Que font les cabinets de conseil au chevet de l’État bureaucratique ?

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Cette pandémie aura été une révélation : le début de campagne de vaccination certifie la faiblesse d’un État dont l’obésité bureaucratique est inversement proportionnelle à sa capacité d’agilité et d’organisation.

Par Laurent Sailly.

Agences régionales de Santé, Haut Conseil à la Santé publique, Agence nationale de la sécurité du médicament… malgré une multitude d’instances de prévision et de gestion des crises sanitaires, la France est incapable d’apporter des solutions. Et si c’était la multitude de ces acteurs qui avait empêché une gestion cohérente ?

L’État : toujours plus de bureaucratie

Et pourtant, on continue de créer ou de développer de nouvelles strates de décisions ou de consultations : Conseil de défense sanitaire, Conseil citoyen sur la vaccination, Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.

Avec cette accumulation, la mauvaise organisation de la logistique vaccinale, décentralisée tout en étant sous la coupe de l’État, doit-elle étonner ? Ces entités aux compétences quasi identiques entrent finalement en contradiction les unes avec les autres, et, tout le monde étant chargé de tout, personne ne décide vraiment de rien.

Mais dernièrement, des consultants de grands cabinets stratégiques comme McKinsey, Accenture, BCG et Capgemini jouent un rôle de plus en plus important dans la prestation des services gouvernementaux de base — en remplaçant toute une génération de fonctionnaires.

McKinsey a obtenu la part du lion d’une série de contrats récents signés avec six cabinets de conseil pour des projets liés à Covid-19, avec 4 millions d’euros sur un total de 11,2 millions d’euros allant au seul cabinet de conseil de premier plan. D’une manière générale, l’embauche de cabinets d’experts-conseils n’est pas choquant et peut même être considérée comme de bonne administration.

Beaucoup de nos voisins — le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne, la Suisse — comptent sur des consultants privés depuis des années, voire des décennies. Mais une pratique de plus en plus considérée comme normale ailleurs a suscité la controverse en France, un pays traditionnellement très fier de la qualité de sa fonction publique.

Ce qui est dérangeant en l’espèce, c’est d’une part la fréquence de ces interventions (surtout depuis quelques mois : 26 nouveaux contrats en 2020) et d’autre part, le fait qu’une administration pléthorique comme celle de la santé ne soit pas en mesure de remplir un certain nombre de missions.

575 contrats avec des cabinets de conseil

L’administration française a rendu publics au moins 575 contrats avec des cabinets de conseil privés depuis octobre 2018, pour des services allant de l’élaboration de plans de relance économique à l’élaboration d’une voie vers la neutralité carbone en tant qu’aide à la lutte contre le coronavirus, pour un montant de 657 millions d’euros, selon la Fédération européenne des associations de conseil en gestion (FEACO).

Ensuite, alors que le recours à ces cabinets peut être considéré comme une modernisation d’une bureaucratie essoufflée, ce qui est clair, c’est qu’avec peu de débats publics, les conseils privés jouent un rôle obscur dans un régime où la méfiance (justifiée ou non) des citoyens est exacerbée.

Cette méfiance est amplifiée par la tenue prochaine d’élections locales, véritable baromètre pour les élections présidentielles de 2022. L’accélération au recours aux cabinets-conseils fin 2020 peut laisser paraître comme une sorte d’effet de panique, alors que le début lent de la campagne de vaccination a été critiqué dans le pays et que les Français supportent de moins en moins les privations de liberté dont ils font l’objet.

Retour sur investissement

Enfin, le recours systématique aux conseils privés ne doit pas nous rendre naïfs. Ces entreprises privées ont, par construction, une logique d’investissement et d’investissement en particulier dans les hauts fonctionnaires d’aujourd’hui, qui sont des personnes influentes dans le secteur public, et qui seront influentes dans le secteur privé demain.

L’État bureaucratique est-il le vrai problème ?

Le problème n’est ni l’État en soi, ni la bureaucratie en elle-même. Le problème, c’est la démission du politique vis-à-vis d’un État qui, comme toute institution, cherche d’abord à se développer, à perdurer, à justifier sa complexité pourvu qu’elle trouve de l’argent pour se financer.

Une mauvaise gouvernance administrative, logistique et budgétaire a fait plonger les performances du pays. Or en termes de santé publique comme en politique générale, la simplicité et la rapidité sont gage d’efficacité. Ce dont nous avons besoin plus que jamais.

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