Les croyances religieuses et le retour de l’obscurantisme

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À la fin du XXe siècle, nous avons vu revenir au premier plan les croyances archaïques. Un article d’opinion.

Par Patrick Aulnas.

Le meurtre et la décapitation d’un professeur, dans la rue, par un fanatique musulman, symbolise l’affrontement entre deux époques de l’Histoire. Voici cinquante ans, il nous semblait acquis que la raison triomphait peu à peu sur l’obscurantisme. La défaite des nazis et des fascistes avait consolidé l’esprit des Lumières, tout au moins en Occident.

Et tout à coup, à la fin du XXe siècle, nous avons vu revenir au premier plan les croyances archaïques. Elles n’avaient pas disparu, il s’en faut de beaucoup, mais elles régressaient peu à peu avec la généralisation de l’éducation.

Les vieux monothéismes ont encore des adeptes, ce qui ne pose pas problème, Mais l’un d’entre eux, l’Islam, fait naître des organisations politiques radicales utilisant la violence comme le faisaient les nazis dans l’Allemagne des années 1920 et 1930.

Exploiter la spiritualité d’Homo Sapiens

Partons du tout début. Homo Sapiens comporte indubitablement une dimension spirituelle. Il n’est probablement pas le premier. Les Néandertaliens possédaient aussi une spiritualité et d’autres avant eux. L’Homme cherche donc à dépasser la matérialité, la terre, l’eau, la chair dont il est fait, les objets qu’il fabrique. Il imagine spontanément qu’il existe autre chose. Ce furent d’abord les esprits invoqués par les sorciers des tribus néolithiques. Puis naquirent les dieux et les religions.

Parmi les Hommes, des petits malins ont compris très tôt qu’ils pouvaient exploiter la spiritualité présente en eux pour avoir une influence sur autrui. De l’influence au pouvoir, il n’y a qu’un pas. Il fut franchi à la naissance des religions.

L’institutionnalisation de la dimension spirituelle d’Homo sapiens a permis de soumettre les Hommes à une éthique rigoureuse, en général cautionnée par le pouvoir politique. Le bien et le mal résultaient de la parole divine. Personne ne pouvait évidemment contester ce qui émanait d’un dieu. Ce système de domination était si génial que les Hommes ont créé des milliers de dieux au fil de leur Histoire. Chaque civilisation a eu ses dieux ou son dieu. Chaque civilisation a eu ses prêtres, serviteurs des dieux et en général alliés du pouvoir politique.

Le péché originel : chercher à savoir

Les religions ont ainsi joué un rôle historique essentiel. Il suffit d’observer l’architecture (temples, églises, abbayes, mosquées, etc.), la sculpture, la peinture, la littérature du passé pour se convaincre de l’omniprésence du religieux dans toutes les civilisations.

Aussi, lorsque des philosophes ont remis en cause, à partir du XVIIIe siècle en Europe, le bien-fondé des croyances religieuses, ils ont fait figure de révolutionnaires. Il ne fallait plus simplement croire, mais aussi chercher, savoir, raisonner, bref penser. Le choc fut colossal et ses répliques se sont déployées sur plusieurs siècles. L’actualité nous indique qu’elles sévissent encore.

La raison supplantant les croyances, la domination des religions s’effondre peu à peu. Le pouvoir politique, qui émanait des dieux, doit trouver une autre source : ce sera le peuple. Sciences, techniques, croissance économique, souveraineté populaire proviennent d’une idée simple : ne plus croire mais chercher à comprendre, à connaître, à innover.

Dans la Genèse, premier chapitre de l’Ancien Testament, Dieu interdit à Adam et Ève de manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils désobéissent et sont déchus. Les premiers humains, au lieu de croire et obéir, ont cherché la connaissance. Pour les trois monothéismes, il s’agit là du péché originel.

Des croyances intangibles au règne de la raison

Revenons à notre époque. Le monde ancien, celui des croyances intangibles, affronte encore aujourd’hui le monde nouveau, celui de la raison. Le judaïsme et le christianisme ont adopté un modus vivendi avec l’esprit les Lumières, mais il a fallu longtemps pour stabiliser la situation.

La résistance de l’Église catholique a duré plus d’un siècle en France, jusqu’à ce que la loi de 1905 pose le principe de la séparation des Églises et de l’État. Aux États-Unis, il existe un nombre important de personnes adhérant au créationnisme et rejetant le darwinisme en se basant sur une simple croyance et non sur une démonstration.

Le judaïsme n’est pas non plus à l’abri des errements, les juifs orthodoxes adhérant à une interprétation littérale de légendes, au demeurant fort belles, figurant dans des textes anciens.

Blasphème pour certains seulement

Entre les religions et la raison, il existera toujours un contentieux, puisqu’elles proposent l’adhésion à une simple croyance. Mais c’est avec l’Islam que la cohabitation est devenue difficile à partir de la fin du XXe siècle. Tout simplement parce que deux époques de l’Histoire se sont trouvées brutalement face à face par suite d’une immigration massive vers les pays occidentaux de populations éduquées dans le strict respect d’une religion.

Les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo apparaissent comme telles à tout individu adhérant aux valeurs de liberté : des dessins tournant en dérision la sacralisation d’un individu qualifié de prophète par des croyants.

Mais pour tous ceux qui ont été éduqués dans le strict respect de la croyance musulmane, ce simple dessin apparaît comme un blasphème. Ce terme utilisé par les religions pour qualifier une parole ou une quelconque représentation heurtant profondément la croyance n’a strictement aucune valeur pour un non croyant. Il s’agit d’un concept religieux destiné à aggraver verbalement ce qui peut apparaître simplement amusant à un athée ou à un agnostique.

La candide incompréhension d’un père

Le père de l’une des élèves de Samuel Paty avait ainsi demandé dans une vidéo d’exclure ce professeur, qualifié par lui de voyou, de l’Éducation nationale. L’attitude naïve de cet homme représente toute la distance qui sépare notre liberté et notre rationalité des croyances anciennes.

Ce père de famille, imprégné d’une croyance venant du fond des âges, demande aux institutions de la République de se plier à sa foi religieuse. Sincère, il n’imagine même pas toute la distance qu’il devrait parcourir pour devenir un homme libre.

Il est sans aucun doute manipulé par des leaders radicalisés, mais sa candeur face à notre modernité nous étonne. Par ignorance, il nous demande de revenir au statu quo ante qui régissait le destin des Hommes avant le siècle des Lumières.

Si cet homme pense sincèrement que son dieu est le seul et l’unique, c’est évidemment qu’il ignore tout de l’Histoire de l’humanité, des milliers de dieux qui se sont succédé. Pourquoi l’un d’entre eux aurait-il la prééminence sur les autres ?

Avenir incertain

Depuis des décennies, l’immigration massive et incontrôlée met en présence deux mondes vivant à des époques différentes de l’Histoire. D’assimilation en intégration et d’intégration en renoncement, nous avons sans cesse reculé depuis cinquante ans. Nous n’avons pas fini de payer l’aveuglement de nos politiciens.

Face à nous, de petits fanatiques incultes ignorent qu’ils sont au service de leaders politiques et religieux ne recherchant que le maintien de leur domination. Nous ne pouvons pas céder. Ils ne comprennent rien à ce que nous sommes. L’avenir est sombre.

 

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