Covid-19 : Macronus à Versailles, le retour de Molière

Une petite pièce d’humour pour rire un peu de notre triste époque sous Covid-19.

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Molière by Lucile Deslignères (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0

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Covid-19 : Macronus à Versailles, le retour de Molière

Publié le 12 janvier 2021
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Par Gérard-Michel Thermeau.

La scène se passe à Versailles dans la salle du Bon Plaisir. Le roi Macronus est entouré à sa droite de Castanus, son Contrôleur général des Bourdes publiques et, à sa gauche, de Veranus, son secrétaire d’État aux Petites Maisons. Divers médecins sont installés de part et d’autre de la table.

MACRONUS : Nous voilà assemblés en Conseil de guerre, cette guerre que nous menons depuis si longtemps contre un ennemi aussi impitoyable qu’invisible. Nous connaissons notre ennemi, l’abominable Coronavirus pandemicus. Il est de votre devoir de bons sujets de nous apporter les lumières de vos avis éclairés puisés à la source de la science la plus pure et de l’entendement le plus aiguisé. Savants docteurs, professeurs de médecine, chirurgiens et apothicaires, vous êtes les meilleurs, tirés au sort parmi tous les innombrables disciples d’Hippocrate. Voyons, quel est votre avis monsieur Théophraste ?

THEOPHRASTE : Hippocrate nous enseigne que l’expérience est périlleuse et le jugement difficile. Parfois le mal est plus fort que l’art docte. Aussi…

MACRONUS : Aussi nous en resterons là, merci de cette intervention. (Tout bas à Castanus) La peste soit de cet animal. Encore une de vos bourdes, Castanus. (Tout haut) Eh bien, votre avis, monsieur Bahys ?

BAHYS : La pandémie résulte d’un excès d’activité économique. La saignée me paraît tout indiquée. Il faut saigner l’économie.

MACRONUS : N’est-ce pas là une mesure un peu extrême ?

BAHYS : Extrême, point du tout. Qu’est-ce qu’une pandémie ? Aristote nous dit qu’il s’agit d’une épidémie qui touche tout le monde. Et pourquoi je vous prie ? Par la circulation, les vapeurs malignes se propagent en toute liberté. Or qu’est-ce que l’économie ? Une circulation continue des biens, des services, des idées. Seule l’immobilité la plus absolue peut donc nous garantir de ce terrible fléau.

L’idéal serait de ne plus respirer du tout. Certes, tout le monde mourrait mais du moins en bonne santé. La perfection n’étant pas de ce monde, je préconise pour le moins de suspendre tout mouvement économique. Une bonne médecine corroborative vaut mieux qu’une économie florissante. Devons-nous privilégier les profits de messieurs les financiers, gens d’affaires et autres négociants ? La santé n’est-elle pas le bien le plus précieux ?

CASTANUS : (à part) Ce que c’est tout de même que la robe et le bonnet. L’on n’a qu’à parler avec ces attributs et toute sottise devient raison.

DIAFOIRUS : Une saignée sera inutile. Les symptômes du mal qui nous frappe sont indicatifs d’une vapeur limpide et mordicante. M’est avis qu’une bonne purge conviendrait davantage. Purgeons, purgeons encore, purgeons toujours, il en restera bien quelque chose. Purgeons et pour cela masquons. Cette vapeur nous l’appelons en grec atmos, ce qui souligne combien elle flotte dans l’atmosphère. Aussi convient-il d’obliger vos sujets à porter un masque en toute circonstance, et plus particulièrement en extérieur.

BAHYS : Une mascarade, cher confrère, est-ce bien sérieux ? Purgez et le mal prospérera.

DIAFOIRUS : Saignez et la pandémie triomphera.

MACRONUS : Qu’en pensez-vous, Veranus ?

VERANUS : Saigner l’économie ne peut faire de mal. Purger serait un bien supplémentaire. J’ajouterais cependant un couvre-feu.

MACRONUS : Un couvre-feu et pourquoi ?

VERANUS : Aristote a démontré que les corps lourds retombent vers le sol et les corps légers s’élèvent vers le ciel. Comme chacun sait, le froid de la nuit favorise l’évaporation. Or qu’est-ce qu’une vapeur, sinon un corps léger. Les vapeurs malignes sont donc particulièrement dangereuses la nuit.

MACRONUS : Voilà qui est fort bien raisonné. Mais quelle heure vous semble la plus propice ?

BAHYS : La sixième heure assure Hippocrate.

DIAFOIRUS : La huitième heure affirme Gallien.

MACRONUS : Eh bien, nous fixerons en même temps le couvre-feu à la sixième heure pour les uns et à la huitième pour les autres.

