Une réponse libertarienne à la crise sanitaire

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Opinion : rester confiné ou pas ? Et si on pouvait choisir ?

Par Rafael F. Guenoun.

À l’approche des fêtes, et au vu des différentes restrictions qui doivent s’appliquer (ou pas) lors des célébrations de Noël et du jour de l’an, il convient de faire un point sur cette année 2020 et sur ce qu’elle nous apprend de notre rapport à la liberté et du système politique sur lequel nous nous reposons pour résoudre des problèmes collectifs.

Très tôt lors de la pandémie, nombreux furent ceux qui dirent – un peu vite – qu’il n’y a « pas de libertarien dans une pandémie ».

La réponse du Cato Institute à un tweet fort réducteur de Derek Thompson, journaliste à The Atlantic, ne tarda pas à arriver. Pourtant, mis à part pointer les échecs des gouvernants, l’article de Cato n’explique pas en quoi le libertarianisme répond aux problèmes que rencontrent les citoyens des pays occidentaux, qui mangent vague après vague de ce satané virus et, avec chaque vague, leur lot de restrictions.

Soyons clairs : les discussions sur la gravité de la maladie, l’action (et/ou l’inaction) des gouvernements, ou encore sur les traitements efficaces ou acceptables n’ont que très peu de chances d’aboutir à un consensus, du moins à court terme.

Par exemple, certains diront qu’on ne doit pas enfermer toute une société pour une maladie qui n’affecte gravement que les personnes âgées et/ou souffrantes de pathologies préalables. Nombreux sont les libéraux et libertariens ayant adopté cet argument qui débouche sur un nouveau débat éthique : qui décide de qui meurt lors d’une pandémie ?

Autrement dit : si elle n’affecte que « les vieux » et les « faibles », est-il acceptable que tout reste ouvert et donc qu’on les laisse mourir, ou que l’on assigne à résidence les individus à risque ? Je n’ai pas de réponses à ces questions, bien que – en tant que parent d’une personne présentant des comorbidités – j’aie ma propre opinion.

En tant que libertarien, je considère que cette opinion n’engage que moi et les personnes avec qui je m’associe volontairement. Et voilà précisément en quoi les libéraux et libertariens peuvent participer à la résolution pacifique de l’aspect politique de cette crise sanitaire..

Nous avons, à présent, assez d’information pour comprendre quelles mesures politiques engendrent quelles conséquences sanitaires (notez : pas quelles sont les bonnes ou les mauvaises mesures, ces appréciations étant purement subjectives).

L’expérience suédoise nous montre que l’ouverture entraine une plus grande circulation du virus. Celle de Taïwan nous prouve que des restrictions des libertés individuelles, notamment de la libre circulation des personnes, permet de limiter la circulation du virus, donc les contaminations, donc les décès et/ou la surcharge des hôpitaux.

Plus loin encore, l’expérience de la ville de Gunnison, au Colorado, lors de la grippe de 1918, est très instructive. Ce petit patelin de 1300 habitants s’est entièrement renfermé sur lui-même et a tout simplement empêché le virus d’y entrer pendant les deux premières vagues.

Par ailleurs, le fédéralisme à la suisse ou à l’allemande – plus respectueux du principe de subsidiarité – a ses limites, car il se repose toujours sur l’outil démocratique pour décider pour des groupes entiers d’individus. La circulation constatée du virus dans ces deux pays démontre que ce mode de prise de décision reste trop lent dans les circonstances actuelles.

Aussi, j’entends et je comprends les personnes qui veulent travailler, sortir, boire un verre avec ceux qu’elles aiment et qui leur manquent. J’entends et je comprends les personnes qui ne souhaitent pas sortir de chez elles, ou mettre leurs enfants à l’école, de peur de tomber gravement malade. Toutes ont raison. Les premières préfèreraient vivre en Suède, avec les risques sanitaires que cela implique. Les secondes seraient plus à l’aise à Gunnison.

Alors, pourquoi ne pas permettre à ces solutions de coexister, de manière hermétique ? En effet, l’approche démocratique à la crise sanitaire, même sous ses formes les plus décentralisées, créé énormément de défiance. Au-delà de la maladie, le risque n’est pas seulement que l’économie coule, mais que les individus ne puissent plus coexister pacifiquement. La politisation de sujets comme les masques ou la vaccination en est un exemple flagrant.

Le libertarianisme, et notamment une de ses sous-branches les plus radicales, l’anarcho-capitalisme, apporte une réponse pratique à cette problématique. En effet, c’est par la constitution de communautés volontaires, vivant parallèlement les unes aux autres, que nous pourrions maximiser la satisfaction des individus.

Or, au lieu de constituer ce type de « bulle collaborative », nous commettons collectivement une erreur : nous demandons à des personnes élues par une grande minorité (et non pas la majorité des citoyens) de prendre à notre place des décisions qui nous affectent et vont trop souvent à l’encontre de nos besoins, nos envies, nos aspirations.

Par exemple : je préfère cent fois retirer mes enfants de l’école et entrer dans une bulle avec des amis ayant aussi des enfants et respectant des règles strictes de protection, plutôt que de déléguer leur protection à des profs et des surveillants, dans des établissements bondés. Je respecte les personnes voulant que leurs enfants aillent à l’école, mais je ne souhaite pas m’associer à eux.

Certes, il est vrai que cette approche ne répond pas proprement à l’aspect sanitaire de la propagation rapide de la COVID-19. Elle n’y prétend aucunement! Si, comme on peut l’entendre, chaque individu est relié à n’importe quel autre sur la planète par un maximum de 6 poignées de mains, et que nous sommes en moyenne à 3 poignées de mains d’une personne âgée, alors une approche se basant sur l’association volontaire pourrait engendrer des fuites, des faiblesses dans les protocoles sanitaires de chaque communauté qui décide un isolement strict. Cependant, n’est-ce pas le cas aussi dans l’approche top-down qui nous est actuellement imposée? Lorsque les individus sont placés sous cloche contre leur gré, les contournements, les soirées clandestines, le besoin bouillonnant de contact humain créent les trous dans la raquette du protocole sanitaire à taille unique.

Dans un système volontaire, la créativité est permise, et même encouragée. Un professeur âgé ayant peur de donner cours dans un lycée surchargé serait rassuré d’être le tuteur d’une classe de 3 à 5 élèves. Un bar associatif pourrait se former dans une bulle de 10 personnes.

Et la collaboration est un vecteur de réduction des coûts, permettant même aux personnes les plus modestes de trouver des solutions. Surtout si, au lieu de continuer à faire tourner des écoles à plein, à vide, en hybride, au gré des changements de circonstances… l’État renvoyait l’argent collecté via l’impôt aux parents d’élèves, afin qu’ils choisissent la solution éducative la plus pertinente pour leurs enfants.

Ne soyons pas naïfs : le virus circulera tant que nous ne serons pas immunisés. Cela prendra du temps, si cela arrive. En attendant, que celles et ceux souhaitant prendre leur risque le prennent. Inversement, que celles et ceux souhaitant se protéger le fassent. Chacun de leur côté, plutôt que dans la soumission à un « idéal » républicain qui voudrait que nous subissions tous les choix d’un petit groupe vraisemblablement bien intentionné, mais incapable de répondre à des demandes aussi contradictoires qu’il y a d’individus dans le pays.

Donc, confiné ou pas ? Les deux !

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