normes communes…

Constat pour les grandes entreprises européennes : déclin sur 20 ans

Les chiffres montrent très clairement le déclin des grandes entreprises européennes : alors qu’en 2000, 41 des 100 plus grandes entreprises du monde (en capitalisation boursière) étaient européennes, elles ne sont plus aujourd’hui que 15.

À titre de comparaison les États-Unis en dénombraient 50 en 2000, ils en ont maintenant 60. La Chine, qui n’en comptait aucune à l’entrée du XXIe siècle, en a 15 aujourd’hui.

Toujours en considérant la capitalisation boursière, les 100 plus grandes entreprises européennes valaient 4600 milliards de dollars en 2000 contre 8900 milliards de dollars aujourd’hui (le double). Aux États-Unis le chiffre était de 7400 milliards de dollars en 2000 contre 26 000 milliards de dollars aujourd’hui (quatre fois plus).

Une autre mesure permet d’évaluer la situation pour l’ensemble des entreprises (et pas seulement les plus grandes multinationales) : l’indice d’activité commerciale. Cet indice prend en compte différentes statistiques, telles la somme des capitalisations boursières des entreprises du pays en question, les introductions en bourse ou les financements en capital-risque, et le rapporte à la part totale mondiale.

Il montre que les États-Unis dominent tout : la moitié de l’activité commerciale du monde est américaine.

Causes du déclin

L’intégration du marché européen en 1993, qui s’est poursuivie progressivement avec les nouveaux pays entrants de l’est, n’a pas suffi à faire prospérer les grandes entreprises du continent. Cette intégration n’est certes pas parfaite, des barrières législatives et linguistiques persistant, mais les causes du déclin sont bien plus profondes.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est la constante incapacité du secteur privé européen à se réinventer, contrairement à ce qui se passe en Amérique.
Il n’existe qu’un seul grand groupe européen créé il y a moins de 50 ans (en 1972) dépassant 100 milliards de capitalisation boursière.

Aux États-Unis, ils sont 27, certains n’existant que depuis une quinzaine d’années. Un beau dynamisme quasi absent de l’Europe, où la richesse reste plus figée. Pour preuve, 9 des 10 plus riches Américains le sont grâce à une entreprise qu’ils ont bâtie alors que la moitié des 10 plus riches Européens le sont grâce à un héritage.

Cette incapacité à se réinventer a empêché l’Europe de prendre part à la révolution économique du XXIe siècle : le numérique. Il n’existe aucun géant européen dans ce secteur alors que les Américains ont leurs GAFAM et les Chinois, les BATX. Apple vaut quasiment la totalité des entreprises du CAC 40 français en capitalisation boursière.

Les entreprises technologiques américaines sont parties de rien et ont explosé en très peu de temps, le plus souvent sur les campus de la Silicon Valley, à l’intersection d’universités parmi les meilleures du monde (ce que l’Europe a aussi) et d’un système de financement privé très performant, ainsi que d’agences publiques en soutien.

Le capital-investissement, investissement financier et humain de longue durée dans une jeune entreprise en développement en contrepartie d’un retour sur investissement potentiellement bien supérieur à l’investissement boursier traditionnel, est au centre de la réussite de ces entreprises.


Aujourd’hui la capitalisation boursière des licornes développées par un fonds de capital-investissement est de 1150 milliards de dollars aux États-Unis contre moins de 25 milliards en Europe (le chiffre était quasi nul avant 2015 pour le Vieux Continent).

Comment rebondir ?

Les dirigeants européens parlent d’autonomie stratégique, qui consisterait à tenter de développer des géants basés en Europe par volonté politique (subventions, dirigisme, etc.). Mais l’autonomie stratégique ne peut surgir de la seule volonté politique.

Elle s’obtient surtout grâce à un secteur privé fort. La richesse vient des hommes. Sans un solide écosystème entrepreneurial, il sera impossible de faire émerger des entreprises ayant du poids au niveau mondial.

L’administration américaine peut fournir des modèles, avec notamment sa DARPA (Agence pour les projets de recherche avancée de défense) à l’origine des satellites météorologiques, GPS, drones, des ordinateurs portables et plus récemment du vaccin ARNm de Moderna.

La particularité de cette agence c’est qu’elle ne recule pas devant une prise de risque maximale quant au financement de projets de recherche, même s’ils apparaissent à première vue très peu réalistes. C’est possible grâce à la liberté dont jouissent ses chercheurs qui n’ont que très peu de liens avec les autorités administratives.

Aujourd’hui les Européens tentent de s’en inspirer. Le Royaume-Uni a lancé l’ARPA (Agence de recherche avancée et d’innovation), et les Allemands, une agence allemande de l’innovation de cyber sécurité. Mais ces organismes se heurtent déjà aux éternels problèmes bureaucratiques dont les Européens ont le génie, les autorités publiques ne pouvant s’empêcher d’intervenir tant et plus dans leurs affaires.

