Polémique Amanda Gorman : faut-il être noir pour traduire un Noir ?

Entretien avec Sophie Bastide-Foltz, traductrice.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Amanda Gorman recites her inaugural poem BY Chairman of the Joint Chiefs of staff (CC BY 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Polémique Amanda Gorman : faut-il être noir pour traduire un Noir ?

Publié le 7 mars 2021
- A +

Par la rédaction de Contrepoints.

Une polémique enfle concernant le choix d’une traductrice blanche pour la traduction en néerlandais1 des poèmes d’Amanda Gorman, noire, qui a été choisie par Joe Biden pour son investiture.

Contrepoints s’est entretenu avec la traductrice littéraire Sophie Bastide-Foltz pour recueillir son point de vue sur les dangers d’un choix qui consisterait à ne faire traduire des œuvres que par des traducteurs de la même origine que l’auteur.

Contrepoints : La réaction du traducteur René de Ceccatty, dans Le Point, à cette polémique a été : « L’idée qu’il faille être noir pour traduire un Noir est terrifiante. » Partagez-vous ce point de vue ?

Sophie Bastide-Foltz : Ce qui est terrifiant, c’est l’idée que la race devienne le critère premier, celui sur lequel on va fonder un travail. N’importe lequel, du reste, pas seulement la traduction d’une œuvre littéraire. C’est la théorie nazie par excellence. Aryen, vous aviez tous les droits. Non Aryens, vous ne pouviez plus exercer quantité de métiers, bref, on vous coupait les vivres, le vivre !

Exiger que le texte d’Amanda Gorman soit traduit par un noir (une noire ?) c’est du pur racisme… à l’envers, dit-on aujourd’hui pour parler de racisme anti-blanc. Moi je dis de racisme tout court.

La race, mais aussi l’idéologie comme critère, oui, c’est terrifiant. Et pourquoi pas, alors ne faire traduire des auteurs juifs que par des traducteurs juifs. Des auteures que par des traductrices. Je vois ça d’ici : sous les coordonnées habituelles, on remplirait quelques cases qui nous autoriseraient à traduire n’importe quel auteur ! Ce n’est plus de la bien-pensance, c’est de la terreur, de la dictature.

Contrepoints : La connaissance du contexte culturel, l’expérience personnelle ne donnent-elles pas à un traducteur de la même origine que l’auteur plus d’atouts pour que la traduction soit la plus fidèle possible au texte original ?

Sophie Bastide-Foltz : Les atouts, pour bien traduire, c’est avant tout la compétence linguistique et la connaissance du milieu, du cadre du récit qu’on doit traduire. Encore que cette connaissance peut s’acquérir en traduisant.

Je traduis en ce moment un livre dont le personnage principal est une archéologue. Je n’y connais rien en archéologie. Donc je passe un certain temps à me documenter. Cela fait d’ailleurs partie de ce qu’il y a de passionnant dans ce métier. On élargit sans cesse le champ de ses connaissances.

Il m’est aussi arrivé de refuser une traduction parce que n’avais pas les codes : une langue parlée dans certains quartiers de Baltimore, par exemple, essentiellement par des Afro-américains m’est si étrangère que pour comprendre la série Sur écoute, il m’a fallu mettre les sous-titres (série fort bien traduite d’ailleurs).

Mais si moi, une Blanche, j’avais vécu là-bas quelques temps, j’aurais été parfaitement capable de la traduire. Un traducteur doit évidemment se plonger dans l’univers des livres qu’il traduit, quand bien même il lui est parfois étranger.

S’il n’a pas le temps ou la volonté de s’y plonger, alors oui, il doit s’effacer. Mais pas pour une raison de couleur de peau ou d’idéologie.

J’ai traduit Ayn Rand, mais aussi Susan Sontag qui sont pourtant toutes deux à l’opposé sur le plan idéologique. Et je traduirais un écrivain qui serait à l’opposé de mes idées politiques si je pensais que son œuvre en vaut la peine.

En revanche, je crois qu’il faut être poète pour traduire de la poésie qu’elle soit l’œuvre d’un blanc, d’un jaune, d’un noir ou d’un café au lait.

Contrepoints : Selon vous, est-ce de la démagogie de la part de Biden d’avoir choisi Amanda Gorman ? Une forme de bien-pensance politique ?

Si avoir choisi Amanda Gorman est de la démagogie ? Bien sûr que c’en est. Elle a tous les atouts pour plaire à l’Amérique de Biden. Elle est femme, noire et de gauche. La totale !

