Sortir d’une crise sanitaire devenue folle

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La situation est à tous points de vue malsaine. La chape inquiétante qui pèse sur chacun est de mauvais aloi pour une société au bord de la crise.

Par le Professeur Paul Touboul.                                           

Qu’une épidémie virale s’empare de terres humaines pour y semer maladie et mort, voilà qui fait partie de l’histoire des peuples et nous la revivons périodiquement avec des variantes liées à la nature du germe, son agressivité, sa saisonnalité, les populations rencontrées, les moyens mis en œuvre pour le combattre.

Que l’expérience acquise serve à affronter l’avenir avec plus d’efficacité, cela se conçoit, d’autant que nos outils d’analyse ont gagné en précision et que les circuits d’information se sont mondialisés.

La science mise à mal pendant la crise sanitaire

On devrait donc aujourd’hui pouvoir opposer au fléau des réponses à la fois solidement étayées, confortées par les acquis et appuyées par le monde scientifique dans sa majorité.

Or ce qui s’est passé lors de l’épidémie récente de covid-19 démontre le contraire. Propositions contradictoires, controverses virulentes allant au-delà du thème en cause pour s’attaquer aux personnes, mise en cause de tel ou tel dans une foire d’empoigne digne des pires joutes politiques, oubli de la science, l’état actuel des connaissances étant relégué derrière des affirmations tranchées et exclusives.

Alors, oui, aux yeux de l’homme de la rue, le mythe d’une science, bastion de vérité, a été mis à mal. Comment ne pas être ébranlé à la vue de tant de têtes bien pleines s’affrontant comme des chiffonniers, certes avec des propos plus feutrés mais néanmoins assassins ? Ce constat incite à revenir aux données de base.

Contrairement à une certaine croyance populaire, il n’y a pas en science de vérité actuelle qui ne puisse demain être remise en cause.

Certes la science nous aide à comprendre le monde au jour d’aujourd’hui, à user de ses ressources, à enrichir et fructifier une relation complexe susceptible de déboucher sur l’amélioration de notre condition. Reste que les acquis sont dépendants des limites de nos sens, de nos facultés cognitives et de celles des outils d’étude.

En conséquence toute vérité peut s’accommoder d’une latitude de comportements allant de l’adhésion complète à une prise de distance critique. Une telle marge laisse la place aux débats et échanges d’idées, lesquels nourrissent la vitalité des sciences.

On doit pouvoir en fin de compte s’entendre sur un état des lieux, intégrer les oppositions dans une perspective élargie, se reconnaitre au service d’une science en mouvement au progrès de laquelle chacun a sa part.

C’est à cette source qu’en matière sanitaire la décision politique doit prendre ses attendus et donc faire des choix. À l’évidence aux données de la science s’en joindront d’autres, idéologiques et sociétales, aboutissant à faire naître engagement et action.

La situation aujourd’hui

Alors qu’en est-il aujourd’hui alors que l’épidémie s’essouffle comme l’attestent les courbes de suivi de la virose au jour le jour, la quasi-disparition de toute mortalité associée et les hospitalisations ad hoc réduites à peau de chagrin ?

De manière étrange et même paradoxale le gouvernement est plus que jamais sur un pied de guerre, se disant prêt à affronter un fléau qui pourrait à tout moment renaitre de ses cendres. Que nous est-il dit pour le justifier ?

Des foyers de virose actifs demeurent sur notre territoire comme l’atteste le dépistage intensif mis en œuvre.

On ne peut exclure que les plus denses soient demain le point de départ d’une nouvelle vague.

Il est urgent d’en limiter le potentiel de développement en imposant à la population des zones concernées des mesures sanitaires dont le port de masques et d’autres qui limitent ou interdisent les rassemblements.

Et là que nous dit l’approche scientifique ? Il y a une donnée d’observation : des îlots de contamination persistent dans le pays. De ce fait, quelle est la signification ?

Et là s’affrontent deux hypothèses : soit ces îlots sont les germes d’une nouvelle vague épidémique qui s’apprête à ressurgir, soit l’on a affaire à des formations résiduelles inscrites dans le mouvement général de la virose et qui n’en remettent pas en cause le décours.

Donc deux options opposées tirées d’une même observation et générant des conduites spécifiques incompatibles les unes avec les autres.

Comment choisir ? Sur la base de connaissances épidémiologiques acquises, et celle de l’analyse de la virose covid-19 actuelle, la balance pencherait pour une fin de partie. Mortalité et autres indicateurs de gravité sont au plus bas.

Autant s’en tenir à des soubresauts du processus infectieux, attitude qui ne crée pas de rupture avec l’historique des évènements et s’accorde aussi avec les turbulences souvent associées à l’évolution du vivant.

Cependant l’alternative ne peut être exclue. D’autant qu’elle apparait inédite, fabriquée littéralement par le déversement à doses massives de tests de dépistage sur la population alors que l’épidémie apparaissait en fin de course.

N’aurait-on pas révélé par cette quête intensive des contaminés un feu qui couve sous la cendre et s’apprête à embraser de nouveau le pays ? Après tout pourquoi pas ?

