Les gens sont trop cons : covid, politique et petits pois

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Quand il s’agit de sa santé, de sa consommation, de son environnement, le Français est trop con. Pour choisir ceux qui vont prendre les décisions qui vont concerner tout le monde, il se transforme en phénix de la politique.

Par Gérard-Michel Thermeau.

« Les gens sont trop cons ». Ce n’est pas moi qui le dis. D’ailleurs c’est celui qui le dit qui l’est. Mais c’est un discours que j’ai beaucoup entendu. Pas nécessairement formulé de façon aussi brutale. Sauf dans la bouche d’un ami, mais c’est un scientifique qui appelle un chat un chat. Je lui demandais l’an dernier (eh, oui, le monde d’après date de 2020), à quoi servait le masque en extérieur.

Il me répondit :

« À rien, mais tu comprends, les gens sont trop cons. Si on l’impose pas partout, ils ne le porteront nulle part. »

C’était clair, c’était net. D’autres le disent en termes plus mesurés. Les Français sont des Gaulois réfractaires. Les Suédois, eux, sont disciplinés. Donc peut-être que y’avait pas besoin de confiner chez eux mais cépapareil. D’ailleurs en Suède les cyclistes roulent lentement et n’essaient pas de renverser les piétons. Que voulez-vous répondre à cet argument de bon sens, hein ?

Le Français est trop con. Mais attention pas trop con pour tout.

Par exemple, le Français est trop con pour acheter une boîte de petits pois. En fait, quand il fait des achats, il est capable d’acheter tout et n’importe quoi. C’est un zombie soumis aveuglément aux stimuli publicitaires. Il va acheter ce dont il n’a pas besoin au lieu d’acheter ce qui lui est nécessaire.

Trop con en général, trop con en particulier

Heureusement, si les Français sont trop cons en général, certains Français ne le sont pas en particulier. À commencer par ceux qui considèrent que les autres sont trop cons. Par exemple, on reconnaît le Français pas con à son esprit critique qui le conduit infailliblement aux rayons Bio des surfaces commerciales.

Mais bon, ils sont trop peu nombreux. D’où la nécessité de pondre des tonnes de réglementations et de lutter contre la mauvaise publicité par une bonne propagande information : Manger-Bouger, 5 fruits et légumes par jour, et puis que des fruits et légumes.

Autre exemple, les Français sont trop cons pour être attentifs à l’environnement. Bon, cela commence heureusement à changer grâce à une saine propagande éducation à l’école. Comme on n’arrive plus à les faire lire, écrire, compter, on leur apprend les gestes qui sauvent la planète. Par exemple tirer les documents en recto-verso. Ouf, un arbre de sauvé. Il en reste si peu en France.

Mais inversement, le Français n’est pas trop con quand il s’agit de voter. D’ailleurs comme le déclarait un de ces analystes politiques qui contribuent au niveau élevé des médias sérieux et reconnus d’utilité publique, « les Français sont un peuple politique ».

Quand il s’agit de sa santé, de sa consommation, de son environnement, le Français est trop con. Quand il s’agit de prendre des décisions qui le concernent au premier chef dans les divers aspects de son existence, le Français est trop con.

Le con devient subitement intelligent en politique

En revanche pour choisir ceux qui vont prendre les décisions qui vont concerner tout le monde, le trop con se transforme en phénix de la politique. C’est toujours une joie sans mélange d’écouter les doctes experts politiques disséquer avec un talent indéniable et indiscutable les résultats des élections.

Le Français ne sait pas choisir une boîte de petits pois. Mais pour choisir le maire, le député ou le président de la République, il témoigne d’une compétence hors pair. Les types de scrutin (proportionnel, majoritaire, mixte), les finesses de la Constitution, le contenu des programmes électoraux n’ont pas de secrets pour lui. À condition de ne pas l’interroger directement et précisément sur le sujet. On pourrait s’apercevoir qu’il en sait davantage sur les boîtes de petits pois. Ce serait trop con.

Donc le Français est trop con sauf pour désigner les gouvernants qui sont tous, sans exception, des Français pas trop cons. Et comme ils ne sont pas trop cons, ils désignent immanquablement des conseillers du même tonneau. Et en cas de crise grave, tenez, une pandémie, ils savent s’appuyer sur les avis d’experts qui sont tout ce qu’on veut mais pas des cons. Enfin, pas trop.

La nature politique est vraiment bien faite. Des gens trop cons désignent avec une sûreté admirable, et qui se répète élection après élection, des gens qui ne le sont pas.

Mais là, malgré tout ma bonne volonté, j’ai du mal à comprendre. Serais-je trop con ?

Certes, il est facile de reconnaître un con. C’est toujours l’autre. Et comme les cons vont en bande, ce sont toujours les autres. Ah, les cons, disait Daladier qui venait de se faire rouler dans la farine par Hitler. Il faudrait se débarrasser des cons, disait un fervent gaulliste au Général. Lequel rétorquait : vaste programme, mon cher. Il avait peur de ne plus avoir d’électeurs.

Le miracle de l’urne

Je veux bien admettre que les autres sont des cons. D’ailleurs, je l’ai toujours pensé. Mais comment peuvent-ils être trop cons quasiment en permanence et voir leur connerie miraculeusement suspendue à la vue d’une urne. S’agirait-il d’un miracle encore plus impénétrable que la transsubstantiation ?

Donc, on ne sort pas de là. Si les gens sont trop cons, ils le sont en permanence. Et ceux qu’ils élisent n’appartiennent pas à une essence particulière. D’ailleurs, quand je vois le Premier ministre, quand j’entends le ministre de la Santé, quand je lis les propos du ministre de l’Économie, je suis bien rassuré. Ils sont bien comme moi.

Tout à coup, il me souvient qu’aux yeux de certains je suis trop con.

Je veux bien l’admettre, mais pas à ce point.

Et puis, après réflexion, j’ai mieux compris. Les gens étaient trop cons, sauf en politique, dans le monde d’avant. Mais voilà, après la terrible crise sanitaire due à leur insouciance coupable, ils sont devenus trop cons aussi en politique. Le pire serait à craindre aux prochaines élections.

« C’est ce que tu veux ? Que la Marine arrive au pouvoir ? » me reprochait telle personne parce que je critiquais le confinement.

Je n’ai pas bien compris le rapport. Mais je suis sans doute trop con.

Bien sûr, je ne souhaite pas que ladite dame arrive au pouvoir, ce serait trop con.

Mais bon quand on prend les gens en permanence pour des cons, il ne faut pas se plaindre ensuite quand il font des conneries. C’est trop con ? Je sais bien…

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