« La culture nous sauvera », de Christophe Tardieu et David Lisnard

Bien que les deux auteurs sachent que la France est championne de la dépense publique, ils voudraient l’accroître pour l’éducation culturelle et la préservation du patrimoine, qu’ils considèrent comme un investissement.

Par Francis Richard.

Les auteurs, Christophe Tardieu et David Lisnard, ont raison de dire que La culture nous sauvera, où « nous » signifie les Français. Ils ont tort de penser et de dire que c’est à l’État, décentralisé ou pas, qu’il revient d’intervenir.

En ces temps de restrictions des libertés individuelles sous le prétexte de préserver sa santé physique, ils ont donc bien raison de rappeler que « l’être humain n’est pas qu’une réalité biologique, mais également spirituelle et culturelle ».

Ils ont raison de dire que « l’art a aussi des vertus thérapeutiques ». Car la culture est essentielle pour l’homme, qui ne vit pas seulement de pain, et que l’en priver, c’est une manière de tuer ce qui le distingue des autres êtres vivants.

La France championne des dépenses publiques

Bien qu’ils sachent que la France est « championne du monde de la dépense publique« , ils voudraient l’accroître pour l’éducation culturelle et artistique et la préservation du patrimoine, qu’ils considèrent comme un investissement.

S’ils estiment qu’il faut maîtriser les dépenses « pour ne pas laisser de dettes à nos enfants », celles-ci restent pour eux prioritaires dans les secteurs de la santé, la sécurité, la justice et l’éducation, où l’échec de l’État est pourtant patent.

Leurs parcours de vie, à l’un comme à l’autre, ne les prédisposent pas à concevoir la culture autrement qu’institutionnalisée par l’État, que ce soit via l’éducation nationale ou les établissements publics d’administration du patrimoine.

Bien sûr ils ne sont pas contre les initiatives privées, mais on sent bien que ce ne peut être qu’à la marge. Tous les événements culturels qu’ils citent sont soutenus par de l’argent public, hormis un seul, Hellfest, qui n’est d’ailleurs pas le moindre.

Certes le mécénat devrait être davantage encouragé et l’avantage fiscal sur l’impôt sociétés des grandes entreprises n’aurait pas dû être réduit. Mais ils défendent le droit d’auteur qui permet aux créateurs de ne pas dépendre du mécénat.

À l’instar des paradores en Espagne, ils ne seraient pas hostiles à une exploitation hôtelière de certains lieux, à condition qu’ils en respectent l’esprit, « ce qui n’est pas difficile : la plupart des monuments historiques étaient avant tout des logements ».

Pour que la culture se répande et que se forme ainsi la pensée individuelle, ils disent la nécessité de créer une demande dès le plus jeune âge. Mais, à aucun moment, ils ne parlent d’une remise en cause du quasi monopole éducatif.

Le salut par la réglementation

Avec les GAFA, il faudrait avoir un rapport de forces parce que ces entreprises ne comprennent que ça. Autrement dit, le salut ne se trouve que dans leur réglementation. Défaitistes, ils ne croient pas à l’émergence de futurs concurrents.

Ils ont la même attitude à l’égard des plateformes numériques telles que Netflix, qu’il faut réglementer : ce qu’ils proposent est une véritable usine à gaz – ce qui est très français – pour que le partage de la valeur sur Internet soit équitable…

Ils n’échappent pas enfin au couplet sur l’exception et la souveraineté culturelle. Là encore, ils se réjouissent de l’intervention étatique pour la faire respecter, notamment pour ne pas subir l’abominable hégémonie culturelle américaine.

Ils appellent à un sursaut culturel pour qu’advienne un renouveau du pays, parce que la culture française « conjugue enracinement et universalité, effort et créativité, héritage et rupture, émancipation et cohésion, prospérité et panache ».

Oui, mais ne faut-il pas cultiver d’abord l’excellence et l’émulation, s’inspirer des trésors culturels du passé, à condition de les connaître, pour en créer d’autres ? Ce ne peut être qu’une démarche individuelle, de préférence privée.

David Lisnard et Christophe Tardieu, La culture nous sauvera, Éditions de l’Observatoire, avril 2021, 192 pages.

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