Les origines conservatrices de la cancel culture

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Perfomance art or self censorship? By: The People Speak! - CC BY 2.0

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Les origines conservatrices de la cancel culture

Publié le 6 mai 2021
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Par Pierre-Guy Veer.

Depuis une dizaine d’années, des conservateurs principalement, et surtout des Anglo-Saxons, se plaignent d’être censurés à tout-va. Oh, il n’y a pas de doute que les médias sociaux font preuve d’un double standard patent quand vient le temps de sanctionner certaines offenses. Pensez-vous que si Tim Scott avait été démocrate, autant de commentaires racistes seraient restés impunis ?

Par contre, il est très ironique de les entendre se plaindre de la cancel culture : ce sont eux qui en ont dessiné les plans.

En effet, ce principe de vouloir mettre fin par la force à la diffusion d’idées arbitrairement jugées inappropriées est un principe très conservateur et les exemples modernes abondent.

Censure raciste de la chanson

Vue de l’Europe continentale, cette mentalité peut être difficile à comprendre. Mais quand on sait que les États-Unis ont été fondés par des puritains fuyant les guerres de religion, on comprend cette influence dans leur désir de censurer ce qui va à l’encontre leurs mœurs.

Prenons le domaine de la musique. Il pourrait y avoir quelques justifications à restreindre la diffusion de chansons où fuck est placé à chaque phrase durant les heures de grande écoute, bien que cette responsabilité incombe aux parents. Mais vouloir empêcher complètement leur diffusion est injustifié, et peut être même interprété comme raciste.

Cela sautait aux yeux lors de la sortie du premier tube commercial de NWA Fuck the Police. Cette chanson encore diffusée après plus de 30 ans était tellement controversée que le FBI a écrit au label pour la dénoncer car ne représentant pas correctement la police. Je me demande si l’auteur de la lettre a changé son fusil d’épaule à la suite du tabassage de Rodney King… On voulait même arrêter les disquaires vendant le disque aux mineurs. Et un concert du groupe a été interrompu lorsqu’il a défié les autorités et joué la chanson maudite.

Ce racisme musical ne date pas d’hier. Le jazz était considéré comme la musique du diable et associé aux lieux mal famés. Durant la prohibition, il a même contribué – ô horreur ! – au mélange des races. Nul besoin de dire que les puritains de l’époque étaient furieux et ont tout fait pour bannir ce style de musique, sans succès.

Et que dire de la musique rock et de ses descendants (heavy metal, notamment), qui ont été accusés de tous les maux et ont excité plusieurs vierges effarouchées chez les conservateurs.

Banc de touche pour Colin Kaepernick

Cet outrage de pacotille s’étend aussi dans le domaine des sports.

En guise de protestation contre le racisme et la répression policière le joueur de football Colin Kaepernick met un genou au sol durant l’hymne américain. Il n’en fallait pas moins pour que s’enchaînent les accusations de traitrise et le dénigrement de masse.

Nonobstant les opinions politiques très discutables du footballeur, rien ne justifie les attaques au vitriol qu’il a subies. Il n’a rien brisé, il n’a pas levé son poing dans un gant en cuir ; il a très pacifiquement montré son désaccord envers des symboles ne le représentant que partiellement. Plusieurs propriétaires de club auraient même fait collusion pour l’exclure.

Tous les coups sont permis

Finalement, les conservateurs du pays se consacrent corps et âme à la défense d’Israël. Une loi fédérale de 2017 prévoit l’annulation de tout contrat avec une compagnie boycottant d’une quelconque façon l’État hébreu.

La quasi-totalité des États dispose de certaines formes de loi ou de décrets mettant sur liste noire toute compagnie boycottant Israël. Et quand vient le temps d’annuler des conférences pro-Palestine – pas des conférences par des individus au passé douteux – ou de harceler quiconque critique Israël, tous les coups sont permis.

Conclusion

Bref, bien que les étatistes de gauche ne soient pas des alliés de la liberté d’expression, ceux de droite ne le sont pas davantage. En fait, leurs racines puritaines sont tellement évidentes qu’ils tombent dans tous les pièges tendus par le très flamboyant troll Lil Nas X.

Aussi, combien de conservateurs ont-ils été vraiment bannis/suspendus pour avoir exprimé des idées conservatrices : limitation du gouvernement, traditions, famille nucléaire, etc. ?

Voir les commentaires (11)

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  • jacques lemiere
    6 mai 2021 at 7 h 17 min

    le liberté d’expression, tout le monde est pour… MAIS………..

    la cancel culture ce n’est pas tout à fait ça c’est, pour le groupe qui le souhaite, réussir à bannir socialement et médiatiquement une personne faisant pression sur tous ceux qui pourraient interagir avec elle.
    le résultat est l’impossibilté PRATIQUE d’entendre une opinion différente dans tout média pour qui l’image importe. et des vies brisées sauf à pouvoir vivre en autarcie..

    il y a toujours eu une forme de cancel culture..

    mais désormais le groupe qui « réussit » défend des idées si absurdes que on se croit revenu aux temps de l’inquisition…

    et ce groupe est soutenu circonstanciellement par un groupe plus puissant pour des raisons politiciennes tacticiennes, c’est un moyen d’affaiblir l’opposant..

