Attentat de Nice : l’horreur, une fois de plus, une fois de trop

Basilique Notre-Dame de Nice (HDR) By: Steve Collis - CC BY 2.0

Chaque acte de terreur a pour objet ultime de porter le fer dans le concept d’État de droit, c’est-à-dire dans cet environnement où l’on protège les libertés individuelles et la liberté de croire, ou pas. OPINION.

Par Nathalie MP Meyer.

Encore une fois ce cri qui signe inéluctablement tous les crimes des terroristes islamistes. Encore une fois ce « Allahu Akbar », ce « Allah est le plus grand » jeté à la face des trois victimes de la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice, puis répété et répété sans fin dans un paroxysme de haine compulsive à la face des médecins qui dispensaient les premiers soins au terroriste blessé dans l’assaut de la police. Encore une fois cette louange quasi-automatique de Dieu qui ne trouve à se résoudre que dans le sang et la mort des « infidèles ».

Un cri de guerre, n’en doutons pas. Un cri jeté à la face de notre civilisation de tolérance et de liberté de conscience. Car à Nice, il ne s’agit plus seulement des caricatures du prophète Mahomet, il ne s’agit plus seulement de s’opposer au blasphème comme dans le cas de la tuerie de Charlie Hebdo ou celui de la décapitation de Samuel Paty. Il s’agit tout simplement de dire qu’Allah est le plus grand et que quiconque ne se soumet pas à sa grandeur supérieure est perdu et mérite de mourir.

Le lieu du crime est certes catholique et les victimes, le sacristain de la basilique ainsi que deux femmes qui étaient venues se recueillir de bon matin, étaient catholiques. Mais le catholicisme, disons plus largement le christianisme, est à prendre ici comme le symbole d’une société libre et ouverte par opposition à la société fermée du prophète vue à travers l’esprit radicalisé d’un terroriste.

C’est bien l’ensemble de notre monde occidental nourri des Lumières et de tout ce qu’il partage avec le christianisme dans sa reconnaissance de l’individu souverain libre de ses choix de vie qui est attaqué.

On pressent bien sûr que cet attentat ainsi que les autres tentatives heureusement déjouées qui ont eu lieu hier à Lyon et au Consulat de France en Arabie saoudite ne sont pas étrangères à la séquence : procès en cours des attentats de Charlie Hebdo, republication des caricatures de Mahomet, projet de loi sur les séparatismes, cours sur la liberté d’expression, meurtre de l’enseignant Samuel Paty, réaffirmation par Emmanuel Macron que la France ne renoncera pas aux caricatures, fureur du Président turc, fureur du Pakistan, fureur du Qatar et appel au boycott des produits français.

Tout ceci donne évidemment le sentiment que c’est d’abord la France dans son refus de plier devant les sommations islamistes qui est visée. Quant aux terroristes, agissent-ils dans le cadre d’un schéma de terreur en expansion précisément téléguidé par Daesh ou Al-Qaida, ou sont-ils plutôt des loups solitaires à la limite de la pathologie psychiatrique ne représentant aujourd’hui que les derniers soubresauts maladifs d’un islamisme politique sur le déclin ?

Toutes ces questions se posent, mais chaque acte de terreur, par sa terreur même, affecte non seulement la nation française qui le subit mais les idées de liberté et de justice.

Chaque acte de terreur, même isolé, a pour objet ultime de porter le fer dans le concept d’État de droit, c’est-à-dire dans cet environnement fragile où l’on protège les libertés individuelles, où l’on a la liberté de croire en un Dieu comme celle de ne pas y croire, où l’on a la liberté de critiquer les religions et les hommes politiques, où la liberté d’expression et la liberté de la presse sont garanties – mais où le meurtre est absolument condamné.

Il est étrange d’écrire ces mots alors que la pandémie de Covid-19 a poussé de nombreux pays dont la France dans une sorte de frénésie sanitaire totalitaire qui revient à altérer durablement les libertés civiles des citoyens. Mais ceci reste finalement assez bénin et, espérons-le, limité dans le temps face à l’alternative de « la soumission ou la mort » que les fous d’Allah, même isolés, voudraient nous imposer.

