NASDAQ et CAC 40 à plus de 5.000 points

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

Le CAC 40 français et le Nasdaq américain se portent bien. Cela signifie-t-il que « tous les signaux sont au vert » ?

Par Jacques Garello
Un article de l’aleps

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Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

 

À part les bourses chinoises, en baisse de plus de 13 £ il y a deux semaines, c’est l’euphorie chez les boursiers. Bien que 5.000 points n’aient rien de commun à Paris et à New York, le CAC 40 français et le Nasdaq américain ont dépassé ce seuil. Pour Paris c’est un retour aux bonnes affaires après quelques flottements dus à la Grèce (du moins le dit-on), pour le Nasdaq c’est un record historique : c’est le plus haut niveau de cotation depuis l’an 2000. Cela peut-il signifier que « tous les signaux sont au vert » ? Certainement pas.

Le Nasdaq et le pari sur la technologie

Comme son nom l’indique en partie (Nasd), le Nasdaq a été créé par les agents de change américains (National Association of Securities Dealers). À la différence de la bourse de New York (New York Stock Exchange), les agents de change ne travaillent que sur des actions, et plus particulièrement sur des actions de sociétés trop petites pour être cotées au NYSE. C’est l’apparition de ces startups qui a encouragé les boursiers à introduire des sociétés faiblement capitalisées mais investissant dans des secteurs tout nouveaux de haute technologie. Comme le note le commentaire des Échos (du lundi 22) : « Il n’y avait qu’un PC par foyer, pas de smartphones ni d’objets connectés, les réseaux internet étaient lents et coûteux, l’e-commerce balbutiant. Aujourd’hui il y a une vraie croissance, de vrais profits. Ce ne sont pas des promesses comme en l’an 2000, mais une réalité. »

En 2000 l’indice Nasdaq était à 5.132, il est aujourd’hui à 5.143. Dans un cas, c’était un pari sur l’innovation, aujourd’hui c’est le succès du pari qui porte l’indice à ce niveau. En effet les startups sont devenues parfois des firmes géantes, mais n’ont pas quitté le Nasdaq pour le Nyse, et les nouvelles entreprises évoluant en haute technologie préfèrent toujours aller vers le Nasdaq.

Nasdaq et conjoncture américaine

Pour autant, la conjoncture économique américaine est-elle à l’image des résultats du Nasdaq ? Le premier trimestre de l’année n’a pas été bon aux États-Unis, le taux de croissance a fléchi, mais les chiffres sont maintenant meilleurs. Pourtant l’incertitude pèse sur la monnaie américaine. La plus- value du dollar (renforcée par la dépréciation volontaire de l’euro) a gêné certains exportateurs et l’inflation qui a été exportée dans les pays détenteurs de dollars a freiné l’expansion mondiale. On continue donc à s’interroger sur la politique qui va être menée par la Fed.

La présidente de la Réserve Fédérale Janet Yellen tarde toujours à faire connaître ses intentions. Une légère augmentation des taux (mauvaise nouvelle pour le Trésor américain) pourrait intervenir si la Fed pensait que tout risque de rechute des États-Unis durement touchés par la crise était écarté. Mais la Fed, comme tous les keynésiens d’outre-Atlantique, demeure persuadée que la sortie de crise n’a été possible que grâce à l’injection massive de dollars dans l’économie, alors qu’elle a été due à une bonne nouvelle, la baisse du prix de l’énergie utilisée par les États-Unis et exportée dans le monde entier, mais aussi à la flexibilité des entreprises américaines. Il est donc possible que le Nasdaq continue sa progression, même en cas de hausse des taux (qui amènerait des arbitrages actions-obligations).

CAC 40 et conjoncture française

Les considérations précédentes s’appliquent aussi au CAC 40 dans la mesure où les résultats des grandes sociétés françaises ou étrangères cotées à Paris sont largement tributaires de la conjoncture mondiale. C’est ailleurs qu’en France que les profits sont réalisés.

Certes il y a aussi une composante européenne, le miraculeux « accord » avec la Grèce a poussé l’indice vers des sommets désertés depuis quelques semaines.

Les résultats obtenus par les entreprises françaises sont-ils de nature à consolider cette hausse ? En dépit de multiples déclarations (rarement dans la bouche des entrepreneurs) sur la reprise de la confiance et sur les bienfaits de la loi Macron (qui n’a pas encore franchi la barrière du Sénat), les réformes de fond sont peu visibles. Tout le monde souhaite un assouplissement du droit du travail, mais rien n’est prévisible dans l’immédiat, les retraites (régime général ou complémentaires) sont toujours en voie d’explosion, les tensions sociales (enseignants, paysans, marins, routiers) sont quotidiennes, l’étau fiscal ne s’est pas desserré et le décor de fond est un chômage de plus en plus inquiétant.

En fait, la santé du CAC, comme de beaucoup de places européennes, est surtout due à l’arrosage monétaire de la Banque Centrale Européenne. Les liquidités abondent mais elles débouchent difficilement sur des investissements privés productifs en France. Bien évidemment l’INSEE met en valeur une faible hausse de ces investissements, qui autoriserait une croissance de 1,2% sur l’année ; mais on peut se demander s’il ne s’agit pas de faire plaisir à Michel Sapin, qui a déclaré « C’est bien parce que notre politique commence à produire ses effets qu’il faut continuer à la mettre en œuvre avec détermination ».


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