RTE, gestionnaire du réseau électrique : inquiet à court terme, et ensuite ?

RTE, le réseau de transport de l’électricité, a publié un rapport faisant part de son inquiétude. Avec raison.

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Pylone BY Giuntini Jonathan (CC BY-NC-ND 2.0)

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RTE, gestionnaire du réseau électrique : inquiet à court terme, et ensuite ?

Publié le 6 avril 2021
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Par Michel Negynas.

En matière d’énergie, l’arithmétique est un outil utile, comme il a déjà été démontré ici. Il semble que nos gouvernants aient besoin d’une piqûre de rappel.

Le parc de production électrique français

Ci-dessous, un tableau qui indique les disponibilités en puissance plausibles à la pointe de 19 heures, une nuit d’hiver sans vent.

Nota, hypothèses :

En théorie, charbon et fuel devraient être arrêtés (?) et nous avons 28 GW d’ENR intermittentes, appelées à se développer jusqu’à 90 GW… sauf les nuits sans vent.

Bioénergie : elle compte pour 50 % (règle européenne) et n’a jamais dépassé 1000 dans les historiques (dans ce secteur, on compte l’incinération, pas toujours disponible)

Gaz : n’a jamais dépassé 9000, une partie du parc faisant de la cogénération et n’est pas toujours disponible.

Hydraulique : n’a jamais dépassé 17 000 selon les historiques.

Nucléaire : 63 000 GW installés (avec EPR). En comptant 85 % de disponibilité (difficultés liées au grand carénage) on peut estimer la disponibilité à 54 GW.

Nous avons atteint 85 GW à la pointe en février 2021 avec un hiver pas très froid et une activité réduite due au Covid. Le record se situe à 102 GW en 2012. Il manque donc des GW, surtout si notre consommation augmente, avec des lois qui mettent fin au chauffage au gaz pour le remplacer par des pompes à chaleur. Nous n’avons pas eu de problème en février dernier grâce aux importations et à un peu de vent. Mais parfois la chance tourne… et l’Allemagne dit arrêter nucléaire, charbon et lignite…

RTE a raison de s’inquiéter

RTE a donc raison d’être inquiet dans son rapport. Extraits :

« Synthèse du Bilan prévisionnel 2021 : perspectives du système électrique à l’horizon 2030 

Un système électrique en transition qui restaure progressivement ses marges

Les trajectoires étudiées distinguent trois périodes, avec une tendance de fond à la restauration des marges dès lors que les principes de la PPE[1], sont bien mis en œuvre :

    • Vigilance jusqu’en 2024. Les marges sont faibles en raison d’une disponibilité dégradée du parc nucléaire (conséquence de la crise sanitaire et des décalages de travaux de maintenance), du retard de l’EPR de Flamanville et des retards accumulés sur les nouveaux moyens de production renouvelables (principalement les parcs offshore et la trajectoire solaire, l’éolien terrestre dans une moindre mesure). L’hiver 2021-2022 présente un profil similaire à celui de l’hiver passé et sera placé sous « vigilance particulière ».
    • Transition de 2024 à 2026. Le système électrique retrouve des marges d’exploitation acceptables, sans toutefois être confortables. La mise en service de l’EPR de Flamanville, des parcs offshore et des énergies renouvelables terrestres ainsi que le développement de l’effacement de consommation et des interconnexions contribuent à cette amélioration.
    • Nette amélioration de 2026 à 2030 : les scénarios étudiés conduisent à augmenter les marges et le niveau de sécurité d’approvisionnement par rapport à aujourd’hui, renforçant la résilience du système électrique à des aléas climatiques ou industriels. »

Commentaire : le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas rassurant. Si on « restaure progressivement les marges », c’est bien entendu qu’on part d’une situation où on n’en a pas ! Et ça va durer jusqu’en 2025 ! Mais qu’à cela ne tienne : après, ça va s’améliorer, et on explique pourquoi :

« Retrouver des marges pour accompagner la transformation du mix électrique

RTE identifie des leviers pour améliorer la sécurité d’alimentation, particulièrement à court terme :

    • Accroître l’effort sur le développement des énergies renouvelables (éolien et solaire) pour atteindre les objectifs de la PPE

RTE semble ne pas savoir qu’il y a des nuits sans vent.