MACRONUS : Et vous, monsieur Sganarelle, opinez-vous à l’opinion de vos confrères ?

SGANARELLE : Sire, aux grands rois, les grands remèdes.

MACRONUS : (tout bas) Voilà un homme selon mon cœur.

SGANARELLE : Sire, saignée et purgation ont leurs vertus reconnues mais ne sont rien sans le remède suprême, la raison ultime des rois, le confinement.

MACRONUS : Le confinement ?

SGANARELLE : Confinez, sire, confinez. La santé ne dépend ni des remèdes, ni du savoir des médecins. Elle relève du Prince. Qu’est-ce que la pandémie ? La manifestation du mal-être dans le corps social. Or le médecin du corps social est le Prince. Confiner est faire acte de majesté. C’est dire au mal : tu ne passeras pas. C’est manifester votre puissance. Sire, vos sujets se sont trop longtemps crus des hommes libres. Ils doivent comprendre qu’ils sont soumis à votre volonté bienfaisante, souveraine et solidaire.

MACRONUS : Voilà la médecine comme je la comprends.

SGANARELLE : Le confinement offre un autre avantage. Il rend les hommes tristes et moroses. Vous le remarquerez, la mélancolie est ennemie de la joie et la bile qui se répand dans le corps est le meilleur vaccin contre le mal qui nous frappe. Un homme de bonne humeur nous paraît bien-portant. Or que sont les gens bien-portants ?

MACRONUS : Des malades qui s’ignorent ?

SGANARELLE : Votre Majesté est trop savante.

MACRONUS : Cela m’est venu tout seul, sans y penser.

BAHYS : Votre Majesté serait digne de porter le bonnet et la robe.

SGANARELLE : La bonne humeur est contagieuse. Or la bonne humeur est une humeur. Si nous laissons les humeurs s’accumuler, elles deviendront putrides, tenaces et malignes. Ne permettons pas à la bonne humeur de se répandre. Hippocrate dit, et Gallien par vives raisons persuade, qu’une personne qui se porte trop bien est malade. Or, quelles sont les foyers infectieux par essence ? Les lieux propices à la bonne humeur, tavernes, auberges et cabarets où la joie se communique trop aisément. Tout rassemblement festif doit ainsi être absolument prohibé. L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. Vos sujets pourront ainsi méditer leurs malheurs.

MACRONUS : Et votre conclusion, Doctissimae Facultatis ?

Les médecins se concertent.

SGANARELLE  : Après avoir bien consulté…

BAHYS : Primo Saignare.

DIAFOIRUS : Postea Purgare.

SGANARELLE : Ensuitta Confinerare.

MACRONUS : Et si le mal persiste, s’opiniâtre et ne veut point se laisser faire ?

SGANARELLE : Re-Saignare, Re-Purgare, Re-confinerare !

MACRONUS : Que voilà de savants médecins. Ce qui me plait surtout est de pouvoir faire tout cela en même temps.

VERANUS : Et mon couvre-feu, Sire ?

MACRONUS : Nous y songerons entre deux confinements.

 

BALLET FINAL

CHŒUR DES JOURNALISTES :

Publions en tous lieux

Du plus grand des héros la valeur triomphante.

Que la terre et les Cieux

Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.

EMMANUEL, par ses faits inouïs, exauce nos vœux

Du récit de ses exploits assurons nos ventes.

La comédie se termine par le ballet des Trivelins, Scaramouches, valets et autres journalistes.

Voir les commentaires (8)

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Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • Grand merci de mettre de l’humour dans cette catastrophe, et avec beaucoup de talent en plus.

  • Très sympa!
    J’ai relu récemment Le Médecin malgré lui: quelle verve! On comprend que Molière ait eu de gros problèmes avec la confrérie des médecins.

  • Macronus : .Monsieur le médecin, Messieurs, Monsieur le médecin, Messieurs, Monsieur le médecin. Oh !Battez-vous tant qu’il vous plaira : je n’y saurais que faire, et je n’irai pas gâter ma robe pour vous séparer. Je serais bien fou de m’aller fourrer parmi eux, pour recevoir quelque coup qui me ferait mal.
    ////////////////////
    Détournement du bourgeois gentilhomme « fin de la scène 3 »

  • Il me semble que Molière a dit: Ne dites jamais qu’il est mort d’une fièvre ou d’une fluction de poitrine, mais qu’il est mort de deux médecins et quatre apothicaires.

  • Merci infiniment pour votre pièce d’humour. Elle est bienvenue et jubilatoire !

  • Bravo, excellent pastiche, il faut traiter le virus par l’humour !

  • Les commentaires sont fermés.

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Un entretien mené par Matthieu Creson pour la la Revue Politique et Parlementaire. 

 

Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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