Jean-Luc Mélenchon, candidat de la récession post-covid

Meeting Mélenchon Parc des expos (70) By: Blandine Le Cain - CC BY 2.0

La misère est un terreau fertile pour le populisme, qui pourrait capitaliser sur la « gilet-jaunisation » du pays. Le pari électoral de Jean-Luc Mélenchon pourrait donc être gagnant.

Par Frédéric Mas.

Devant les téléspectateurs de TF1 ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon, lider maximo de la France insoumise, a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle de 2022.

Alors que la France entière se barricade pour cause de crise sanitaire, Jean-Luc Mélenchon propose sa candidature afin « d’aider à déconfiner les esprits », en précisant toutefois que celle-ci ne sera définitive qu’à condition de rassembler un parrainage de 150 000 signatures sur sa plateforme « Nous sommes pour ».

Depuis une semaine, Jean-Luc Mélenchon donne donc de la voix dans les médias contre la gestion sanitaire du gouvernement Macron, qu’il accuse curieusement de « libéralisme autoritaire ».

Cette contradiction dans les termes est plus révélatrice du programme éclectique de la France insoumise, qui fait feu de tout bois pour incarner la gauche de la gauche, que de la politique professée par le chef de l’exécutif. De l’écologie anticapitaliste à la défense des intérêts particuliers de l’immense classe des fonctionnaires, en passant par quelques rares accents libertaires, LFI se veut le parti attrape-tout de la gauche de la gauche.

Contre le « libéralisme autoritaire » d’Emmanuel Macron

Le seul vrai défenseur des libertés publiques, c’est Mélenchon, nous assure Mélenchon. Si Emmanuel Macron est un « libéral autoritaire », c’est que les libertés ne sont correctement défendues aujourd’hui que par la France insoumise. Le parti collectiviste a publié ce mois-ci un document intitulé « Macron à la dérive autoritaire » qui reprend l’essentiel de son argumentaire sur la nécessité de sortir de l’État d’urgence sanitaire permanent pour revenir à l’État de droit, ou du moins à davantage d’État de droit.

Plusieurs amis de la liberté s’en sont d’ailleurs frottés les yeux : à plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole pour tonner contre l’autoritarisme de l’exécutif ou encore contre la suspension de l’État de droit et des formes de la démocratie au nom de la pseudo-efficacité bureaucratique.

Le rapport LFI est lui-même un vibrant plaidoyer pour les droits du Parlement et un réquisitoire contre les lois liberticides adoptées depuis 2017 par Emmanuel Macron.

« Du point de vue législatif et réglementaire, le quinquennat d’Emmanuel Macron est probablement le pire concernant les libertés publiques et individuelles. Au total, c’est tout le régime républicain de la liberté qui ressort abîmé de ces trois dernières années. » peut-on lire.

Le socialisme autoritaire du candidat Mélenchon

Seulement, pas de panique, les remèdes aux dérives autocratiques du parti présidentiel proposées par LFI restent les mêmes, c’est-à-dire davantage d’argent public, de nationalisations à tous les étages pour « sauver les services publics », « l’hôpital public », et surtout davantage de contrôle politico-bureaucratique du monde social et économique au nom du progressisme écolo-bolchevique.

Bref, au fantasmagorique « libéralisme autoritaire » de Macron, on oppose le bien réel socialisme autoritaire, dont les recettes sont aussi dangereuses et périmées que l’État d’exception permanent dénoncé à cor et à cris. Ne perdons pas de vue que le modèle actuel du parti de monsieur Mélenchon, c’est la Bolivie, le doux pays du très autoritaire Evo Morales.

LFI a d’ailleurs envoyé quelqu’un pour féliciter son successeur nouvellement élu qui, n’en doutons pas, est un défenseur des libertés publiques aussi sérieux que son alter ego français.

Dans la rhétorique mélenchonienne, le libéralisme ou le néolibéralisme vise essentiellement à masquer la grande proximité des solutions proposées par LFI avec les autres formations politiques autoritaires, dont LREM : il faut plus d’État, un contrôle accru de l’économie par la bureaucratie publique et ses nouveaux féodaux que sont les hauts fonctionnaires, mais pas comme Macron.

Eux, le néolibéralisme leur a lavé la tête. Notre socialisme à nous promet de ne pas l’être, c’est juré, il sera écolo, solidaire et citoyen, comme en Bolivie ou au Venezuela. C’est la nécrose bureaucratique qui est en train de détruire les libertés individuelles au nom de la crise sanitaire, c’est donc par plus de bureaucratie qu’il faut répondre. Logique.

Échecs de la France insoumise

Mélenchon a du mal à incarner le tribun de la plèbe, rôle dévolu à Marine Le Pen. Certains, surtout chez ses « amis » politiques, ne donnent pas cher de la candidature du tribun d’extrême gauche, qui enchaîne les contreperformances électorales et lutte de toute ses forces pour continuer à exister au sein d’un marché politique populiste très compétitif.

Après des élections européennes calamiteuses et des municipales inexistantes, la stratégie politique de Jean-Luc Mélenchon a été jugée pour beaucoup à la fois illisible et opportuniste. Comme nous l’avons vu, ces traits programmatiques sont inchangés. Seulement les circonstances pourraient être favorables à l’émergence d’une candidature socialiste et autoritaire en France.

La gestion bureaucratique de la crise sanitaire est en train de créer une armée de nouveaux pauvres dont la colère pourrait alimenter le socialisme autoritaire, que celui-ci soit défendu par un leader charismatique d’extrême gauche ou d’extrême droite.

Avec un PIB qui dégringole de près de 20 % comparé à l’année précédente, la situation sociale est propice au développement de solutions politiques martiales, collectivistes et antilibérales se nourrissant des conflits sociaux qu’elles entretiennent avec minutie. La misère est un terreau fertile pour le populisme, qui pourrait capitaliser sur la « gilet-jaunisation » du pays. Le pari électoral de Jean-Luc Mélenchon pourrait donc être gagnant.

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