    • Continuer les actions déjà engagées pour augmenter la disponibilité du parc nucléaire,

C’est surtout à l’Agence de sûreté nucléaire qu’il faut le dire…

    • Conserver en activité les moyens de production bas-carbone dont la fermeture pouvait être envisagée d’ici à 2026,

Faut-il rire ou pleurer de cette formulation ? On aurait pu écrire : ne pas arrêter 14  centrales nucléaires, comme prévu par la loi, mais évidemment, RTE, tétanisé, doit rester dans le politiquement correct.

    • Accélérer le développement des flexibilités sur la demande d’électricité. » 

Compteurs Linky ?

Et la PPE ? Et la trajectoire ? Qu’est ce qu’elles disent ?

« Fermer 14 réacteurs nucléaires, dont 4 à 6 d’ici 2028 (y compris les 2 de Fessenheim en 2020)… Fermer les quatre dernières centrales à charbon d’ici à fin 2022 »

Bien sûr, on aura beaucoup plus d’éoliennes et de panneaux solaires… mais qui ne produiront toujours rien les nuits sans vent. Et RTE ne dit rien sur un éventuel stockage de l’électricité, et pour cause : les ordres de grandeurs des énergies qui seraient à fournir sont hors de portée, quelle que soit la technologie.

Contrairement à ce qu’écrit RTE, les « principes mis en œuvre dans la PPE » ne pourront rien pour nous. Multiplier les énergies aléatoires n’apporte rien à la pointe.

On nous prend pour des idiots.

Les constatations ci-dessus sont très simples. Point n’est besoin d’être un spécialiste en énergie pour les comprendre.

Que va-t-il donc se passer ?

Dans un premier temps, nous n’arrêterons pas nos centrales à charbon, et nous installerons subrepticement quelques centrales à gaz.

Dans un deuxième temps, nous démarrerons l’EPR (on ose l’espérer) sans arrêter aucune autre centrale nucléaire.

Dans un troisième temps, nous commanderons un groupe de six centrales, comme demandé par EDF. S’il est encore capable de les construire.

D’ici là, les premières éoliennes seront à démanteler, les panneaux solaires usés, on n’en parlera plus.

Du moins, c’est ce qu’un pays sensé ferait. Mais la France est-elle encore un pays sensé ?

« Inutile d’essayer, dit Alice, il est impossible de croire aux choses impossibles. À mon avis vous manquez de pratique, répliqua la Reine. Moi, à votre âge, je m’y appliquais une demi-heure tous les jours. Il m’est arrivé alors de croire jusqu’à six choses impossibles avant le petit déjeuner ». Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir.

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  • Comme en Belgique, les écolos diront qu’il suffira de demander aux pays voisins de fournir ce qui va manquer.

    Bien sûr, si les pingres décident de garder leur énergie pour eux…

  • he ..c’est « possible »…60% effaçable ..toussa…

    le problème de la « vertu ostentatoire »..c’est la réalité.

  • Gestionnaire d’un produit (l’électricité) dont il ne maitrise pas la production : une sorte de toutou à sa mémère !

  • Dans l’entourage d’un chef d’état ou d’un premier ministre si il n’y a que des tarés qui ignorent tout des besoins en électricité du pays et de la façon de la produire, comme elle se consomme, de façon instantanée, alors ce pays est foutu.
    Sauf prendre la décision fondamentale et première de bannir des centres de décisions tout les idéologues écolos.
    La dissolution du ministère de l’écologie eut été plus pertinent que celle de génération identitaire.

  • Encore 2 heures de coupures cette nuit, de 2 heures à 4 heures certes, mais comme c’était une journée de garde….

