États-Unis : le triomphe incontesté du complexe militaro-industriel

Donald Trump by Gage Skidmore (creative commons) (CC BY-SA 2.0)

Fin 2020, les généraux ont refusé l’ordre de Donald Trump de retirer les troupes américaines d’à peu près toutes les bases de l’Oncle Sam sur la planète. Et rien ne s’est passé.

Par Pierre-Guy Veer.

À son départ de la présidence, Dwight Eisenhower a solennellement mis en garde les États-Unis contre « le complexe militaro-industriel » et l’influence qu’il pourrait acquérir.

Eh bien, 60 ans après ce discours, ledit complexe a finalement triomphé.

Le Youtubeur socialiste Secular Talk (Kyle Kulinski) a récemment rapporté une nouvelle, à peine reprise par les médias de masse, selon laquelle fin 2020 les généraux ont refusé l’ordre de Donald Trump de retirer les troupes américaines d’à peu près toutes les bases de l’Oncle Sam sur la planète. En d’autres termes : une insubordination massive de militaires envers leur commandant en chef n’a absolument pas fait de vague dans les médias.

En fait, les seuls médias qui ont mentionné la nouvelle – et du bout des lèvres – l’ont fait sur la base habituelle du « méchant homme orange. »

The Independant prend le parti des généraux, en affirmant simplement qu’un retrait américain de l’Afghanistan (supporté par Biden) pourrait créer un régime totalitaire taliban.

NPR, la radio publique américaine, prend visiblement le parti du statu quo en se plaignant que les Talibans pourraient reprendre le contrôle.

Axios, qui a rapporté la nouvelle relayée par Kulinski, a intitulé son article « Trump en guerre contre ses généraux. » Ainsi, Trump est l’agresseur…

MSNBC, qui a interviewé le journaliste d’Axios, trouve non seulement marrant (en arrière-fond) que Trump veuille retirer les troupes, mais le simple fait qu’il dénonce que les États-Unis jouent au gendarme planétaire est risible. Dans les commentaires, les gens « s’accordent » pour dire qu’une telle action a été commandée par Vladimir Poutine.

Un empire qui déstabilise

Est-ce que le « plan » – si c’en était un – de Trump était impulsif ? Oui, sans doute. Il adore être sous les feux de la rampe, et un tel coup d’éclat aurait détourné l’attention de Joe Biden vers lui.

Était-il mal pensé ? Oui. Même le libéral le plus anti-guerre sait qu’en toute situation, les incitatifs importent grandement. Retirer des troupes militaires du jour au lendemain crée un vide immense. Et si les locaux ne sont pas préparés l’ennemi va facilement gagner.

Mais est-ce que l’idée de base était bonne ? Mille fois oui. Depuis que la « Destinée Manifeste » est montée à la tête de plusieurs Américains, la politique mondiale s’en est trouvée négativement affectée. De l’Iran à l’Irak, en passant par le Cambodge, la Libye et le Mexique, l’interventionnisme à outrance des États-Unis a déstabilisé plusieurs pays. En fait, les États-Unis ne savent même plus qui combattre tellement leurs agences sont impliquées partout. Sans compter qu’ils aident ainsi les États providence de l’Europe.

Les États-Unis sont censés être une république constitutionnelle et non un empire. Toutes ces guerres ont non seulement un coût humain exorbitant, mais aussi financier. Le « président du changement » Joe Biden a récemment proposé un budget de la défense de 753 milliards de dollars.

N’en déplaise aux partisans de l’Empire, ne pas intervenir n’est pas de l’isolationnisme. Cette non-intervention des États-Unis dans les affaires mondiales (hors quelques-unes en Amérique) avant le XXe siècle est justement ce pourquoi le pays est devenu si puissant : il laissait faire à ses citoyens ce que bon leur semblait. Le racisme et l’esclavage ont certes laissé une marque indélébile, mais même les Noirs ont mieux prospéré avant que Lyndon Johnson ne déclare sa guerre à la pauvreté et que l’État-providence n’augmente exponentiellement.

Bref, l’attitude des médias qui ont daigné évoquer ce qui aurait été le meilleur coup d’éclat de Donald Trump montre, hors de tout doute raisonnable, la partisanerie aveugle affligeant les États-Unis. Si un démocrate avait fait la même déclaration, ce serait l’euphorie totale. Et si cette personne avait renié sa promesse, ça n’aurait été que de l’eau passant sous les ponts.

Pas besoin d’imaginer une telle situation, elle s’est déjà produite. Qui se souvient de la promesse d’Obama, répétée par son vice-président Joe Biden, de quitter l’Afghanistan en 2014 ?

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