Abrégé de La Démocratie en Amérique, d’Alexis de Tocqueville

En ces temps de planification sanitaire et d’interventionnisme à outrance, Tocqueville nous rappelle que la liberté a un prix et qu’il faut un certain courage pour l’assumer.

Par Damien Theillier.

L’Institut Coppet vient de publier un abrégé de La Démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. Le texte original de plus de 1000 pages a été condensé en 200 pages, pour ne retenir que les meilleurs morceaux, les développements les plus dignes d’être lus.

Cette sélection de Benoît Malbranque est judicieusement accompagnée de notes ajoutant des éléments supplémentaires, puisés dans les deux recueils documentaires de première importance que sont les Carnets tenus par Tocqueville lors de son voyage en Amérique, et les Brouillons de son livre.

On y voit ainsi la pensée de Tocqueville cheminer librement et compléter les idées du texte qu’il avait choisi de livrer à la postérité. Ont aussi été joints des extraits d’ouvrages contemporains, récits de voyage ou examens du peuple américain, pour expliciter le contexte de rédaction.

De la démocratie en Amérique se présente sous la forme de deux livres :

– Le premier est consacré au principe de la souveraineté du peuple, son mode de fonctionnement. Tocqueville analyse les institutions politiques américaines, l’équilibre des pouvoirs, le suffrage universel etc.

– Le second livre est consacré à la société démocratique c’est-à-dire aux nouvelles manières de penser et d’être engendrées par l’égalisation des conditions. Il y est question notamment de l’individualisme, de l’étatisme, de leurs conséquences et des moyens de les combattre.

Tocqueville s’inscrit dans une tradition intellectuelle libérale française aussi brillante que méconnue : de Montaigne à Revel en passant par Quesnay, Montesquieu, Condillac, Turgot, Condorcet, Constant, Say, Bastiat, Molinari, Rueff, Aron et j’en passe.

Les idées libérales ont joué un rôle majeur dans les phases de modernisation accélérée de notre pays. Mais paradoxalement, à l’exception de la Troisième République, elles ont été mises en œuvre par des pouvoirs autoritaires, par exemple lors du Second Empire ou des débuts de la Cinquième République.

Or tel n’était pas le projet de Tocqueville, qui privilégiait l’ordre spontané et l’action des corps intermédiaires. Il faut, écrit-il « éparpiller la puissance afin d’intéresser plus de monde à la chose publique ».

Et en conclusion du premier livre de De la démocratie en Amérique, comparant le Russe et l’Américain, il affirme :

Pour atteindre son but, le premier [l’Américain] s’en repose sur l’intérêt personnel, et laisse agir, sans les diriger, la force et la raison des individus. Le second [le Russe] concentre en quelque sorte dans un homme toute la puissance de la société.

Un thème d’actualité traverse également cette œuvre : l’homo democraticus est un homme contradictoire. Il refuse de s’appuyer sur la tradition ou la raison d’hommes supérieurs mais il n’ose pas s’appuyer sur sa propre raison. Il éprouve au fond la difficulté d’assumer sa liberté.

Chaque être humain tend alors se soumettre à une autorité supérieure. Cette soumission, qui apporte la sécurité, est plus facile à vivre que la liberté.

Dans un passage fameux de La démocratie en Amérique, Tocqueville décrit les hommes en démocratie comme un « troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Les partis qui s’opposent partagent en réalité les mêmes choix idéologiques et les électeurs croient encore exercer leur pouvoir en votant tantôt pour l’un puis pour l’autre, explique Tocqueville.

Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. […] Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.

En ces temps de planification sanitaire et d’interventionnisme à outrance, Tocqueville nous rappelle que la liberté a un prix et qu’il faut un certain courage pour l’assumer.

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