Campagne de tests, campagne de comm’

Test Covid by Senado Federal(CC BY 2.0) — Senado Federal, CC-BY

Pour que ce soit efficace, ce n’est pas la masse des tests qui compte, c’est la rapidité et la qualité, or on a choisi la masse.

Par Gérard Maudrux.

Face aux examens inutiles, j’ai toujours essayé de diffuser une doctrine : « Avant de prescrire un examen, pose-toi deux questions. La première, est-ce que le résultat va changer ton diagnostic ? La seconde, est-ce que le résultat va changer ton traitement ? » Si la réponse aux deux questions est non, alors ne le fais pas, c’est inutile.

J’ai l’impression que la vaste campagne de tests engagée à grands renforts publicitaires entre dans ce cadre et n’est qu’une vaste opération de communication, donner l’impression qu’on s’occupe du problème alors que ce n’est que du vent.

Dans quel but ?

Tester massivement dans une ville, OK, mais après ? Pour faire quoi ensuite ? À quoi cela sert-il ? Cette démarche a un sens au tout début de l’épidémie, tester-isoler, comme on le fait pour Ebola, comme le font les Chinois en traçant un cas pour isoler une ville ; mais quand le virus est partout, quand ce n’est pas pour isoler la ville, et si là-dessus vient le rush des vacances de Noël, quel est le but de ces opérations qui ne déboucheront sur rien de concret, en tous cas rien de plus que ce qui est fait aujourd’hui ?

Le tester-isoler à la française a déjà été lancé quand il y avait moins de cas, cela a été un échec à plusieurs niveaux. Le refaire de manière ponctuelle dans les conditions actuelles a-t-il un sens ?

Des tests douteux ?

De plus en plus d’experts remettent en cause l’exactitude de la situation reflétée par les résultats du dépistage de masse. De plus la France dépiste avec des cycles d’amplification des tests de 35 voire 40 fois.

Avec ces chiffres, plus de 75 % des positifs ne sont pas contagieux, beaucoup n’ont que des fragments d’ADN, pas de virus actif. D’autres en ont trop peu pour être contagieux. Seule la charge virale devrait dicter la conduite à tenir, isoler ou non. La réponse « Oui » ou « Non » des tests, ne suffit pas, selon les experts. Parmi les positifs, il y a de tout, et beaucoup moins de contagieux que de non contagieux.

Avec 40 cycles d’amplification, 95 % des positifs ne seraient pas contagieux ou pas malades. Même si on a un peu baissé l’amplification, cela explique le nombre très important de positifs détectés actuellement, alors que les entrées en réanimation sont 10 fois inférieures à celles de la première vague.

Ce dernier mois, la moyenne était de 13 000 positifs par jour, celles des entrées en réanimation de 200 par jour, soit 1,5 %. Tester davantage ne fait qu’affoler, va conduire à un reconfinement, mais ne reflète pas la réalité concernant les vrais malades.

La qualité plus que la quantité

Au lieu de se noyer dans des chiffres qui ne veulent plus dire grand-chose, on ferait mieux de se concentrer sur la détection des patients les plus contagieux. Tester massivement à 25 cycles a un sens, à 35 ou 40, non.

Et plutôt que de tester massivement, ce qui encombre les centres et retarde les résultats, mieux vaut s’organiser pour tester très rapidement dès les premiers symptômes, le jour même de ces symptômes si possible (on peut être contagieux en 48 heures), avec résultat immédiat pour isoler.

Tester massivement pour isoler des non contagieux n’a pas de sens, ce n’est pas dans les parkings qu’il faut tester, mais ce doit être chez le généraliste, lorsqu’il voit le patient, et au lieu de dire aux patients d’attendre et d’appeler le 15 quand cela va mal, on devrait leur dire d’aller consulter au premier signe. Tout à l’envers.

Tester en masse va nous coûter en temps et en argent, sans résultat, mais ce n’est sans doute pas perdu pour tout le monde. Pour que ce soit efficace, ce n’est pas la masse des tests qui compte, c’est la rapidité et la qualité, or on a choisi la masse. Un coup d’épée dans l’eau.

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