Pas de vaccin en Iran : les tentatives d’explication du gouvernement iranien

Waving flags BY Marjolein Katsma — Marjolein Katsma, CC-BY

Alors que les pays du monde entier mettent en œuvre des plans de vaccination de leurs populations pour la Covid-19, l’Iran se distingue par son approche face à la pandémie.

Par Hamid Enayat.

Alors que les pays du monde entier mettent en œuvre des plans de vaccination de leurs populations pour la Covid-19, l’Iran se distingue par son approche face à la pandémie. Au lieu de prendre des mesures nécessaires pour préserver des vies par le biais des mises en quarantaine, de la distanciation sociale et des masques, le régime iranien a choisi de laisser le virus se propager dans la population, afin de tenter d’obtenir une immunité collective.

À présent qu’un vaccin est disponible, le gouvernement iranien affirme que les sanctions américaines l’empêchent d’acheter le vaccin et de mettre en place un programme de vaccination.

Tandis que les pays ont entamé le processus d’achat de vaccins et de vaccination publique, les autorités iraniennes continuent de trouver des excuses, prétextant que des barrières sont en place pour empêcher le peuple iranien d’avoir accès au vaccin.

Abdul Nasser Hemmati, gouverneur de la banque centrale du régime, a déclaré à l’agence de presse Fars en décembre 2020 :

L’achat du vaccin contre le Corona doit se faire par le canal officiel de l’Organisation Mondiale de la Santé […] Tout moyen de paiement et de transfert de devises a été bloqué en raison des sanctions américaines et de la nécessité d’obtenir une licence d’effet.

D’autres membres du régime ont repris cette excuse, affirmant qu’ils ne peuvent acheter le vaccin et que le peuple iranien souffre donc à nouveau à cause des sanctions américaines. La réalité est qu’il n’y a pas de blocage d’accès au vaccin, selon de nombreux rapports, notamment ceux du Washington Post et de l’Office de Contrôle des Actifs Étrangers du Département du Trésor Américain.

En outre, il existe le programme Covax, un plan dans le cadre duquel 76 pays riches à travers le monde se sont engagés à rejoindre un programme mondial de vaccination contre le Coronavirus dirigé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Son objectif est d’aider à l’achat et à la distribution équitable du vaccin. L’Iran est également membre de ce consortium.

Lorsqu’il est clairement établi que les sanctions américaines ne bloquent pas l’accès de l’Iran au vaccin, les responsables du régime iranien soutiennent que les ressources en devises étrangères sont insuffisantes et que leurs transferts posent problème. Ils ont également souligné les difficultés de longue date liées à l’achat de médicaments pour le peuple iranien.

Pourtant, leurs propres syndicats racontent une histoire différente. Riahi, président du Syndicat des importateurs de médicaments a déclaré :

Cent millions de dollars par mois ont été consacrés à l’importation de médicaments et de leurs matières premières, et si cela n’avait pas été le cas, nous aurions fait face à de graves problèmes et à des pénuries d’approvisionnement en médicaments dans le pays aujourd’hui, mais cela n’a pas été le cas […]Nous importons de diverses sociétés pharmaceutiques américaines, européennes, indiennes, chinoises et russes et la même devise est transférée dans toutes ces transactions. Le montant total nécessaire pour acheter le vaccin peut être de 200, voire 300 millions d’euros, et ce n’est pas quelque chose qui préoccupe sérieusement les autorités.

Malgré toutes les preuves de disponiblité d’un vaccin pour le peuple iranien, il semble que le régime soit davantage soucieux de rejeter la faute sur la communauté internationale. Il ne tient pas compte du fait qu’il a créé un budget basé sur des revenus imaginaires provenant des exportations de pétrole qui ne se sont pas réellement matérialisées. Les excuses sont destinées à cacher la mauvaise gestion des ressources du peuple iranien et à détourner sa rage du régime.

Malheureusement, ces manœuvres de diversion ne fonctionneront pas indéfiniment. Le peuple iranien en est au point où les troubles économiques et sociaux atteignent leur paroxysme. Le nombre croissant de décès iraniens attribuables à la pandémie ne fait qu’aggraver les défis auxquels est confronté le régime. Même les prisonniers se voient refuser l’amnistie et des émeutes pénitentiaires en résultent.

“La façon dont nous avons traité la COVID-19 et les politiques qui ont été adoptées dès le départ ont montré que la sécurité collective, ou l’immunité collective, est la solution à la maladie. Ce point de vue est totalement immoral, et même l’Organisation Mondiale de la Santé l’a rejeté. Il est maintenant clair que la théorie de la sécurité collective concernant cette maladie n’est pas valide. Dans notre pays, l’inefficacité de cette théorie a été déterminée par l’augmentation du nombre de décès. Certains jours, l’Iran avait le taux de mortalité le plus élevé en raison de la population”, a déclaré Mahboubfar

Pourquoi le régime opterait-il pour l’immunité collective naturelle plutôt que pour la vaccination, la quarantaine et d’autres mesures de sécurité ? Autrement dit, la mise en quarantaine lui coûterait de l’argent pour soutenir le peuple iranien pendant qu’il reste chez lui.

La richesse du peuple iranien est entre les mains de Khamenei et du CGRI, il ne reste donc plus rien pour lutter contre la Covid-19 ou pour traiter les autres problèmes accablant le peuple iranien. Il est clair que l’objectif du régime est de protéger son siège au pouvoir, même si cela signifie sacrifier des millions d’Iraniens.

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