Gouvernement : Castex et Véran au bord de la crise de nerfs

Hémicycle de l'Assemblée Nationale (Crédits Richard Ying et Tangui Morlier licence Creative Commons)

Le spectacle donné mardi par le Premier ministre et celui de la Santé à l’Assemblée nationale serait drôle, s’il n’était aussi révélateur du sauve-qui-peut général qui les anime et de la déliquescence totale de leur majorité.

Par Marc André.

La France est reconfinée. La seconde vague tant attendue est là, tout comme l’équipe de bras cassés qui nous dirige. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, comme en mars, nos petits ministres s’agitent, disent et surtout font absolument n’importe quoi, au rythme des idées délirantes des docteurs Folamour dont ils se sont entourés.

L’enfant capricieux qui dirige cet aréopage de technocrates décide depuis son Olympe élyséen de ce qui est et doit être, car il est le seul maître de la startup nation. Quelle réjouissante vision que celle de tant de compétences cumulées en même temps pour nous sauver et nous guider contre notre volonté.

Simplement, le messianisme a ses limites et le roi n’est plus thaumaturge depuis qu’il est républicain. Comme il ne guérit plus, il embastille au prétexte que l’Hôpital a besoin de souffler. Ce faisant, la liste des exceptions est si longue que l’on se demande bien pourquoi et surtout pour quels bénéfices nous sommes de nouveau assignés à résidence par décret présidentiel.

D’autres pays européens sont également touchés, mais à ce jour nous sommes les seuls à tuer nos commerces avec un tel acharnement ; et c’est là que les choses se compliquent. Le spectacle donné mardi par le Premier ministre et celui de la Santé à l’Assemblée nationale serait drôle, s’il n’était aussi révélateur du sauve-qui-peut général qui les anime et de la déliquescence totale de leur majorité.

Lors de la séance de questions d’actualité, Jean Castex s’emporte contre le pourtant si consensuel et sage Jean-Christophe Lagarde, ce centriste fondamentaliste élu de Seine-Saint-Denis. Son crime ? Avoir remis en cause l’infaillibilité gouvernementale en soutenant les maires UDI dans leurs démarches, visant à rouvrir les commerces de centre-ville.

Et le Premier ministre de tonner contre ces élus qui ne respectent pas « les lois de la République ». Mais de quelles lois parle donc « l’homme des territoires à l’accent rocailleux » ? De celles habilitant son gouvernement à faire n’importe quoi et surtout sans aucun contrôle parlementaire. Ce bel « État d’urgence sanitaire» qui justifie toutes les bêtises prises sans concertation, au plus loin du terrain à Paris, car depuis la Terreur, le jacobinisme absolu est au pouvoir.

Une loi qui, en fait, n’en n’est pas vraiment une, mais plutôt un texte fourre-tout qui permet de couvrir d’autorité une chose supposément débattue, de toutes les bêtises pensées par nos énarques.

Cette loi d’exception, Jupiter voulait qu’elle dure jusqu’en février, histoire sans doute de pouvoir donner la pleine mesure de son talent de démolisseur de mondes anciens. Le Sénat lui ayant refusé cette exigence, estimant qu’il fallait repasser devant le Parlement en décembre pour réévaluer les choses, l’exécutif comptait sur l’Assemblée pour s’asseoir sur les Sénateurs.

Il apparaissait en effet incongru aux génies qui nous gouvernent si bien depuis le début de la crise, de devoir se justifier devant les élus de la Nation. Une idée à peu près aussi stupide, pour eux, que celle qui consiste à demander l’avis du peuple sur un projet de Constitution européenne…

Le soir venu, le sémillant Olivier Véran prend le relais et l’Assemblée à témoin en lui narrant son édifiante visite de deux chambres de réanimation de l’hôpital de Corbeil où il a très opportunément mis les pieds le matin même.

Devant le scepticisme manifesté un peu bruyamment, tant la ficelle est énorme, sur les bancs de l’opposition, le croque-mort ministériel s’emporte. Il perd alors ses nerfs et sort cette phrase qui restera longtemps dans les annales de l’histoire parlementaire :

« C’est ça la réalité mesdames et messieurs les députés, si vous ne voulez pas l’entendre sortez d’ici ! C’est ça la réalité de nos hôpitaux, vous êtes en train de débattre de sujets alors que nos soignants se battent pour sauver des vies dans ces hôpitaux. »

C’est beau comme l’antique. Un concentré d’arrogance et de suffisance qui ferait immédiatement de monsieur Véran un ex-ministre, dans n’importe quel autre pays démocratique, sauf le nôtre.

Tout y est !

L’insulte faite au pouvoir législatif comme le mépris de la séparation des pouvoirs. Un ministre – qui n’est que l’invité de la chambre – enjoint aux députés – qui sont chez eux – de sortir de l’hémicycle, car il est contrarié par leur attitude. Ahurissant !

La tartufferie ensuite qui consiste pour celui qui est responsable depuis janvier de tout ce merdier, de leur dire que nos soignants sont débordés et qu’il est inconcevable de débattre… Oui, de son point de vue, cela se conçoit. Débattre pourrait conduire à venir demander des comptes à ce sinistre marquis qui n’a absolument rien organisé d’autre pendant l’accalmie que la pénurie de vaccins antigrippaux.

Le plus intéressant est que l’Assemblée a en fin de compte suivi le Sénat. L’opposition s’est payé le gouvernement et a refusé de lui donner les pleins pouvoirs sanitaires au-delà du 4 décembre. La défaite de l’exécutif est totale et le roi est nu.

C’est surtout par ce qu’elle révèle de l’État du groupe majoritaire que cette affaire est passionnante. Macron ne tient plus ses troupes ! L’opposition n’a obtenu cette victoire que parce que le groupe LREM n’était pas assez représenté dans l’hémicycle pour bloquer l’amendement.

Les parlementaires de la majorité se sont fait porter pâles pour ne pas cautionner un exécutif qui n’écoute plus rien ni personne. Cela faisait très longtemps qu’une pareille correction n’avait été infligée à un gouvernement sous la Cinquième République, sur un texte de cette importance.

La République en Marche est maintenant surtout une République en Panne. Le pays est malade et son économie se délite. Ce confinement délirant va projeter un nombre colossal de petits commerçants et d’artisans dans la misère, car ils sont responsables sur leurs biens propres de la réussite de leurs entreprises.

Un concept qui n’effleure pas nos hauts fonctionnaires qui ne sont jamais responsables de rien. Les mois qui viennent s’annoncent très tendus, d’autant plus si nous restons les seuls confinés en Europe. Le réveil va être douloureux et l’épisode des Gilets jaunes apparaitra alors comme un joyeux monôme de cour de récréation.

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