Chine : Jack Ma victime de l’ultrasocialisme

Jack Ma speaks at the Official Launch of Electronic World Trade Platform (eWTP) Africa Kigali, 31 October 2018 BY Paul Kagame(CC BY-NC-ND 2.0) — Paul Kagame, CC-BY

Longtemps en cour auprès du gouvernement chinois, Jack Ma, fondateur d’Alibaba et du système de paiement Alipay, propriétaire d’Ant Group avant son introduction en bourse, est désormais tombé en disgrâce.

Par Simone Wapler.

En Chine et en France, il est permis à un mini secteur privé très encadré de subsister aux côtés d’un monstrueux secteur public savamment piloté par la bureaucratie agréée par le pouvoir.

Longtemps en cour auprès du gouvernement chinois, Jack Ma, fondateur d’Alibaba et du système de paiement Alipay, propriétaire d’Ant Group avant son introduction en bourse, est désormais tombé en disgrâce. Sur les réseaux sociaux le voilà devenu « capitaliste malfaisant » ou « fantôme suceur de sang ».

C’est un retour de bâton voulu par les autorités. Il est probable que le groupe de Jack Ma soit nationalisé.

Beaucoup de Français l’oublient mais la Chine reste une dictature. Le pays a tenté l’expérience du capitalisme de copinage : laisser partiellement fleurir une activité privée, non planifiée mais étroitement surveillée et dans des secteurs réservés.

SiècleDigital cite un article – aujourd’hui censuré en Chine – de l’économiste Zhang Weiying qui rappelle que les activités des entreprises chinoises sont très étroitement surveillées : « sans l’autorisation du gouvernement, vous ne pouvez pas entrer dans ces industries ». Le pays est passé du communisme pur à l’ultrasocialisme. Une version soft du communisme mais très éloigné du capitalisme libéral.

Fred Hu, actionnaire et administrateur de Ant Group, un des proches de Jack Ma s’inquiète de la disparition des libertés économiques :

Vous pouvez soit avoir un contrôle absolu, soit avoir une économie dynamique et innovante. Mais il est peu probable que vous puissiez avoir les deux.

« Peu probable » est un euphémisme.

Effectivement, dans une économie authentiquement libérale et donc dynamique, l’État laisse jouer les mécanismes d’autorégulation. Ils sont au nombre de trois.

Les clients d’abord

On ne produit pas ce qui n’a pas d’acheteurs puisque ça ne se vend pas et donc ce ne serait pas rentable. C’est évident, mais certaines évidences méritent d’être rappelées dans notre pays.

L’économie libérale s’appuie – contrairement à ce que prétendent ses détracteurs – d’abord sur le plébiscite des clients. Bien sûr, je parle de clients libres et non contraints, pas de clients subventionnés. En ce sens le capitalisme libéral est démocratique et pas dirigiste.

La concurrence ensuite

Si un produit ou service plait, est convoité, alors de nombreux entrepreneurs essaieront de le fournir mieux ou moins cher que l’offre existante. Le client a le choix contrairement à l’usager de l’ultrasocialisme qui erre dans les rayons désolants des magasins d’État sans pouvoir trouver ce qu’il aimerait.

La faillite enfin

Si une entreprise n’est pas rentable – car pas suffisamment plébiscitée par des clients libres de choisir – elle disparaît. Ce faisant elle arrête de gâcher des ressources, y compris des ressources humaines. Les salariés iront ainsi vendre leur temps à des entreprises rentables.

Si seulement un de ces mécanismes est entravé, le capitalisme libéral ne fonctionne plus, il devient inefficace. Pour que ces trois mécanismes d’autorégulation fonctionnent correctement, il faut que la législation soit adaptée, qu’elle protège la propriété, la liberté et la sûreté de chacun, sans exception, sans interférence, sans passe-droit, sans subvention (favoritisme) ou taxation (sanction) de tel ou tel groupe d’individus.

Une entreprise nationalisée ou subventionnée échappe aux mécanismes d’autorégulation. C’est ce qui explique les déboires d’Air France, EDF, SNCF, Areva, etc. Liste très (trop) longue au grand désespoir du contribuable français. Leurs clients captifs et contraints ne la contraignent pas à s’améliorer.

Il est possible que Jack Ma soit victime de son audace en ayant proposé d’acheter des bitcoins avec Alipay. Moyen de paiement privé et monnaie privée sont une combinaison dangereuse pour des gouvernements qui souhaitent avoir un droit de regard sur toutes les transactions et contrôler la quantité et le taux de change de leur propre monnaie.

Bien sûr ce que vous lisez n’est qu’une conjecture. Toutefois, il ne s’agit pas d’une théorie complotiste mais d’une évidence : les régimes totalitaires, sans exception, haïssent la concurrence monétaire.

La Chine et la France ont en commun cette tendance à l’ultrasocialisme. La Chine a abandonné le communisme mais pour une liberté conditionnelle et sous contrainte. Il semble qu’elle veuille désormais faire machine arrière, abandonner son expérience ultrasocialiste pour en revenir au communisme.

La France de son côté avance à grands pas vers l’ultrasocialisme. En 2020, avant l’épidémie de Coronavirus, 57 % de l’activité économique était sous contrôle étatique. En mettant le secteur privé à l’arrêt, sans jamais réduire son secteur public, le curseur va s’enfoncer encore plus loin vers l’ultrasocialisme, antichambre du communisme.

Schéma extrait de La Rage de l’Impôt

Où sera le curseur en France au moment du retour à la normale sur le plan sanitaire ? Probablement autour de 62 % d’activité contrôlée par l’État. En effet, la baisse du PIB a été presque exclusivement encaissée par le secteur privé, le secteur public restant intouché.

62 % d’activité étatique, 38 % d’activité privée, bienvenue en ultrasocialisme ! Pour mémoire, la République démocratique allemande, fleuron économique du bloc sovétique, tournait à peu près avec ce ratio. On y produisait des Trabant alors que de l’autre côté de la frontière, en République fédérale allemande, on produisait des Volkswagen, des Mercedes, des Audi…

Petite blagounette de l’époque :

« Pourquoi faut-il toujours prendre l’option dégivrage vitre arrière sur une Trabant ?
– Pour ne pas se geler les mains en la poussant… »

En France, avec l’épidémie de coronavirus, beaucoup de gens constatent la désastreuse gestion bureaucratique des masques, du gel, des tests, des soins et enfin des vaccins et concluent que quelque chose ne tourne pas rond.

Face à ce constat d’échec, une partie de la population – la même qui dénonce en période normale l’ultralibéralisme – souhaiterait que l’État intervienne tout autant (voire davantage) mais autrement. Converger vers le modèle chinois, en quelque sorte.

Une autre partie de la population souhaiterait au contraire tourner le dos à l’ultrasocialisme mais l’offre politique correspondante a du mal à percer. C’est naturel car partis politiques, grands medias et syndicats ne vivent pas de leurs électeurs, lecteurs et adhérents respectifs. Ils vivent tous de subventions et leurs divergences ne portent que sur leurs parts respectives de ces subventions qu’ils entendent préserver et même augmenter.

 

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