C’est donc l’esprit « principe de précaution » qu’il faut bousculer tout en développant radicalement le capital-risque. L’Europe a manqué la révolution économique du début du XXIe siècle. Si elle ne veut pas rater aussi la prochaine, ces transformations sont essentielles.

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  • Mentalité de fonctionnaires, réglementations pléthoriques, taxation excessive et disparate, détestation de la réussite personnelle et surtout financière, syndicats et lobbies surpuissant etc….etc….et le pauvre contribuable qui fait des études et des efforts, matraqué par les taxes pour soutenir une armée de glandeurs.

  • Dire que l europe recule a cause du principe de precaution me semble excessif.
    D abord, il me semble qu il n est que dans la constitution francaise (et la france n est pas le pays qui a le plus reculé: l italie par ex a fait pire)
    Les causes du recul europeen sont multiples. Il est clair que la reglementation n aide pas. Mais est ce la cause ?
    A mon avis non.
    Je pense que l europe a deja un probleme majeur : nous devenons un continent de vieux (comme les japonais. Il aurait ete interessant de voir dans l article l evolution des japonais).
    Ce qui signifie que nous avons une population qui ne fait plus rien de plus en plus nombreuse (mais qu il faut nourrir !-> de plus en plus de ressources affectées a un usage non productif ) mais aussi que de plus en plus de gens ont interet au status quo
    Creer, disrupter est alors mal vu en europe car mettant en cause des rentes de situation (pour rester dans un ex fraco francais vous pouvez etre sur que les notaires vont tout faire pour bloquer les blockchain qui risquent de les faire disparaitre : qui aura besoin d un acte authentique ?)

    • C’est ridicule ce que vous avancez. Les starts up qui se créent en France s’empressent de partir aux USA où elles trouvent des financements et la sécurité fiscale!

  • les américains créent, les chinois copient, les européens réglementent (voire interdisent) : tout simplement.

  • « Ce qui signifie que nous avons une population qui ne fait plus rien de plus en plus nombreuse (mais qu il faut nourrir !-> de plus en plus de ressources affectées a un usage non productif ) »
    Nous devenons sans doute un continent de « vieux », mais la « faute  » à qui? Les improductifs ne sont pas seulement les retraités ( à qui on n’a pas encore laissé le choix du système), mais aussi tous les chômeurs sans espoir de trouver du travail ( parce que à partir de 50 ans, voire moins, on vous jette car trop chers, pas assez productifs(?) et aussi parce que le travail est devenu rare sauf celui que personne ne veut faire car payé au tarif des pays du tiers monde. Et pourquoi il faudrait absolument affecter TOUTES les ressources à des usages productifs? C’est comme pour définir arbitrairement les biens essentiels ou non d’un passé très récent!
    On ne peut à la fois avancer plus vite et « EN MÊME TEMPS » serrer tous les freins de la société à bloc!

    • et puis pourquoi bosser quand il suffit de faire fonctionner la planche à billets ?

    • – il y a environ 15 millions de retraités contre 3 de chomeurs. soit 5 fois plus. Et au niveau du cout c est encore pire car des chomeurs ne percoivent rien (par ex si pas travaillé et moins d e25 ans)

      – on peut en effet affecter les ressources a plein de choses non productives. C est un choix de societe (pas forcement negatif, par ex si on decide d encourager l art on aura des batiments plus joli au lieu de cubes en beton brut). Mais il faut pas faire comme dans cet article et se lamenter qu il n y a plus de grandes entreprises europeenes

      PS: une gerontocartie comme la notre va avoir tendance a serrer les freins a bloc pour proteger ses rentes. Pire une societe en declin va avoir tendance a refuser le changement car elle pense que ca va etre encore pire apres (ou qu elle devra se serrer la ceinture elle pour que ses petits enfants en profitent, pas elle)

      • Euh!!!! un retraité est un salarié ( ou un indépendant) à qui l’ETAT a imposé durant sa carrière professionnelle l’adhésion à un système obligatoire dont l’efficacité n’est garantie par aucun contrat!
        Quant aux chômeurs, ils sont beaucoup plus nombreux que 3 Millions ( un chômeur est en fait un travailleur qui ne travaille pas à plein temps ou pas du tout). Quant à leur indemnisation, je connais des retraités qui ont fait carrière pleine et qui ne touchent pas plus que des chômeurs n’ayant jamais travaillé!
        En fait, vous constatez implicitement que le système social à la française est mauvais car il affecte mal des ressources de plus en plus limitées et gère en fait un monstrueux gaspillage!

      • Les USA ont aussi leurs retraités. C’est juste une question de mentalité qui affecte l’Europe! Il suffit de voir les réglementations ineptes pondues à tour de bras par L’UE.

  • Vu que l’UE fait de gros efforts pour éviter les fusions d’entreprises qui poseraient problème de monopole européen, on a peu de chance de passer au niveau monde.

    • un peu facile de mettre ca sur le dos de l UE: facebook, google … n ont pas ete cree par des fusions d entreprises existantes mais cree ex nilho.
      Comme l ecrit l article, les millardaires US sont des createurs, les millardaires europeens sont des heritiers

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