Il y a 150 ans, le 4 septembre 1870, proclamation de la République

Proclamation_de_la_République BY Roi Boshi- CC-BY-SA-3.0 — Roi Boshi, CC-BY

Depuis 150 ans, excepté la « parenthèse » de Vichy, nous vivons en régime républicain. Le 4 septembre illustre combien le hasard peut devenir nécessité.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Le 4 septembre 1870, conséquence de Sedan, la république était proclamée au balcon de l’hôtel de ville de Paris. C’était la troisième fois et ce fut la bonne.

Il y a quelques années, on demandait à une éminence politique, qui avait eu en charge deux ministères importants, pourquoi il existait tant de rues du 4 septembre en France. Ce dignitaire républicain, malgré sa culture et son éducation, n’avait pas su répondre.

Le 4 septembre, une légende républicaine

Tout se perd, même la légende dorée républicaine. Pourtant, Charles de Gaulle, soucieux d’inscrire sa république dans la continuité des précédentes, avait choisi le 4 septembre 1958 et la place de la République pour présenter sa nouvelle constitution.

D’une certaine façon, la république n’a pas été fondée par la Révolution française. La première république, éphémère, avait laissé une image très négative dans une grande partie de la population : à la dictature terroriste devait succéder l’anarchie directoriale. La Seconde république, encore plus éphémère, s’était révélée décevante. Seule la Troisième république allait enraciner profondément le régime dans le pays.

Depuis 150 ans, excepté la « parenthèse » de Vichy, nous vivons en régime républicain. Le 4 septembre illustre combien le hasard peut devenir nécessité.

Je m’attends à voir proclamer la République

Nous avons de la peine à le réaliser en nos temps d’information en direct. Le 1er septembre 1870, le gouvernement français ignorait ce qui se passait dans les Ardennes. Au milieu de l’après-midi une dépêche du général Vinoy, qui évacue Mézières, se révèle inquiétante : Mac-Mahon blessé, les communications avec Sedan interrompues. Les bruits de défaite circulent déjà.

Le fidèle Mérimée, l’ami de l’Impératrice, écrit : « Je m’attends dans une semaine à voir proclamer la République, et dans une quinzaine de jours, à voir les Prussiens. » Le 2 septembre au soir, les Tuileries apprennent le désastre de Sedan. Le 3, la nouvelle se répand dans le pays. Au Corps Législatif, au cours d’une séance orageuse, Jules Favre affirme que le gouvernement a cessé d’exister.

En fin d’après-midi, recevant la dépêche de Napoléon III, Eugénie succombe à une crise de nerfs, hurlant : « Un Napoléon ne capitule pas ! Pourquoi ne s’est-il pas fait tuer ? Il n’a donc pas senti qu’il se déshonorait ? ». Les ministres désemparés sont incapables de prendre une décision.

Lors de la séance de nuit réclamée par les députés, le chef du gouvernement doit avouer la catastrophe. Jules Favre demande aussitôt la déchéance de la dynastie. A une exception près, nul ne proteste dans les rangs de la majorité. Plus personne n’est prêt à défendre le régime. Le pouvoir est à prendre. Les Républicains ne vont pas longtemps hésiter.

Les rituels républicains du 4 septembre

Le 4 septembre est un dimanche. La gauche a le goût des traditions et des rituels. Le rituel de prise de pouvoir républicain, depuis la Révolution française, compte trois moments.

Le premier est l’invasion de la salle des séances du Corps législatif par le « peuple ». Schneider tente en vain de lever la séance. Il doit se retirer sous les coups et les insultes.

Mais il n’est pas question de laisser la foule, c’est-à-dire derrière elle les jacobins et les socialistes, prendre les choses en main. Léon Gambetta, qui sait son rôle par cœur, monte aussitôt à la tribune pour y proclamer la déchéance de l’Empire.

Le second moment est la procession à l’Hôtel-de-ville dont le balcon a accueilli tant de proclamations et tant de serments. La « maison du peuple » est le lieu, sanctifié par la tradition, où se proclame la République. Jules Favre y entraine la foule.

Le général Trochu, ce gouverneur militaire envoyé par Napoléon III qui comptait sur sa fermeté, est récompensé de sa passivité. Il prend la tête du « Gouvernement de la Défense nationale ».

Son nom et ses galons doivent rassurer la province. La Terreur ne doit pas être à l’ordre du jour. Pour le reste, les députés républicains de Paris, qui se considèrent comme les seuls représentants du « peuple », s’attribuent les portefeuilles.

L’infortune des princes déchus

Le troisième temps prend pour cible le palais des Tuileries. Des cris de morts sont lancés par la foule. Le palais est indéfendable et n’a plus de défenseurs. L’impératrice erre dans les galeries désertes du Louvre. Elle s’enfuit par la petite porte à la recherche d’un refuge. Eugénie peut dès lors méditer sur les infortunes des princes déchus.

Elle se heurte partout à des portes closes. Tous ses amis, hier empressés, sont malencontreusement absents ce jour-là. Seul son dentiste américain, Evans, s’offre à aider l’infortunée Eugénie.

Aux portes de Paris, nul ne se préoccupe de vérifier l’identité des passagers de sa voiture. L’Américain la conduit à Deauville où elle peut s’embarquer sur le yacht d’un officier anglais. De là, elle va gagner l’Angleterre où l’attend déjà le prince impérial.

Le 4 septembre : une proclamation provisoire de la république, destinée à durer

Le 4 septembre 1870 s’inscrivait ainsi dans les « journées » qui avaient ponctué l’histoire politique française du XIXe siècle. Depuis 1814, on avait proclamé bien des régimes, signé bien des abdications, vu la défaite militaire ou l’émeute décider du sort des trônes. Six fois, en un peu plus d’un demi-siècle, le régime en place s’était évanoui sans grande résistance1.

Mais cette proclamation, provisoire à première vue, allait se révéler définitive. La chance des républicains était l’impossibilité d’une solution monarchique. L’histoire troublée de notre pays avait amené la division des partisans d’une couronne entre trois familles antagonistes. De surcroit, le sang des Bourbons souillait les mains des héritiers de Philippe-Égalité et de Napoléon.

Mais pour l’emporter définitivement, la République devait lever l’hypothèque révolutionnaire. République et Révolution restaient associés dans l’esprit public. La nouvelle génération républicaine, qui avait grandi sous l’Empire, rejetait le spectre du jacobinisme.

Pour le reste, les républicains allaient bénéficier de l’appui inattendu des conservateurs. Ceux-ci allaient tirer les marrons républicains du feu révolutionnaire. La guerre continuée allait déboucher sur la Commune, ultime sursaut de la Révolution française.

Mais cela est une autre histoire qui nous occupera un autre jour.

A lire :

  • Éric Anceau, Napoléon III, Texto 2008, 750 p.
  • Louis Girard, Napoléon III, Pluriel 1993 (1ère éd. Fayard 1986), 550 p.
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  1. Charles X a résisté trois jours en 1830, les républicains un peu dans Paris et surtout dans le Midi au lendemain du 2 décembre. En 1814, 1815, 1848 et 1870, la résistance est nulle.
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