Cela étant, j’ai quant à moi de sérieux doutes sur la qualité poétique de ses écrits. Ce n’est pas parce qu’on fait des vers qu’on est poète. Le texte qu’elle a lu, en tout cas, est un plaidoyer politique en vers, pas de la poésie.

 

  • Dernier ouvrage traduit : Lazare, de Richard Zimler, Cherche-midi, janvier 2021.
  • Et aussi : La Grève, Ayn Rand, Les Belles Lettres.
  1. Marieke Lucas Rijneveld, qui depuis, a renoncé à cette traduction.
Voir les commentaires (51)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (51)
  • En poussant le « raisonnement » plus loin, si un blanc ne peut traduire une oeuvre « Noire », c’est qu’il ne peut la comprendre, la couleur de sa peau le rendant sourd et aveugle. ( déjà qu’on n’arrête pas de lui répéter qu’il ne comprend rien aux blanches )

    Il faudrait d’ailleurs aussi lui interdire le poulet aux arachides et les plages du Sénégal.

    Il est donc parfaitement inutile pour un blanc de lire Senghor, de voir une exposition de Malick Sidibé ou de Seydou Keïta, encore plus d’écouter Miriam Makeba ou même du jazz.

    Je crois qu’aucun racisme, négationnisme, ou autre -isme n’a osé pousser si loin l’irrationalité, pour ne pas dire l’imbécillité, dans le rejet de l’autre

    • Du coup, ça sert à rien d’aller aider tous ces pays, et d’aller en touristes là bas, si on est pas capable de les comprendre… Mais ils sont masos, car même en sachant tout ça, ils cherchent quand même à venir chez nous… Une histoire… D’intelligence ? D’infériorité ? mmh… 😉

    • Bonjour,
      Ma fille qui avait 3 ans à l’époque, c’est rendue compte que son copain était noir parce que ses parents étaient blanc.
      Son copain est un petit haïtien adopté.
      Tant que les parents ne font pas de différences les enfants s’en contre balancent de la couleur de la peau.

  • Petite coquille : la série « Sur Ecoute » est tournée à Baltimore, pas à Philadelphie.

  • biden est un vieux schnok périmé ; je plains les américains d’avoir un machin pareil à la tête de leur pays ;

    • le problème est qui le manipule…?

      • Ceux qui le financent, bizarrement ce sont les grands patrons qui ont pourtant intérêt à ce que les américains soient prospères pour pouvoir acheter leurs produits. Or ils soutiennent un parti qui comme nos socialistes s’évertue à prendre des mesures nuisant à l’économie du pays!

  • Je me sui passé la tronche au cirage noir et j’ai essayer de faire une traduction. Je n’ai pas réussi, je ne parlais pas la langue en question.
    Moralité la couleur ne parait pas essentielle. Par contre pour traduire une femme, faut-il être Lesbienne ou Trans, ce sujet est fondamental !

    • C’est pas la tronche qu’il fallait se passer au cirage pour bien ressentir la différence. ?
      Oh je rigole hein, tout comme vous je sais que la couleur n’est pas un critère déterminant.

    • Perso la question de la couleur qui fait le boulot ne me viendrait jamais a l’esprit, C’est peut-être ça être raciste, tandis que celui qui a chaque seconde se pose des problèmes de colories ne peut évidement pas être raciste. L’obsession serait elle une forme d’immunisation ?
      Bof, Hollandouille et ses potes ayant décidés que les races n’existent pas ça va être difficile de « TRADUIRE » en justice des cons pour racisme.
      De nouveaux métiers émergent qui devraient sauver l’économie :
      Antiracistes, Zadistes, Antifas, Macronistes, Djihadistes, ……
      Ont est sauvé.

  • Mais alors, si un blanc ne peut traduire un noir….un noir ne peut non plus de mettre dans la peau d’un blanc ?? Si la différence est à ce point, pourquoi promouvoir la mixité ? Il faudrait donc des pays pour les noirs et des pays pour les blancs ? Comment un noir pourrait-il diriger un pays à majorité blanche, et vice versa , si les uns et les autres ont des sensibilités si différentes ?
    Bref, les bien-pensants ne craignent-ils pas les conséquences inattendues de telles idées, qui pourraient leur revenir en pleine figure ??

    • non c’est orwell..la perte de cohérence et de sens de tout, glace et fige les individus les rendant incapables d’emettre une opinion propre. le couple mixe est en même temps un exemple théorique et une abomination pratique . ce qui importe est le jugement des leaders.

