Québec : montée en puissance de l’État policier

Drapeau du Québec by abdallahh(CC BY-SA 2.0) — abdallahh, CC-BY

Au Québec, on peut désormais délivrer rapidement des télémandats par lesquels les forces de l’ordre sous serment peuvent être autorisées à pénétrer dans un domicile privé où se tiendrait une réunion illégale.

Par Pierre-Guy Veer.

La province de Québec, comme ailleurs dans le monde, voit une nouvelle recrudescence du coronavirus. Des nouvelles mesures de confinement se mettent partout en place ; elles empêchent notamment les rassemblements publics et privés et ne recommandent pas le déplacement vers des zones à moindre niveau d’alerte.

Toutefois, une loi récente renforçant ces mesures fait tourner plusieurs têtes. En effet, une modification récente du Code pénal provincial permet de délivrer rapidement des télémandats par lesquels les forces de l’ordre sous serment peuvent être autorisées à pénétrer dans un domicile privé où se tiendrait une réunion illégale.

Bien que fortement déplorable, cette mesure était facile à prévoir. En effet, dans une lettre très détaillée de ses doléances, le Barreau du Québec fait part de ses vives inquiétudes face au projet de loi 61, visant à « relancer » l’économie. Le gouvernement a toutefois l’intention de débattre à nouveau d’un projet semblable à l’automne.

Donc, le Barreau rappelle que la loi 61 visait à prolonger l’urgence sanitaire déclarée le 13 mars dernier jusqu’à ce que le gouvernement y mette fin explicitement – bref, indéfiniment. Cette loi va à l’encontre même de la loi sur la santé publique qui énonce qu’une urgence sanitaire ne dure que 10 jours ou 30 jours avec prolongement possible et l’assentiment de l’Assemblée nationale ; et de 48 heures consécutives si cette dernière ne peut se réunir.

Le Barreau dénonce également l’étendue des pouvoirs donnés à l’exécutif pour contourner les lois habituelles « afin de prévenir ou d’atténuer toute conséquence découlant de la pandémie de la COVID-19. »

Cette mesure, ainsi que d’autres dispositions pour contourner les lois environnementales, ont soulevé l’ire de l’opposition, notamment de Québec Solidaire (socialiste), qui n’a pu s’empêcher de remarquer l’ironie de la CAQ (au pouvoir), qui voulait pourtant accélérer l’adoption de ladite loi 61 pour finalement l’abandonner. Le Parti québécois (gauche) s’est également demandé si la CAQ allait ainsi ignorer les recommandations de la commission Charbonneau, qui a montré une forte culture de corruption dans l’octroi des contrats publics.

Big Brother débarque en force en Australie

Certes, ces mesures sont fort déplorables. Mais elles sont bien pâles en comparaison de ce qui se passe en Australie, dans l’État de Victoria (où se trouve Melbourne).

En effet, une femme enceinte a été arrêtée à son domicile le mois dernier pour « incitation à la désobéissance » : elle avait promu une manifestation pacifique contre les mesures de confinement. Son ordinateur a été saisi et elle doit comparaitre l’an prochain.

Et que dire de ces doubles standards lamentables offrant des avantages indus aux employés disposant des bons contacts. À San Francisco, les salles de sport sont fermées depuis belle lurette à cause de l’urgence sanitaire… à moins qu’elles ne se trouvent dans des édifices gouvernementaux.

Après la dénonciation initiale, la ville avait décidé de fermer toutes les salles – bien qu’aucun foyer d’infection n’avait été décelé – pour ensuite les rouvrir à capacité limitée.

Le Québec n’échappe pas à ce double standard. Depuis le 19 septembre dernier, toutes les salles de gymnastiques en zone orange ou pire doivent être fermées… mais pas les magasins d’alcool (SAQ) ou de cannabis (SQDC), propriétés de sociétés d’État. Les deux sociétés avaient également été dispensées des fermetures en mars.

Prenez la pilule rouge !

Si, à la lecture de cet article, vous n’avez toujours pas ne serait-ce qu’un brin de scepticisme envers les gouvernements, il serait temps que vous preniez l’allégorique pilule rouge. À chaque crise, réelle ou imaginée, les gouvernements en profitent pour s’arroger davantage de pouvoirs « temporaires » dont ils ne se délestent jamais, ou si peu.

La présente crise sanitaire est certes inquiétante, et l’arrivée de la grippe saisonnière risque fort d’engorger les hôpitaux comme au printemps. Mais il n’y a aucune justification pour fermer totalement l’économie et décider arbitrairement de qui peut faire des affaires.

Cette situation, qui semble faire les gorges chaudes chez les liberals américains, est la principale cause de l’expansion des géants du détail comme Wal-Mart et Amazon alors que les petits commerces sont au pied du mur et doivent dépendre des aides publiques prisonnières des débats partisans aveugles car chaque politicien veut y inclure quelque chose pour son comté.

Bref, les romans dystopiques à la 1984 ou La grève doivent maintenant être déplacés dans la section « actualité. » À chaque jour qui passe, partout les gouvernements s’arrogent de plus en plus de pouvoirs au nom de la sécurité afin de nous contrôler encore davantage.

Et à moins que vous n’ayez de bons contacts, vous en souffrirez et devrez dépendre de l’aide extérieure ne serait-ce que survivre puisque votre boulot d’antan a été fermé parce que considéré comme non-essentiel.

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