Bruno Le Maire, ministre de la relance électorale

Bruno Le Maire by EU2017EE(CC BY 2.0) — EU2017EE, CC-BY

Bruno Le Maire est-il devenu le ministre de la relance électorale d’Emmanuel Macron ?

Par Nathalie MP Meyer.

Notre très littéraire ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance mesure-t-il bien la portée de tout ce qu’il raconte aux journalistes ? C’est douteux.

Alors qu’il s’est mis récemment à sillonner la France afin de suivre personnellement la distribution des 100 milliards d’euros de son plan de relance, il semblerait que ce retour au terrain qui fait monter en lui les émotions de sa campagne 2016 pour la primaire de droite l’ait disposé aux « confidences » dangereusement révélatrices :

« Le retour à meilleure fortune économique est une des conditions de la réélection d’Emmanuel Macron. »

Si vous pensiez que le retour à une vie économique normale, une vie économique d’avant Covid qui permettait à chacun d’assurer (à peu près) librement sa subsistance, était surtout la condition indispensable pour que les Français renouent avec l’intégralité de leur existence économique, sociale et affective, vous voilà prévenus.

S’agissant des déclarations des politiciens dans les médias, une « confidence » n’est en aucun cas un secret sur eux-mêmes qu’ils révèlent exceptionnellement à un journaliste en échange de sa discrétion. C’est au contraire une information qu’ils souhaitent avidement faire passer dans le public, tout en lui donnant l’apparence de leur pensée la plus intime et la plus vraie.

Bruno Le Maire en campagne ?

En conséquence, qu’est-ce qui fait courir l’être profond de l’homme politique Bruno Le Maire ? La réélection d’Emmanuel Macron. Comment compte-t-il s’y prendre pour atteindre cet objectif ? Agir de toutes ses forces pour redonner un peu de couleur à l’économie française d’ici la campagne électorale de 2022 et inclure ce bon résultat dans le bilan du quinquennat.

Et n’allez pas croire qu’il s’agisse d’un propos en l’air, oublié sitôt prononcé. Selon la journaliste qui a reçu cette « confidence », Bruno Le Maire insiste au contraire beaucoup sur ce sujet, accréditant encore plus l’idée que toute la politique économique qu’il met en œuvre depuis un an est entièrement mise au service de la réélection du Président.

Or quelle est cette politique économique ? Le célèbre « quoi qu’il en coûte » qui consiste à faire pleuvoir des milliards et des milliards d’euros sur des entreprises et des salariés empêchés de travailler par pure décision administrativo-sanitaire. Un an après le début de la pandémie et à un an de l’élection présidentielle, difficile de ne pas y voir une forme de clientélisme électoral maquillé sous les dehors miraculeux de la relance keynésienne – comprenez dépenses publiques et État stratège – dont la France use et abuse par tous les temps.

Il existe certes une interprétation noble de la déclaration du ministre. Quoique de façon maladroite, peut-être a-t-il voulu dire que M. Macron est conscient qu’une déconfiture économique prolongée ne le qualifierait pas auprès des Français pour solliciter un second mandat et qu’il met dorénavant son point d’honneur à les remettre sur le chemin de la prospérité après une année d’interdictions et de restrictions désastreuses.

Il est cependant très difficile d’y croire.

Un retour à la croissance difficile à croire

D’abord parce que la seule façon immédiate et efficace de relancer l’économie sans peser sur l’avenir par accumulation d’une dette insoutenable à terme consisterait à mettre fin à l’état d’urgence sanitaire au plus vite pour laisser chacun vaquer à ses occupations.

Depuis un an que nous vivons avec le Covid-19, il me semble que nous avons compris comment nous comporter et nous organiser de façon responsable pour vivre et travailler sans que le gouvernement vienne imposer des limitations par trop souvent injustes, absurdes et incohérentes entre elles.

Ensuite parce que l’État qui a chez nous la haute main sur un système de santé qui ne manque pas de moyens devrait plutôt se décarcasser pour rendre l’organisation des soins plus adaptable et plus réactive lorsqu’une situation sanitaire qui sort de l’ordinaire se présente.