  • Il suffit de rappeler la coexistence désormais de deux définition du racisme, une classique, qui permet de conclure que ceci est bien raciste et une autre.. niant les individus …

    le problème est que si le racismes a reculé c’est parce qu’il était injuste pour les individus de façon flagrante. dans une perspective humaniste ..dans le second cas ,qui inspire re la discrimination positive, c’est la lutte contre le racisme qui aboutit à des injustices individuelles flagrantes…

    on remplace la lutte des classes par la lutte des groupes..

    • et faire subsister deux definitions du racisme qui se contredisent est necessaire …
      tout comme il est necessaire pour l’écologie de dire qu’il existe deux priorités l’humanité et l’environnement.

      détruire le sens commun…

      • il faut rendre impossible l’idée que vous puissiez défendre une personne accusée de racisme..de peur de l’etre aussi.. il est donc impératif que ça ne fasse pas sens..

  • Avec ce genre de bêtises, Henri Guybet ne pourrait plus jouer Salomon dans Rabbi Jacob.

  • Leurs conneries sur les races , la couleur de peau pousse de plus en plus de gens dans des cases celles pour les blancs, les noirs, les asiatiques… et si on ne nait pas racistes on finis par le devenir plus ou moins volontairement , plus ou sciemment mais a vouloir en faire des tonnes sur les communautés black et arabes sont des victimes, subissent ceci ou cela ou pire a vouloir des lois différentes selon qu’on soit de couleur ou blanc va finir par créer des tensions qui vont nous diviser jusqu’à l’explosion et le moins que l’on puisse dire c’est que que c’est déjà bien parti pour mais si ça permet de remettre de l’ordre dans cette décadence pourquoi pas !!!

    • Je ne crois pas qu’il y aura des tensions et une explosion. Les blancs dans leur case subissent un lavage de cerveau permanent et insidieux, à base d’infantilisation, de terreur et de culpabilisation. Les bases culturelles, sociétales, spirituelles des blancs sont systématiquement foulées aux pieds par les gauchistes. Par exemple, on essaie d’injecter le concept multi -ethnique et pluriculturel dans la population en introduisant des personnes de couleur dans la moitie des spots de pub à la télé…
      Je crains que notre société atteinte du Syndrome d’Identité Déficiente Acquise ne soit plus capable de se défendre.

      • je crains au contraire une retour de bâton et je ne suis pas sûr que cela ne se retournera pas contre toutes ces minorités pour leur plus grand malheur.
        Désolant toute cette bêtise, et surtout tous ceux qui l’entretiennent !

        • Pas certains, les minorités s’entrainent dans les cités, les blancs regardent la télé.
          Regardez Génération Identitaire, ils faisaient pitié. Il n’y a plus de skin. Les revanches des nationalistes après les attentats de 2015 étaient du niveau de la farce potache.

  • Ca n’est pas à l’auteur qu’un traducteur doit ressembler (et je parle de la culture et non de la couleur de peau), c’est à un lecteur passionné et désireux de permettre de partager ce qu’il a trouvé dans le texte. Lorsque l’auteur peut donner son avis sur le choix du traducteur (comme j’ai eu la chance de pouvoir le faire pour mes propres textes), je ne comprends pas qu’il puisse en appeler à d’autres critères que ce désir de partage qui va, comme on le voit dans le cas exposé ici, garantir la qualité de la traduction.

  • C’est aussi raciste d’imposer une noire pour traduire une noire que de faire des places pour blancs ou pour noirs dans le bus ou les wc…
    On dit qu’il faut soigner le mal par le mal, mais là encore la fiction dépasse le réel : je n’aurais pas penser à institutionnaliser le racisme comme moyen de lutte contre le racisme!…
    En même temps ça m’étonnait qu’aux départementales personne ne se soit élevé contre la tête de liste obligatoire un homme + une femme afin d’obtenir la parité. C’était aussi du pur sexisme dans ce qu’il a de plus essentiel et, sous d’autres formes, traité de plus abject par les mêmes qui soutenaient l’idée.
    Enfin ça ne m’étonne pas vraiment…
    Le point commun avec le sujet étant bien entendu que ceux qui « luttent » contre les « ismes » finissent souvent par devenir encore plus « istes ».

    • Absolument.

      Et ces politiques antiracistes ne font qu’augmenter le racisme. Elles tendent à présenter les gens de couleur comme une classe à part, qu’il faut absolument protéger, et les blancs comme une autre classe, qu’on peut discriminer sans crainte.