Comme d’habitude en ces circonstances, comme lors de la décapitation de Samuel Paty il y a seulement quinze jours et comme dans toutes les occurrences précédentes, les événements de Nice ont immédiatement déclenché la plus profonde indignation chez nos hommes et femmes politiques, ainsi que leur volonté inébranlable de mettre fin une bonne fois pour toutes au chantage mortel du terrorisme islamiste.

Emmanuel Macron s’est rendu sur place à Nice pour délivrer un « message de fermeté absolue » et exhorter la population à « ne céder à aucun esprit de terreur ». Les réservistes disponibles ont été rappelés et les effectifs militaires de l’opération Sentinelle vont passer de 3000 à 7000 soldats dans le cadre d’un plan Vigipirate renforcé.

Mots nécessaires et efforts louables, qui arrivent malheureusement après le crime et qui risquent surtout de rejoindre rapidement le cimetière des mots et des efforts louables précédents si notre République ne se livre pas d’urgence à un petit examen de conscience général :

Les services de renseignement doivent évidemment veiller à adopter la meilleure organisation possible pour remonter les filières djihadistes et traquer les individus suspects. Est-ce bien le cas ?

Les élus ont évidemment des questions à se poser sur les « petits accommodements » que nombre d’entre eux ont accepté contre l’esprit républicain afin d’obtenir un illusoire sentiment de « vivre ensemble » dans les quartiers réputés « sensibles » et prolonger d’autant leur mandat. Diagnostic connu qui ne semble rencontrer que peu d’échos.

Nos autorités publiques doivent impérativement réévaluer leur façon de réprimer les atteintes aux biens et aux personnes et sortir de l’impasse qui fait que, par excès de culpabilité coloniale ou d’enthousiasme tiers-mondiste, elles en sont arrivées à se montrer systématiquement sévères avec les automobilistes ou les étourdis qui oublient leur masque chirurgical, mais hélas trop systématiquement absentes dès qu’il s’agit de rétablir l’ordre dans les quartiers de non-droit.

Mais face au terrorisme islamiste tout ceci, indispensable, ne sera jamais suffisant si de leur côté, les musulmans du monde entier ne décident pas une bonne fois pour toutes de faire la part des choses et de couper fermement et définitivement la part sombre de leur religion qui les prend en otage à chaque nouvelle exaction terroriste. Leur Dieu cautionne-t-il les agissements meurtriers répétés de quelques-uns dans le but d’imposer universellement leur croyance ?

À écouter les déclarations d’un ancien Premier ministre de Malaisie, les musulmans seraient fondés à tuer des millions de Français car ces derniers au cours de leur histoire ont tué des millions de musulmans. Heureusement qu’il précise qu’il n’approuve pas le meurtre ! On n’ose à peine imaginer à quoi ressembleraient ses préconisations dans le cas contraire. Mais il a 95 ans et c’est un spécialiste des propos tonitruants controversés.

Oublions-le et lisons plutôt le communiqué du Conseil français du culte musulman (CFCM). Il demande aux musulmans de France de s’abstenir de toutes festivités à l’occasion du Mawlid (fête de l’anniversaire du prophète) en signe de solidarité avec les familles des victimes. Ne dirait-on pas qu’il existe bel et bien une conception de l’islam pour laquelle il est parfaitement possible de vivre sa foi de musulman dans un esprit de tolérance et de respect mutuel ?

C’est un début, un timide début qui s’est déjà exprimé mille fois auparavant sans vraiment entamer les défiances musulmanes à l’égard de la République française ni les défiances françaises à l’égard d’un islam vu comme trop silencieux face à ses versions violemment conquérantes. Mais c’est aussi une lueur d’espoir.

La fin du terrorisme islamiste systématique se trouve quelque part à l’intersection d’un État de droit (et de devoirs) appliqué sans faiblir et d’un islam débarrassé de ses obscurantismes meurtriers. Un travail régalien pour la France et un travail d’exégèse approfondie pour l’islam. Dans les deux cas, un travail de longue haleine qui ne se fera pas en un jour et qu’il serait bon de commencer au plus vite. Aujourd’hui par exemple.

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