Emmanuel Macron doit choisir la liberté face à la crise sanitaire

Macronavirus By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

La vraie reprise, qui se fait au niveau de l’échange individuel, est aujourd’hui étouffée par la politique sécuritaire conduite au nom de l’épidémie. Emmanuel Macron doit agir pour libérer les initiatives.

Par Frédéric Mas.

Ce mercredi à 20 heures, Emmanuel Macron interviendra au cours d’un entretien télévisé retransmis par TF1 et France 3 pour faire le point sur la crise sanitaire. Tous les médias le répètent, relayant la communication du gouvernement sur le sujet : les mesures pour répondre à la progression du Covid devraient être plus strictes encore qu’elles ne le sont, parce que la situation « se dégrade rapidement ».

On parle de couvre-feu à Paris, dès 20 heures. La ville Lumière est donc sur le point de s’éteindre pour quelques semaines, sur décision politique, en attendant que passe la tempête épidémique promise.

En surfant sur la panique sanitaire, le président de la République joue sur du velours. Si on en croit un sondage BVA en date de mercredi, deux Français sur trois ont peur de contracter le virus. 82 % des Français pensent même, résignés, qu’il y aura un reconfinement d’ici Noël. Toute intervention étatiste et sécuritaire sera donc bienvenue, acceptée avec un lâche soulagement pour beaucoup.

L’effacement de l’avenir

L’avenir est devenu flou, et les indicateurs sont trop nombreux et trop contradictoires pour se projeter et s’investir, que ce soit dans la vie professionnelle ou quotidienne. Si demain on reconfine, quel intérêt de partir en vacances à la Toussaint ? Pourquoi ouvrir un commerce si les clients sont chassés par la règlementation sanitaire ? Pourquoi choisir cette école si à la fin de l’année il est impossible de dégoter un stage auprès d’une entreprise qui désormais n’embauche plus personne ?

Faire des plans au niveau individuel devient de plus en plus compliqué. Là encore, le sondage BVA relève l’inquiétude grandissante de la population sur le sujet : plus des deux-tiers des personnes interrogées (69 %) craignent pour leur pouvoir d’achat et le revenu de leur foyer.

Apprendre à vivre avec le virus, c’est non seulement apprendre à vivre avec moins de libertés, mais aussi accepter qu’au nom du bien commun sanitaire, les autorités puissent revenir sans cesse sur la législation pour l’adapter au bon fonctionnement de sa bureaucratie hospitalo-sanitaire.

Les commerçants le savent désormais, ce n’est pas parce qu’ils appliquent des mesures sanitaires strictes ayant eu pour effet de faire plonger leurs marges et le nombre de clients, que leur sort est réglé. Au nom de la lutte épidémique, les pouvoirs publics peuvent très bien décider de serrer la vis jusqu’à l’étranglement dans les semaines qui viennent, ou au contraire de relâcher la pression on ne sait trop pourquoi.

Plantage de la vraie relance économique

Ce va et vient permanent pose non seulement un problème éthique grave, mais est aussi en train de saboter la seule vraie relance économique qui compte pour la croissance véritable, celle par où le consommateur est « seul souverain »1. Il détruit toutes les règles nécessaires au bon fonctionnement d’une société libérale pour atteindre des objectifs politiques et ponctuels qui lui sont étrangers.

L’économiste et philosophe Friedrich Hayek dans Droit, législation et liberté a démontré que pour fonctionner correctement, l’ordre politique libéral devait reposer sur le droit, entendu comme des « règles universelles de conduite » caractérisées par leur abstraction, leur généralité et leur « non intentionnalité » :

« […] le droit assurément ne sert aucune intention mais d’innombrables intentions différentes d’individus distincts. Il fournit seulement le moyen de tendre à des objectifs nombreux et divers dont l’ensemble n’est connu de personne. […] Le droit n’a certainement pas été créé pour servir à un but formulable quelconque, il s’est au contraire développé parce qu’il rendait les gens plus efficaces dans la poursuite de leurs propres objectifs. »

Par son essence procédurale, générale et abstraite, le droit permet aux individus de se coordonner et d’établir des anticipations en vue d’agir. Il réduit le coût de l’information nécessaire pour conduire sa vie quotidienne et professionnelle, et sa régularité offre un cadre sécurisé pour que la justice, c’est-à-dire l’établissement de la propriété et sa transmission légitime, puisse s’instaurer et bénéficier à tous les participant à l’ordre produit par ces « règles de juste conduite ».

Trop de réglementations, trop d’incertitudes

Les décisions ponctuelles des politiques détruisent le système d’actions produit par l’ordre juridique libéral. Par la règlementation, elles augmentent le coût de l’information utile aux individus pour poursuivre leurs propres plans, et introduisent de l’incertitude dans les normes communes à la coordination des conduites humaines.

S’il existe désormais mille indicateurs nouveaux en fonction des régions, des villes et des pays pour se déplacer, la liberté de circuler se trouve de facto restreinte. Si les règles varient en fonction des variations d’humeur des politiciens, des bureaucrates et des préfets, s’investir dans un nouveau commerce, changer de job ou prendre un nouveau crédit devient une opération plus risquée que d’habitude.

Gaspiller l’argent des Français dans un plan de relance aux retombées incertaines permet sans doute au gouvernement de donner l’illusion d’aider à la reprise. Ses bénéfices sont politiques, pas économiques. La vraie reprise, qui se fait au niveau de l’échange individuel, est aujourd’hui étouffée par la politique sécuritaire conduite au nom de l’épidémie.

L’heure tourne, et jusqu’à présent, la France s’enfonce sur toute la ligne, autant sanitaire qu’économique. Dans le premier cas, malgré des mesures particulièrement autoritaires et liberticides, elle ne fait pas mieux que ses voisins, et dans le second, le PIB continue de dégringoler de manière inquiétante.

Espérons qu’Emmanuel Macron, ce soir, s’en rende compte, fasse abstraction de la cacophonie médiatique, et opte pour la seule solution satisfaisante sur tous les plans, davantage de libertés, et tout de suite.

  1. Ludwig von Mises, « La souveraineté des consommateurs » in Abrégé de L’action humaine, traité d’économie, Paris, Les Belles Lettres, 2004/1949.
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