      Difficile pour un blanc de ne pas avoir une dent contre les noirs après ça…

      • En fait, à force d’avoir de l’opposition à ce type de propos, cela justifie encore plus leurs actions, avec le « vous voyez, ils sont contre nous et nos idées ! »… ils sont forts…

  • Dans la même lignée, j’ai également entendu d’autres piteuses:
    Au cinéma, une scène homo ne devrait pas être tournée par des hétéros, tout comme leur doublages qui devraient être réservés uniquement aux homos.
    Et n’est-ce pas les Oscars qui incorporent désormais des critères de « diversité » dans le choix de leur élections ?

    Je crois que l’on est rarement allé aussi loin en matière de crétinisme.
    – Un doublage homo de gay devrait être une bonne

  • Pour « the wire » parfaitement exact. Eu un mal de chien a assimiler l’argot même en parlant et lisant couramment. Nécessité de regarder avec les écouteurs sur les oreilles.

  • Et donc tous les migrants étant noirs ou basanés, pas la peine de les accueillir ici. Ils ne pourront jamais nous comprendre et nous ne pourrons jamais les comprendre. Les gauchos doivent rester logiques avec leurs théories oiseuses et proches de celles qu’ils combattent en paroles…entre goulags et camps de redressement, leur cœur balance ….

  • Preuve absolue de l’immense imbécillité des racialistes et de leur véritable racisme!

  • Biden aurait-il choisi Amanda si elle avait été moche et bossue ?

    • bossue oui.. moche non… ou au dlà de moche, il faut mettre en avant des minorités opprimées..

      pas de moche mais des hideux, pas de petits mais des nains, etc etc.

  • Cette poétesse au rabais n’est mise en avant que du fait de sa couleur de peau!

  • Le concept de « discrimination positive » n’a pas de sens. Une discrimination est toujours « positive » envers l’un et « négative » envers l’autre. Un blanc qui choisit un blanc pour sa couleur de peau, pratique une discrimination positive envers les blancs et négative envers les autres ethnies.

  • Ça va loin…
    Pourquoi ne pas exiger alors que Céline ne soit traduit que par un antisémite et Bukowski par un alcoolique ?!

  • j’en profite pour remercier madame Bastide-Folz pour l’excellente traduction de « Atlas Shrugged » !

  • Les Wokes sont des hypocrites car ils devraient tous démissionner puisque c’est par le privilège blanc qu’ils ont obtenu leur poste, et le laisser aux noirs qui sont opprimés! Je m’étonne de ce manque de logique et de cohérence avec leurs soi-disant valeurs!

    • Ca me rappelle evergreen où les profs blancs se présentaient avec leur identité et préférence sexuelle mais qui devaient bien faire leur méa culpa sur le fait qu’ils étaient blancs et privilégiés.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Outre la santé, l’immigration est sans doute le sujet politique le plus polémique aux États-Unis. Les deux principaux partis se renvoient constamment la balle sans apporter de solution constructive à ce problème criant.

Car n’en déplaise à la vice-présidente, à qui incombe le problème, la frontière est très poreuse. Selon les dernières estimations, deux millions de personnes pourraient avoir traversé la frontière d’ici la fin septembre. On vient même de nuit pour tenter sa chance, et depuis le Pakistan parfois.

Et ce ne sont pas... Poursuivre la lecture

Les propos tenus par Joe Biden lors de l’émission 60 minutes sur CBS dimanche dernier ont provoqué quelques remous au sein du monde des médias comme de la santé.

 

“The pandemic is over. We still have a problem with COVID. We’re still doing a lot of work on it. But the pandemic is over,” President Biden tells 60 Minutes in an interview in Detroit. https://t.co/7SixTE3OMT pic.twitter.com/s5fyjRpYuX

— 60 Minutes (@60Minutes) September 19, 2022

« La pandémie est terminée. Nous avons t... Poursuivre la lecture

Par Brad Polumbo.

L'adoption généralisée du bitcoin et d'autres crypto-monnaies a laissé de nombreux fonctionnaires à l'écart. Pour tenter de participer à l'action, de nombreux gouvernements ont lancé l'idée d'une "monnaie numérique de banque centrale" (CBDC), c'est-à-dire une crypto-monnaie émise par le gouvernement et utilisant la technologie blockchain. Le président Biden a demandé au gouvernement fédéral d'explorer cette idée, et de nouveaux rapports suggèrent que l'administration Biden pourrait bientôt faire avancer les efforts po... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles