Covid : la peur et la menace nous tueront à petit feu

Photo by engin akyurt on Unsplash — engin akyurt,

A abandonner des libertés, des liens sociaux par peur d’une épidémie, on oublie que l’être humain est un animal social, et que les menaces permanentes nous tueront plus sûrement que le coronavirus.

Par Margot Arold.

Des médecins, chercheurs, et universitaires signent une tribune dans Le Parisien, demandant au gouvernement de cesser de gouverner par la peur.

Avec habileté et mesure, ils critiquent le terme de « guerre » qui a été employé et a permis de justifier des atteintes à l’État de droit et des restrictions des libertés publiques. Mais « ce n’est pas le cas d’une épidémie », disent-ils.

« Nous, scientifiques et universitaires de toutes disciplines, et professionnels de santé, exerçant notre libre arbitre et notre liberté d’expression, disons que nous ne voulons plus être gouvernés par et dans la peur. »

Peur et communication anxiogène

« Nous appelons les autorités politiques et sanitaires françaises à cesser d’insuffler la peur à travers une communication anxiogène qui exagère systématiquement les dangers sans en expliquer les causes et les mécanismes. »

« Nous appelons également l’ensemble des journalistes à ne plus relayer sans distance une communication qui est devenue contre-productive. »

Il faut bien constater que la majorité des médias relayent l’ « augmentation des cas », « la progression exponentielle de l’épidémie », sans aller vérifier par eux-mêmes les chiffres de France Santé publique, qui étaient très loin d’être alarmants cet été tandis que l’on imposait le port du masque en plein air, les restrictions d’accès aux plages, l’interdiction des loisirs de l’été… autant de mesures anachroniques, non étayées scientifiquement, et draconiennes alors qu’on était dans la période d’accalmie.

Pour rappel, au 27 août, il y avait en réanimation 381 patients testés positifs au Covid (sans que cela soit forcément la cause principale de leur séjour en réanimation). Il y en avait 376 au 16 août. Tout l’été, ce chiffre a oscillé sans dépasser 410.

De même d’après les médias, le nombre des contaminés augmente de façon « inquiétante » alors que forcément, plus on teste, plus on trouve de cas. Et quand on voit les files d’attentes pour se faire tester, composées de patients majoritairement asymptomatiques, on comprend que la peur a gagné la population et qu’elle embouteille les laboratoires.

Laisser planer la menace de reconfinement n’est pas responsable

« Le confinement général, mesure inédite dans notre histoire, a eu des conséquences individuelles, économiques et sociales parfois terribles qui sont loin de s’être encore toutes manifestées et d’avoir été toutes évaluées. Laisser planer la menace de son renouvellement n’est pas responsable. »

Avoir privé les grands-parents de visites de leurs petits-enfants au motif que ces derniers seraient devenus dangereux à fréquenter est en effet inepte : vivre plus longtemps, mais isolé de tout contact social ou familial, est-ce un sort si enviable ?

« Isoler les malades et protéger les personnes à risque ne veut pas dire les priver de tous droits et de toute vie sociale. Trop de personnes âgées sont décédées et se dégradent encore actuellement dans un abandon motivé par des motifs sanitaires non justifiés. Trop de familles souffrent de ne pouvoir leur apporter l’affection indispensable à leur bonheur et à leur santé. »

Suppression du conseil scientifique

« Nous appelons également le gouvernement à ne pas instrumentaliser la science. La science a pour condition sine qua non la transparence, le pluralisme, le débat contradictoire, la connaissance précise des données et l’absence de conflits d’intérêts.
Le Conseil scientifique du Covid-19 ne respectant pas l’ensemble de ces critères, il devrait être refondé ou supprimé. »

Or Jean-François Delfraissy, président de ce conseil scientifique, prend désormais la parole dans les médias (il était ces trois derniers jours sur Europe 1, sur LCI, sur RTL) pour développer des théories encore plus anxiogènes.

Ce conseil, laissé soigneusement dans l’ombre, et sur lequel le gouvernement pouvait se défausser au printemps pour éviter de porter la responsabilité de déplaire à la population, ce conseil peu transparent, accusé de conflits d’intérêt avec les laboratoires détenteurs de molécules jusqu’ici inefficaces mais auxquelles « on » espère trouver une application, sort maintenant de l’ombre en la personne de son président qui joue au « bad cop » annonciateur de l’Apocalypse, tandis que le « good cop » sortira grandi (pour de prochaines élections ?) en atténuant des mesures trop restrictives.

Ironie du sort, ces mêmes politiques et « scientifiques » dénonçaient la confusion des esprits créée à une époque par un certain professeur Raoult accusé d' »outrepasser » sa fonction en apparaissant dans les médias. Aujourd’hui, entre un Delfraissy qui assure que le pire est à venir, et un président qui temporise, on se demande bien si la confusion n’est pas justement l’objectif à atteindre.

Il s’agit donc dans cette tribune d’une réflexion que les Français devraient considérer comme véritablement salutaire : car à abandonner des libertés, des liens sociaux, familiaux par peur d’une épidémie qui n’a plus la forme qu’elle avait en mars, on marche les yeux fermés en oubliant que l’être humain est un animal social, et que les menaces permanentes (auxquelles, peut-être, on finira par s’habituer) nous tueront plus sûrement que le coronavirus.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.