Les origines conservatrices de la cancel culture

Perfomance art or self censorship? By: The People Speak! - CC BY 2.0

Bien que les étatistes de gauche ne soient pas des alliés de la liberté d’expression, ceux de droite ne le sont pas davantage.

Par Pierre-Guy Veer.

Depuis une dizaine d’années, des conservateurs principalement, et surtout des Anglo-Saxons, se plaignent d’être censurés à tout-va. Oh, il n’y a pas de doute que les médias sociaux font preuve d’un double standard patent quand vient le temps de sanctionner certaines offenses. Pensez-vous que si Tim Scott avait été démocrate, autant de commentaires racistes seraient restés impunis ?

Par contre, il est très ironique de les entendre se plaindre de la cancel culture : ce sont eux qui en ont dessiné les plans.

En effet, ce principe de vouloir mettre fin par la force à la diffusion d’idées arbitrairement jugées inappropriées est un principe très conservateur et les exemples modernes abondent.

Censure raciste de la chanson

Vue de l’Europe continentale, cette mentalité peut être difficile à comprendre. Mais quand on sait que les États-Unis ont été fondés par des puritains fuyant les guerres de religion, on comprend cette influence dans leur désir de censurer ce qui va à l’encontre leurs mœurs.

Prenons le domaine de la musique. Il pourrait y avoir quelques justifications à restreindre la diffusion de chansons où fuck est placé à chaque phrase durant les heures de grande écoute, bien que cette responsabilité incombe aux parents. Mais vouloir empêcher complètement leur diffusion est injustifié, et peut être même interprété comme raciste.

Cela sautait aux yeux lors de la sortie du premier tube commercial de NWA Fuck the Police. Cette chanson encore diffusée après plus de 30 ans était tellement controversée que le FBI a écrit au label pour la dénoncer car ne représentant pas correctement la police. Je me demande si l’auteur de la lettre a changé son fusil d’épaule à la suite du tabassage de Rodney King… On voulait même arrêter les disquaires vendant le disque aux mineurs. Et un concert du groupe a été interrompu lorsqu’il a défié les autorités et joué la chanson maudite.

Ce racisme musical ne date pas d’hier. Le jazz était considéré comme la musique du diable et associé aux lieux mal famés. Durant la prohibition, il a même contribué – ô horreur ! – au mélange des races. Nul besoin de dire que les puritains de l’époque étaient furieux et ont tout fait pour bannir ce style de musique, sans succès.

Et que dire de la musique rock et de ses descendants (heavy metal, notamment), qui ont été accusés de tous les maux et ont excité plusieurs vierges effarouchées chez les conservateurs.

Banc de touche pour Colin Kaepernick

Cet outrage de pacotille s’étend aussi dans le domaine des sports.

En guise de protestation contre le racisme et la répression policière le joueur de football Colin Kaepernick met un genou au sol durant l’hymne américain. Il n’en fallait pas moins pour que s’enchaînent les accusations de traitrise et le dénigrement de masse.

Nonobstant les opinions politiques très discutables du footballeur, rien ne justifie les attaques au vitriol qu’il a subies. Il n’a rien brisé, il n’a pas levé son poing dans un gant en cuir ; il a très pacifiquement montré son désaccord envers des symboles ne le représentant que partiellement. Plusieurs propriétaires de club auraient même fait collusion pour l’exclure.

Tous les coups sont permis

Finalement, les conservateurs du pays se consacrent corps et âme à la défense d’Israël. Une loi fédérale de 2017 prévoit l’annulation de tout contrat avec une compagnie boycottant d’une quelconque façon l’État hébreu.

La quasi-totalité des États dispose de certaines formes de loi ou de décrets mettant sur liste noire toute compagnie boycottant Israël. Et quand vient le temps d’annuler des conférences pro-Palestine – pas des conférences par des individus au passé douteux – ou de harceler quiconque critique Israël, tous les coups sont permis.

Conclusion

Bref, bien que les étatistes de gauche ne soient pas des alliés de la liberté d’expression, ceux de droite ne le sont pas davantage. En fait, leurs racines puritaines sont tellement évidentes qu’ils tombent dans tous les pièges tendus par le très flamboyant troll Lil Nas X.

Aussi, combien de conservateurs ont-ils été vraiment bannis/suspendus pour avoir exprimé des idées conservatrices : limitation du gouvernement, traditions, famille nucléaire, etc. ?

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