Les bourses multiplient les records

Wall Street Sign BY South Bend Voice (CC BY 2.0) — South Bend Voice, CC-BY

Semaine après semaine, les bourses multiplient les records. À première vue, s’en inquiéter semble excessif, du moins pour l’instant.

Par Jean-Jacques Handali.

Les arbres peuvent-ils grimper jusqu’au ciel ? Semaine après semaine, les bourses multiplient les records. À première vue, s’en inquiéter semble excessif, du moins pour l’instant. Atteindre des sommets n’a jamais empêché le marché de dépasser ses limites.

En règle générale, les actions ont même presque toujours enregistré des performances supérieures à la moyenne, une fois une barrière historique franchie.

Le Standard & Poors 500 (S&P), indice phare de Wall Street, a dépassé les 4000 points pour la première fois le 1er avril dernier, et sans qu’il s’agisse d’une mauvaise plaisanterie ! Depuis, il semble s’être figé à ces niveaux stratosphériques.

Il faut dire que l’accélération de l’indice qui était particulièrement spectaculaire depuis les années 1980, est devenue fulgurante depuis douze mois. Le S&P a ainsi doublé ses marques à partir de son plus bas de mars 2020 !

Rappelons que depuis son lancement en 1928, il lui aura fallu moins de dix ans, en moyenne, pour doubler. Au XXIe siècle, 6,6 années lui auront suffi pour passer de 2000 à 4000 points.

Les motifs de la hausse des bourses

Les bourses sont d’abord stimulées par les niveaux de croissance économiques attendus aux USA, en Chine et même en Europe en 2021, mais pas seulement. Les premières distributions de chèques signés par Joe Biden alimentent une euphorie déjà dopée sous le mandat Trump.

Les rendements des taux fixes continuent de croupir à des niveaux plancher et n’offrent aucune alternative attrayante. Les injections de vaccins contre la Covid se font à tour de bras, et font miroiter une reprise du marché de l’emploi et un regain de consommation record.

Même l’Arabie Saoudite et la Russie se sont accordées sur un accroissement de la production de pétrole en vue d’une reprise de l’activité mondiale.

Cours boursier et valeur intrinsèque

Pourtant la déconnection entre le cours boursier et la valeur intrinsèque d’une société a rarement été aussi significative. La croissance économique ne va pas aussi vite que le déversement de liquidités sur le marché.

Il en résulte une appréciation pour le moins optimiste des capacités présentes et futures des entreprises. C’est en allant chercher les plus bas de l’année 2002 (bulle dot.com) et 2008 (crise du crédit hypothécaire) que les ratios de valorisation étaient cohérents avec la tendance économique.

Une bonne tenue des bourses par rapport au passé

La comparaison avec les données historiques suggère une situation plus engageante qu’il n’y paraît car les fondamentaux d’aujourd’hui ne sont pas ceux observés lors des crises précitées.

D’abord, les nouvelles locomotives que sont les GAFAM sont à la source d’une véritable révolution numérique qui, comme la précédente qui se définissait industrielle, apportent non seulement de réels progrès mais aussi des économies d’échelles notables à la plupart des acteurs économiques, individus et entreprises.

Si l’on se penche sur le PER (le rapport entre la capitalisation boursière et le bénéfice net), il est en moyenne de moitié ce qu’il était en 2000 et en 2007, à la veille des décrochages boursiers.

Le bilan des banques semble mieux nanti qu’à l’époque. Les entreprises affichent certes un niveau d’endettement important, mais disposent d’une trésorerie qui leur permet un redéploiement de stratégie et d’actifs.

Enfin, les crises financières récentes sont survenues en fin de cycle, alors que les éléments actuels qui nous dépeignent une reprise après confinement, annoncent plutôt un début de cycle, ou en tout cas sa continuation.

Vous avez dit inflation ?

Certes, avec l’abondance de liquidités et la soif de consommation latente, l’inflation est susceptible de pointer le bout de son nez avec son corolaire, la remontée des taux d’intérêts. Cela fait deux décennies que l’on évoque cette occurrence sans qu’elle ne se soit concrétisée pour autant.

Est-ce la révolution numérique qui annihile certains coûts ? Est-ce la Chine qui produit à bas prix et absorbe les éruptions ? Sont-ce les marchés financiers qui épongent les surplus de liquidités ?

Combien même celle-ci reprendrait du service, à quelle vitesse cette flambée des prix croîtra-t-elle et quelle sera la réaction des banques centrales ? Ces dernières seraient-elles prêtes à serrer la vis des taux pour contenir l’inflation ou préféreraient-elles laisser filer la monnaie pour minimiser une partie de leurs dettes ?

Statistiquement, depuis 1930, lorsque les grands indices américains sont montés de plus de 50 % en l’espace de 12 mois, ils ont confirmé leur tendance les 12 mois suivants dans 65 % des cas. En revanche, lorsqu’ils ont accouché d’un rendement négatif, la baisse fut limitée à moins de 5 %. Alors même en intégrant un accident à la manière de celui survenu en mars 2020, les bourses ont toutes les raisons de reprendre leur ascension. Du moins pour l’instant !

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