Les deux propositions sont donc sur la table. Aux instances de décision de trancher, car il le faut, les implications, s’adressant à un pays traumatisé par l’épidémie du printemps, restant lourdes de sens.

Le choix de la banalisation prudente bénéficie de l’expertise acquise en matière d’épidémie, laquelle tend à éviter les pièges de toute prévision, alarmiste ou non.

Celui de la dramatisation argue de l’inconnu liés à des faits inédits qui restent à décrypter. Pour le dire simplement l’alternative est entre « je ne sais pas » et « j’ai peur que… ».

Quoi qu’il en soit dans les deux cas il y a incertitude. Et c’est en fin de compte le principe de précaution qui l’a emporté. L’éventualité du pire a été le choix des décideurs, un choix d’une extrême gravité en dépit de l’absence de fondement avéré et qui risque de se payer cher en termes de retombées économiques et sociales.

L’option choisie : l’arbitraire

L’option gouvernementale se veut étayée par des données chiffrées relatives au nombre de contaminés dépistés chaque jour et s’est fixée des limites au-delà desquelles l’alerte est lancée.

L’arbitraire qui régit un tel processus saute aux yeux puisque naviguant en plein inconnu on s’efforce de faire parler des chiffres dont la signification est sujette à caution.

Que l’on dessine ainsi sur la carte des zones rouges, et la menace semble prendre corps justifiant le déploiement de mesures contraignantes. Où est en la matière le moindre ferment de consistance et de cohérence ?

Certes recueillir des chiffres en augmentation peut susciter la crainte. Doit-on pour autant recourir à une artillerie lourde de mesures face à ce qui demeure une hypothèse et rien d’autre ?

Sous l’apparence de rigueur règne un vide abyssal que masquent un volontarisme de bon aloi et un engagement soi-disant sans faille.

Le citoyen doit être conscient qu’il est la victime d’un choix qui ne s’appuie que sur des projections arbitraires, choix qui s’est fait au détriment d’un autre, certes tout aussi incertain mais pas moins crédible.

On peut imaginer que si ce dernier avait été retenu, on circulerait aujourd’hui dans le pays librement sans masques n’ayant pour seul souci que la protection des personnes vulnérables. Et le slogan serait alors de participer à l’édification d’une immunité collective. Donc deux poids, deux mesures. Et encore un fois, c’est la peur qui fait la différence.

Une logique dramatisante

Faisons maintenant un peu de généalogie. La version tragique de l’épidémie a été dès le début l’option choisie par le gouvernement, certes confortée initialement par la surmortalité contemporaine de la phase d’invasion, puis maintenue ensuite en dépit des données rassurantes acquises sur l’agressivité et la létalité du germe.

Très tôt, alors même que la virose était en cours, a été lancée l’idée d’une seconde vague possible dont l’existence a été martelée avec une assurance surprenante contrastant avec l’absence de toute preuve.

Et force est de reconnaitre que l’on retrouve aujourd’hui chez nos dirigeants cette logique dramatisante probablement inspirée des mêmes sources, je pense ici aux experts du conseil scientifique.

Oui, on a voulu d’emblée faire de cette épidémie un évènement pas comme les autres. Il a été taxé d’une malignité toute particulière ouvrant la voie aux projections les plus alarmistes.

Encore une fois la létalité des débuts y a été pour quelque chose. Mais qu’on en soit resté depuis au même point est matière à interrogation.

Le regard porté sur l’épidémie n’a cessé d’être inquisiteur jusqu’à l’obsession, son histoire n’a plus jamais déserté la scène médiatique rejetant dans l’ombre tous les problèmes de l’heure.

Quitte à se répéter, on en revient à la notion de peur. Une panique s’est emparée du monde à l’annonce de cette pandémie. Le mot de « guerre » a été prononcé. L’hystérie qui s’est déployée a rejeté dans l’ombre les viroses meurtrières du passé jugées arbitrairement sans commune mesure avec la vague covid-19.

Ce que cette peur nous dit de l’homme d’aujourd’hui fournira en son temps matière à analyse. Elle apparait par contre d’ores et déjà comme une caractéristique de notre époque.

Une situation qui n’a que trop duré

Au final, disons-le, cette situation n’a que trop duré. Elle est à tous points de vue malsaine. La chape inquiétante qui pèse sur chacun est de mauvais aloi pour une société au bord de la crise.

Les comportements les plus inquiétants se font jour mêlant suspicion, délation, hostilité, violence palpable, et aussi malaise diffus pendant de la privation de liberté.

Il est urgent de prendre conscience que trop c’est trop et qu’on ne pourra pas continuer ainsi éternellement sans courir le risque de désordres graves.

Et tout cela pourquoi ? En raison de choix politiques reposant sur du sable et qu’on nous vend comme des décisions responsables alors qu’elles n’ont pas le moindre fondement objectif, décisions imposées par un principe de précaution hors sol et une peur alimentée de projections fantasmatiques.

Il faut siffler la fin vite, très vite. Sinon le pire est à craindre pour l’avenir.

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