  • Il y aura des délestages massifs chez les particuliers et les entreprises. L’industrie, du moins ce qu’il en reste, verra ses coûts exploser.

  • aucun des ces hauts fonctionnaires à la tete d’EDF ou de RTE a le courage (j’allais employer un autre mot commençant par C) de dire les choses en face. Il n’y a que quand on aura eu une bonne panne un soir d’hiver sans vent à -15° pendant une semaine (comme au Texas) qu’ils commenderont à comprendre. Et si j’en crois le delta entre 85GW disponibles pour une pointe de 102 en 2012, c’est donc 10 EPR qu’il manque!

  • Les âneries habituellescdes nucleocrate toujours répétées et ânonées, aujourd’hui à propos de cette pointe de consommation de 19 heures !
    Pointe totalement artificielle due à l’usage du nucléaire qui, ayant besoin de toute sa misérable puissance pour répondre au besoin de l’activité économique a demandé il y a déjà 50 ans de baisser, voir couper le chauffage en partant au boulot le matin, ce qui oblige à mettre toute la sauce le soir en rentrant entre 18 et 20h, d’où le pic artificiel de consommation.
    Quand on se sera débarrassé du nucléaire et que l’Habitat seta chauffer au solaire dans la journée, le seul pic de consommation sera celui de la période de l’activité économique, lorsque le Soleil est disponible.
    Le nucléaire est maître dans l’art de créer des problèmes et de demander comment les renouvelables les resoudront… Il y a de quoi rire !

    • J’avoue que les commentaires de Mr Rochain me laisse toujours pantois. D’habitude il sévissait dans des journaux où le niveau des commentaires n’était pas très élevé mais dans Contrepoint c’est nouveau et ça pique un peu les yeux.
      Enfin chacun a le droit de se rendre ridicule: dans l’état d’avancement du délabrement psychique actuel, ce genre de commentaire stupide sera bientôt la norme!

      • Oui, argumentation typique des rubriques sciento-écolo des « grands quotidiens ».

        Yaka, Faucon. La paille et la poutre. La goutte d’eau et le vase …

        Troll volontaire ou involontaire ?

    • Que de nullités ! En Allemagne, vous avez une pointe à 20 h sans chauffage électrique massif, mais pour d’autres causes. Et pour le chauffage au solaire, vous pouvez repasser.

  • Bon voila les super spécialistes parlent, et en plus on doit les croirent… Méconnaître la consommation électrique en France est une grave erreur. Nous pilotons notre consommation individuelle sur des principes édictés il y a plus de 40 ans 2 ème choc pétrolier. A cette époque le tout nucléaire fut la solution miracle . Nos principes de régulation des chauffages des pilotages a distance sont tous en adéquation avec cela. Donc avant de dire que rien est possible, changeons notre façon de consommer l’énergie. Pour que une nuit d’hivers sans vent puisse resté une nuit vivable, sans faire sauter le disjoncteur. Les pistes la v2h avec les voitures électriques la priorisation sur l’électroménager et l’eau chaude, l’isolation des logement, voir la résilience de certaine industrie. Alors avant de dire que l’on va dans le mur, il faut que le capitaine prenne conscience que l’on doit faire de grands progrès, et ne pas agiter des chiffons rouge pour faire peur au petit peuple.

    • je propose une académie de la consommation citoyenne d’électricité, où l’on apprend à s’en passer quand il n’y en a pas
      cette académie déterminera nos besoins et comment éviter nos gaspillages

    • L’agitation des chiffons rouges s’appuie sur une réalité que @Justeciel méconnait. Au lieu de sortir des inepties, il faudrait réfléchir un peu, un tout petit peu. Tout comme Rochain, l’actionnaire dans le photovoltaïque. https://www.transitionsenergies.com/black-out-evite-europe-8-janvier/

    • Et pour le Covid ? On doit programmer quand on tombe malade ?