    • La cancel culture et tous ses dérivés et avatars, style féministes, indigénistes, néo-colonialistes, racialistes, etc… ne sont que la résurrection du pire du nihilisme. Les addicts de la cancel culture veulent démolir le monde dans lequel nous vivons car ils refusent de s’y intégrer non pas par idéologie mais simplement parce qu’ils sont incapables de respecter les autres, leur culture et que le principal objectif est d’entraîner le monde dans leur propre destruction.
      La cancel culture n’est que le reflet d’une gauche en perdition qui n’a plus de repères et qui s’autodétruit chaque jour un peu plus.

  • Jerémy Lapurée
    6 mai 2021 at 8 h 08 min

    En effet, l’équation est bien celle-ci :
    cancel culture = puritanisme.
    Il s’agit de purifier l’expression dans l’espace public à grands coups de moralisme bien rigide.

  • Il y a une différence fondamentale entre le recours au bouc émissaire – tel individu est publiquement exclu, pour un temps ou pour toujours, ou censuré pour montrer au groupe que telle attitude ou telle opinion n’est pas acceptable dans le cadre des lois ou des religions existantes – et l’universalité de la cancel culture qui exige la mort civique immédiate et sans procès ni rédemption possible – ni bien sûr prescription – de toute personne à qui l’on prête une opinion ou un acte qui, selon des critères actuels nés d’indignation sélective de gens dits micro-agressés, mérite, en-dehors de toute loi ou institution, et sans instruction ni procès, de perdre son emploi, son logement, sa famille, ses espoirs et ce ad vitam æternam.

    Le premier est un processus qu’on retrouve dans tous les états de droit, avec plus ou moins de tolérance, le second est protéiforme, stérilisant et n’a pour fondement juridique que la clameur des gens frustrés – la dictature des réseaux sociaux me fait décidément peur, d’autant plus que les appels à l’indignation se multiplient à propos de tout et de rien, ce qui réduit encore le seuil de tolérance

  • Petite question à l’auteur. Comment définir un conservateur ? Ce terme a été attribué à un certain sous ensemble de la population, mais 1/ ce terme ayant été attribué par la gauche à certains de ses ennemis, il est à consonnance péjorative 2/ la gauche ayant défini ce terme, et la gauche n’ayant jamais les idées claires, par essence, ce terme est flou.

    Pour certains le conservatisme c’est la défense des traditions (lesquelles ?), pour d’autres les conservateurs sont les libéraux classiques, pour d’autres encore, les conservateurs sont les adeptes du « localisme » et pour d’autres encores, le terme conservateur est associé uniquement aux partis anglo-saxon portant ce nom…

    A mon sens, les vrais conservateurs sont la gauche dite « progressiste », toujours à répéter en boucle le même disque rayé de « la civilisation existante c’est le mal, nous vous apportons du haut de notre bien pensance (comprendre en brûlant les livres et vos idoles) et de notre bien veillance (en mettant à feu et à sang vos lieux de vie et en détruisant votre mode de vie) LA CIVILISATION NOUVELLE »…le tout étant bien entendu associé à la création d’un Homme Nouveau, veule, acervelé et surtout servile.

    • Jerémy Lapurée
      6 mai 2021 at 13 h 54 min

      Vous illustrez à merveille, nolens volens, le fait que le conservatisme, c’est comme l’idéologie, ou encore l’enfer, c’est toujours les autres !

  • Oui les conservateurs peuvent autant en appeler à la censure que les progressistes woke. Mais il y a quand même une grande différence dans les moyens employés, et dire que les conservateurs sont à l’origine de la cancel culture, mettre les deux sur le même plan c’est se moquer du monde.

    L’auteur mélange tout, amalgame des tenants et des aboutissants qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Conservatisme et puritanisme sont des choses différentes qui ne vont pas forcément de pair, et n’ont de plus rien à voir avec socialisme, progressisme, et cancel culture qui n’appartient qu’au mouvement woke en vogue actuellement.

  • Ce sont plutôt les pro-Israël qui sont censurés ou interdits, notamment dans les universités, par les « progressistes », les woke, les gauchistes, etc.

  • un étatiste est d’abord étatiste avant d’être de droite ou de gauche car la couleur ne lui sert que d’alibi toujours pour notre bien ( évident )

  • Je ne saisis pas très bien le rapport entre le conservatisme et les extrémistes religieux? Etre attaché à sa culture n’a rien à voir avec les outrances, dont les progressistes sont d’ailleurs les spécialistes. Le changement à tout prix n’est pas forcément un progrès, lorsque cela dégrade une situation!

  • Les commentaires sont fermés.

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