Dans le même ordre d’idées, et alors qu’il compte sur la vaccination pour immuniser la population, peut-être devrait-il faire en sorte que les Français qui le souhaitent y aient accès plus rapidement et plus facilement.

Et enfin parce que l’expérience de l’année 2020 montre que le fait d’avoir pris des mesures de soutien plus généreuses que partout ailleurs, notamment sous la forme de la prise en charge du chômage partiel, n’a nullement empêché la France d’enregistrer un recul de son PIB nettement supérieur à la moyenne des pays de l’Union européenne (8,3 % contre 6,2 % pour l’UE et 6,6 % pour la zone euro seule).

Aussi, voir M. Le Maire faire son tour de France des entreprises qui ont bénéficié des premiers versements du plan de relance, 26 milliards d’euros à ce jour sur les 100 milliards annoncé cet automne, et le voir serrer des mains, comme chez Ligier à Vichy récemment, en répétant que l’intervention de l’État « va donner un coup de booster absolument spectaculaire » à toute l’économie française n’est pas véritablement rassurant.

Tout ceci fait irrésistiblement penser au rituel des séances de tractage électoral sur les marchés dans un grand déballage de lieux communs lénifiants et d’argent gratuit des autres.

Or de question d’arrêter le « quoi qu’il en coûte »

Le ministre va même jusqu’à promettre aux entreprises que le gouvernement ne retirera aucune aide tant que la croissance ne sera pas de nouveau au rendez-vous.  Si certains secteurs, l’aéronautique par exemple, doivent être accompagnés pendant un an, deux ans, cinq ans, eh bien l’État les accompagnera le temps qu’il faudra !

« On ne va pas perdre en quelques semaines le bénéfice de ce que nous avons réussi avec le Président de la république depuis plus d’un an, c’est-à-dire protéger les entreprises. » (France 2, Les 4 vérités, 9 mars 2021, vidéo à partir de la minute 5′)

Or pour l’instant, « les capacités exceptionnelles de rebond » de l’économie française dont le ministre se félicite en permanence pour justifier sa politique de soutien et de relance dépendent directement des mesures de soutien et de relance, précisément. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. On devine que si l’on supprime la perfusion, tout va s’effondrer instantanément. Il est donc hors de question d’arrêter brutalement le « quoi qu’il en coûte ».

Mais il ne peut pas non plus durer éternellement, même Bruno Le Maire qui adore se faire passer pour un maniaque de l’orthodoxie budgétaire sans jamais mettre en pratique ses pieuses maximes économiques l’admet. Figurez-vous qu’il faudra songer un jour à rétablir nos finances publiques !

Peut-être n’étaient-elles pas tout à fait aussi « saines » que Gérald Darmanin le prétendait au moment où la pandémie a commencé. Peut-être ne nous permettent-elles pas vraiment de soutenir et relancer l’activité comme Bruno Le Maire se plaît aujourd’hui à le faire dans une débauche de milliards véritablement époustouflante. Après tout, la dette publique de la France atteint maintenant 120 % du PIB contre 100 % fin 2019…

Autrement dit, tout ce qui aura été distribué via l’endettement public en compensation des décisions de mise à l’arrêt de l’économie pour contrer la pandémie de Covid-19 devra être récupéré d’une façon ou d’une autre, soit par le biais d’une fiscalité renforcée, soit sous la forme d’une érosion de l’épargne des Français, soit les deux. Dans tous les cas, aucune chance de voir la croissance s’envoler.

On devra plutôt affronter un glissement supplémentaire dans le chômage et la pauvreté, alors même que la France de 2019, la France d’avant, celle de la liberté de vivre et d’entreprendre n’était même pas sortie de la crise de 2008…

Mais avant que d’en arriver à un petit minimum de rigueur budgétaire toujours plus nécessaire mais toujours repoussée, Bruno Le Maire veut se convaincre et nous convaincre que « la relance a commencé, elle se déploie vite, bien, sur tous les territoires ».

Nouveau grand maître en poudre de perlimpinpin sans lendemain, ne dirait-on pas qu’il est devenu par la même occasion le ministre de la relance électorale d’Emmanuel Macron ? Ça promet.

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