      Les « pistes v2h » … Ca fait un an qu’on a des « pistes » sur comment traiter le problème du Covid … et qu’on ne fait rien puisqu’on a des pistes : autant mettre en place le monde de demain.

      Car là est bien pour moi le problème actuel : la France est gouvernée par des prédicateurs idéologues qui finissent par penser pouvoir marcher sur l’eau … et finissent par se noyer.

    • L’ennui c’est que ceux qui sont prêts a se laver à l’eau froide, à laisser la température du logement plonger et a ne pas pouvoir aller travailler car la batterie de leur voiture est vide le matin sont peu nombreux.

      Certes ces solutions peuvent aider un peu entre 18h et 22h, mais du reste c’est insuffisant pour compenser la perte de la majorité du potentiel de production sur une semaine.

  • Radio Paris ment; Radio Paris est Allemand.

  • quelqu’un a-t-il regardé sérieusement les « pistes » V2H, V2B que l’on nous vend comme solution miracle pour sortir du nucléaire et du thermique ?
    Je résume : vous avez un joli pavillon, avec un toit, un jardin et un garage pour votre voiture, comme au pays de Oui-Oui. Vous installez des panneaux PV sur le toit, avec une batterie tampon. Le soleil brille, votre lave vaisselle et linge travaillent pour vous, la batterie se recharge. Le soir, vous rentrez sagement votre voiture électrique au garage, vous la branchez pour la recharger. Patatras, c’est la nuit sans vent, et il fait froid. Aussitot, votre batterie tampon et celle de votre voiture prennent le relais pour alimenter la maison, et celle des voisins, les imbéciles qui n’ont pas de vehicule électrique, puisqu’ils prennent les transports en commun et habitent en collectif et hop, tout va bien, vous vous chauffez, faites marcher la télé et Netflix, le four, le fer à repasser. La voiture se décharge tranquillement. Au milieu de la nuit, vous vous retrouvez sans chauffage, ni éclairage, avec une voiture en panne. Ah, oui, j’oubliais : ce matin, il pleut, pas de soleil ni de vent. A l’échelle d’un pays, c’est sérieux ? Et il y a des gens éduqués qui croient cela ?

    • Oui, ceux qui ne savent pas compter et qui se laissent embobiner par le premier crétin qui fait de beaux discours.

      • sans parler de la folie hydrogène qui s’empare de nos élus comme étant LA solution. Et de distribuer des subventions à tout va pour des projets foireux (cela me rappelle la route solaire de notre chère Ségolène)

        • En l’état actuel de la technologie hydrogène (à part la pile à combustible mais qui nécessite des catalyseurs rares et coûteux),
          L’hydrogène n’est que le cheval de Troie des énergies renouvelables intermittentes et en particulier de l’éolien.
          Ceci explique l’engouement actuel pour une filière qu’aucune avancée notable permet de penser qu’elle puisse résoudre à court terme les nombreux problèmes techniques qui lui sont associés.
          Le ‘lobby’ des énergies renouvelables est redoutables: beaucoup de nos élus comme beaucoup de nos journalistes qui se distinguent plus par leur incultures (en particulier dans les domaines scientifiques) que par leur bon sens foncent à tête baisser dans le panneau!

        • En l’état actuel de la technologie hydrogène (à part la pile à combustible mais qui nécessite des catalyseurs rares et coûteux),
          L’hydrogène n’est que le cheval de Troie des énergies renouvelables intermittentes et en particulier de l’éolien.
          Ceci explique l’engouement actuel pour une filière qu’aucune avancée notable permet de penser qu’elle puisse résoudre à court terme les nombreux problèmes techniques qui lui sont associés.
          Le ‘lobby’ des énergies renouvelables est redoutable: beaucoup de nos élus comme beaucoup de nos journalistes qui se distinguent plus par leur incultures (en particulier dans les domaines scientifiques) que par leur bon sens, foncent tête baissée dans le panneau!

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