La liberté par le marché, de Morris & Linda Tannehill

Il faut amener la majorité des gens à voir l’État pour ce qu’il est et à croire en la liberté.

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La liberté par le marché, de Morris & Linda Tannehill

Publié le 3 septembre 2020
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Par Francis Richard.

La liberté par le marché est paru il y a tout juste cinquante ans sous le titre The Market For Liberty. Le moins qu’on puisse dire est qu’il est toujours d’actualité : l’État était et demeure le problème de nos sociétés.

Ce livre n’est qu’un petit peu daté ici ou là parce qu’il a été publié avant certains événements tels que la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971 ou la chute du Mur en 1989 et qu’il n’en tient pas compte, et pour cause.

Le principe fondamental d’une société libre

Selon les auteurs de ce livre, la société vraiment libre, dont l’homme a besoin pour fonctionner avec le plus d’efficacité et de bonheur possible, repose sur un principe fondamental, la règle de base des relations humaines justes (toutes les autres règles en découlent: il n’est pas besoin de légiférer) :

Aucun homme ni groupe d’hommes (y compris tout groupe d’hommes se prétendant l’État) n’est moralement en droit d’initier l’usage de la force physique, la menace de force ou tout équivalent de la force (comme l’escroquerie) contre aucun autre homme ou groupe d’hommes.

Si un homme ou un groupe d’hommes initie la force contre un homme ou un groupe d’hommes, ceux-ci non seulement ont le droit, mais le devoir de se défendre :

Si un homme chérit vraiment ses valeurs, il a une obligation morale envers lui-même de les défendre.

La nature spécifique de l’homme

L’homme a une spécificité : Afin de survivre, [il] doit penser. Penser lui permet en effet, en utilisant son esprit, de produire et en utilisant sa faculté de raison, de distinguer le bien, ce qui est pro-vie, du mal, ce qui est anti-vie :

Mieux il pensera, mieux il vivra.

Pour réaliser son plein potentiel, la société dans laquelle il vit doit le laisser en paix : il doit y être libre de penser et d’agir selon ses idées… sans que personne d’autre ne tente de le forcer à vivre selon leurs normes :

Dès qu’un homme n’est pas libre de vivre paisiblement sa vie selon ses propres normes et de posséder pleinement ce qu’il gagne, il est esclave.

Le droit naturel

Tous les droits sont des aspects du droit à la vie et sont le produit de la nature de l’homme et de la réalité. Ils ne peuvent qu’être individuels, car le collectif n’a aucune existence hors des individus qui le composent.

Le droit à la vie se traduit par une interdiction morale, celle d’interférer dans la vie de quiconque tant que ses actions sont non-coercitives. Si ce n’est pas le cas, comme vu plus haut, il est légitime de se défendre.

Tout homme a un droit sur sa propre vie : il la possède – il est son propre propriétaire – comme il possède chaque partie de sa vie. C’est pourquoi les auteurs disent que les droits de propriété sont les droits de l’Homme.

Une société vraiment libre est une société de laissez-faire : cela signifie la liberté pour chaque individu de gérer ses propres affaires comme il l’entend… pas juste dans le domaine de l’économie, mais dans tous les aspects de sa vie.

Le marché libre et l’État

Le grand conflit entre liberté et esclavage, bien qu’il ait pris de nombreuses formes, trouve sa principale expression dans le conflit entre deux institutions humaines puissantes et opposées : le marché libre et l’État.

Qu’est-ce un marché libre, responsable de l’abondance, sinon un réseau d’échanges économiques volontaires ; il inclut tous les échanges volontaires n’impliquant pas l’usage de la coercition envers quiconque.

Si le marché est perturbé, son mécanisme d’autorégulation intégré ne fonctionne plus comme un système de signaux complexe, visible par tous et fiable, et ne permet plus d’accroître le bien-être humain.

Or, justement, l’État le perturbe avec la fiscalité et les dépenses, la réglementation et le contrôle de la monnaie et des banques, avec pour conséquences, comme le démontrent les auteurs, la pauvreté et le chômage.

L’État malfaisant

L’État est un monopole coercitif qui a assumé le pouvoir et certaines responsabilités pour chaque être humain dans une zone géographique qu’il prétend être la sienne.

Alors qu’un monopole de marché ne peut empêcher la concurrence en utilisant la force physique, un monopole coercitif peut l’interdire ou l’autoriser de façon limitée. C’est là une grande différence.

