Bayrou, les riches et la classe moyenne à 4000 euros par mois

Screenshot_2021-02-10 LE GRAND JURY - 4 000 euros par mois, c'est la classe moyenne selon François Bayrou - YouTube — RTL on Youtube,

François Bayrou a fait parler de lui le 7 février en déclarant que l’on n’était pas riche avec 4000 euros par mois. Décryptage. 

Par Jean-Philippe Feldman.

Au-delà de la polémique, volontaire ou involontaire, les déclarations du Haut commissaire au Plan et les réactions qu’elles ont suscitées sont très révélatrices à bien des égards.

François Bayrou a fait le buzz en prononçant le 7 février la petite phrase du week-end. De son intervention, il a été retenu que « 4000 euros par mois, on est de la classe moyenne ». Mais on en a oublié le contexte dans lequel cette phrase est survenue, et finalement le plus important.

Pour François Bayrou, est-on de la classe moyenne à 4000 euros par mois ?

François Hollande nous régalait en 2007 lorsqu’il déclarait que l’on était riche avec 4000 euros par mois. Il semble que la monnaie ait perdu beaucoup de valeur puisque selon François Bayrou, avec ce montant, on n’appartiendrait plus aujourd’hui qu’à la classe moyenne. Et l’on commence à craindre à ce rythme qu’en 2033 un homme politique s’exclame qu’avec une pareille somme on se situe dans la classe pauvre…

En réalité, ces allégations sont vraies ou fausses selon nos propres références. Que signifie 4000 euros par mois ? Est-ce un montant brut, donc avant les impôts et les cotisations sociales les plus élevés au monde, ou une somme nette ? S’agit-il d’un revenu individuel, par foyer ou encore, comme François Bayrou l’a ultérieurement soutenu, par couple ? S’agit-il des revenus ou du patrimoine ?

On est toujours riche ou pauvre par rapport à quelqu’un et chacun d’entre nous peut défendre des positions très différentes à cet égard.

Que signifie « classe moyenne » ? Pour ancienne qu’elle soit, même si l’on parle plutôt des classes moyennes, l’expression n’en est pas plus précise puisqu’elle suppose une ou plusieurs classes pauvres et une ou plusieurs classes riches.

Les institutions publiques et des centres de recherches privés, les classements nationaux et les classements internationaux en donnent des définitions différentes. Un institut public français a pu diviser la population en quatre de telle manière que soit considéré comme riche celui qui perçoit un minimum de 2500 euros de revenu mensuel…

Qu’est-ce qu’un riche selon les sondages ?

En 2015, un sondage posait la question de savoir à partir de quel niveau de revenus on était riche. Sans doute inspirés par François Hollande, 54 % des Français répondaient à moins de 5000 euros net par mois. 21 % de 1000 euros à 3000 euros ! Quant au patrimoine, 8 % des Français répondaient qu’on était riche entre… 1000 et 100 000 euros !

Autre sondage édifiant : une enquête d’avril 2019 nous apprenait que les Français estimaient en moyenne que les rémunérations des PDG des grandes entreprises devaient diminuer de 40 %… mais que ceux qui exerçaient la même profession qu’eux devaient gagner 20 % de plus que leurs gains actuels !

Bref, le riche, c’est toujours celui qui gagne plus que vous, par des moyens peu recommandables le plus souvent.

Imposer encore plus les riches ?

La déclaration litigieuse de François Bayrou faisait réponse à la question : « Est-ce qu’il faut une contribution des plus riches en période de Covid ? ». Le Haut commissaire au Plan a déclaré : « Tout peut être imaginé de cet ordre-là », avant d’ajouter « Pourquoi pas ? »

Des mauvaises langues ont susurré que la sortie du président du Modem s’analysait comme une vengeance après la mise à l’écart par le chef de l’État de l’introduction d’une dose de proportionnelle pour les prochaines élections législatives. Car François Bayrou sait très bien que la ligne officielle de La République en marche est de s’interdire toute augmentation d’impôt.

Ce que l’on doit retenir des déclarations de François Bayrou n’est donc pas de savoir qui appartient ou non à la ou aux classes moyennes, mais si l’on doit matraquer davantage les riches compte tenu de la crise sanitaire.

En ce sens, le Haut commissaire au Plan verse dans la démagogie car il n’ignore pas non plus que la France est déjà championne du monde des prélèvements obligatoires et que par exemple, la concentration de l’impôt sur les revenus est particulièrement élevée dans notre pays.

Rappelons que la moitié des foyers fiscaux règle environ 3 % de son montant total, tandis que moins de 10 % en payent environ 70 %. Quant au 1,6 % des contribuables les plus riches, il représentait presque 40 % à lui seul.

La position de François Bayrou est d’ailleurs plutôt incohérente puisque, dans son rétropédalage sur Facebook, il a allégué avec justesse qu’il ne fallait pas « stigmatiser ceux qui, chez nous, ont réussi un peu mieux que les autres ». Mais peut-être faut-il dans son esprit stigmatiser en revanche ceux qui réussissent mieux ou beaucoup mieux que les autres ?

Et lorsqu’il ajoute que l’on devrait plutôt se demander pourquoi en France les salaires sont aussi bas : parce que l’on ne crée pas assez de richesse et parce que l’État français s’affiche comme le numéro un mondial des cotisations sociales !

Bayrou et compagnie : démagogie, populisme et bas instincts

La noblesse de la politique, soyons naïfs, ne consiste pas à flatter les bas instincts égalitaristes et envieux des électeurs, mais à bien gérer l’État. Croire que l’on résoudra des problèmes à plusieurs centaines de milliards d’euros en mettant la tête sous l’eau de certains individus pour quelques milliards d’euros relève de la mauvaise plaisanterie ou du populisme le plus éculé, alors que les solutions consistent essentiellement à diminuer les dépenses publiques et réduire la fiscalité la plus oppressive du monde.

Dire comme nos gouvernants que la fiscalité ne sera pas augmentée est certes une bonne chose, mais pourtant fort insuffisante. Peut-être est-ce déjà un exploit dans notre beau pays quand tant d’extrémistes de droite comme de gauche, mais pas seulement, prétendent le contraire.

Jean-Philippe Feldman vient de faire paraître Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron, Odile Jacob, 2020.

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