Le but d’une entreprise privée est de faire du profit, en donnant satisfaction à ses clients : le profit est le signal du succès pour tout homme d’affaires opérant sur un marché libre. Il offre aux gens les choses qu’ils veulent.

Le but d’un politicien ou d’un bureaucrate est d’augmenter sa sphère de contrôle sur la vie d’autrui : le pouvoir est pour lui le signal du succès. Il se comporte comme un parasite qui prive les gens des choses qu’ils veulent par la saisie forcée de leurs biens (la fiscalité) ou par la réglementation :

Pour faire simple, l’État est le règne de certains hommes sur d’autres par la force initiée, ce qui est l’esclavage, qui est mal.

Une société de laissez-faire

Les auteurs montrent dans le détail comment il serait logiquement possible de se passer d’État puisque celui-ci est malfaisant. Une société vraiment libre, une société de laissez-faire, serait une société où le marché libre remplacerait l’État.

Tous les domaines de la vie des individus pourraient être mis sur le marché libre et la sélection par eux-mêmes de ce qui est bien ou mal pour eux se ferait par la réputation, bonne ou mauvaise, qu’il s’agisse par exemple de l’éducation, de la médecine ou de la monnaie.

La propriété serait la solution à bien des problèmes, tels que la pollution ou la conservation des ressources naturelles : Une des différences les plus profondes d’une société de libre marché se verrait par le fait que tout ce qui a le potentiel d’être propriété serait possédé. Par exemple, il n’y aurait plus de propriété publique…

Les litiges seraient réglés par des agences d’arbitrage. La vie et les biens seraient protégés par des agences de protection. Les pertes causées à autrui, considérées comme des dettes, seraient remboursées par les agresseurs et les victimes seraient indemnisées autant qu’il est humainement possible etc.

Comment parvenir à la société de laissez-faire

Est ancrée dans la culture de la majorité des hommes d’aujourd’hui que l’État est juste et/ou nécessaire. D’abord, leurs dirigeants le leur ont toujours dit, ensuite il y en a toujours eu un, enfin la liberté leur fait peur : c’est la peur d’être jeté seul face à un monde effrayant, sans personne qui dise quoi faire.

Il faut leur dire au contraire qu’il n’est pas un mal nécessaire, mais un mal inutile:

L’État, ce sont quelques hommes gouvernant (régnant sur) les autres par la force. […] Quand certains hommes règnent sur d’autres, il existe une condition d’esclavage, et l’esclavage est un mal en toutes circonstances. Préconiser un État limité, c’est préconiser un esclavage limité.

Il faut amener la majorité des gens à voir l’État pour ce qu’il est et à croire en la liberté. Car cela les conduira à une désobéissance passive de masse à des lois déraisonnables :

Nous pouvons amener à une société de laissez-faire, mais seulement grâce au pouvoir formidable et invisible des idées. Les idées sont la puissance motrice du progrès humain, l’énergie qui façonne le monde.

 

Morris & Linda Tannehill, La liberté par le marché, Résurgence, 252 pages (traduit par Stéphane Geyres et Daivy Merlijs).

Sur le web

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  • Ce résumé est bien écrit, clair et concis.

    Pourtant il me laisse, comme d’autres écrits sur CP, un goût amer d’inaccessible utopie, et ça me fiche le blues…

    • Dans le même livre :

      « Une société de laissez-faire n’est pas une Utopie dans laquelle l’initiation de la violence est impossible. Il s’agit plutôt d’une société qui n’institutionnalise pas l’initiation de la force et dans laquelle il y a des moyens de traiter l’agression avec justice lorsqu’elle se produit. »

      Je suis convaincu que vous allez changer d’avis en lisant le livre.

    • Toutes les grandes idées ont d’abord été des utopies parce qu’elles n’avaient jamais été expérimentées nulle part avant. Par exemple, l’idée d’abolir l’esclavage formel fut longtemps une utopie. Aujourd’hui, officiement, plus personne ne défend ouvertement l’esclavage formel. L’utopie ne s’est pas complétement réalisée ( l’État étant par nature esclavagiste), mais l’idée que l’esclavage est inadmissible a progressée. Les idées justes possèdent une force de conviction fantastique. Encore faut-il qu’il y ait des gens pour les émettre et les diffuser.

  • Excellent résumé d’un livre fantastique qui décrit de manière convainquante non seulement pourquoi l’État est intrinsèquement destructeur (ce que d’autres ont fait) mais aussi comment une société sans État pourrait fonctionner. Un grand merci à Francis Richard pour ce signalement ainsi que pour l’excellente nouvelle de sa parution en Français (merci aux traducteurs).

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