PS : la gauche de l’ancien monde se réunit à Blois

Le « rendez-vous de la gauche d’après », tel est le mot d’ordre ambitieux du Parti socialiste réuni à Blois en université d’été depuis hier et cela jusqu’à dimanche.

Par Frédéric Mas.

Le « rendez-vous de la gauche d’après », tel est le mot d’ordre ambitieux du Parti socialiste réuni à Blois en université d’été depuis hier et cela jusqu’à dimanche.

Depuis l’élection présidentielle et la campagne catastrophique de Benoît Hamon, le statut du Parti socialiste sur le marché politique est passé de faiseur de roi à celui de groupuscule d’opposition.

Les barons du PS ont fui la formation qui autrefois était une rampe de lancement assurée pour les postes, les places d’élus et de permanents. Aujourd’hui, son premier secrétaire Olivier Faure cherche surtout à garder de la visibilité dans le débat public national, et prône un rapprochement avec les autres formations de la gauche d’opposition, en particulier EELV et LFI.

Un nouveau rapport de force

Le choc de l’élection présidentielle de 2017, qui s’est traduit par le triomphe d’Emmanuel Macron et la défaite lamentable de Benoît Hamon au premier tour a aussi inauguré un nouveau rapport de force. Le « bloc élitaire1 » rassemblé autour de l’actuel président de la République a absorbé en 2017 une partie non négligeable de l’électorat de François Hollande de 2012 et continue de séduire au centre-gauche.

Dans son hold-up centriste, Macron a réussi à rassembler autour de lui le centre-droit juppéiste et le centre-gauche rocardien, laissant les anciennes formations dominantes profondément fracturées.

L’ouverture obligatoire

L’université du PS est une université d’ouverture car elle ne peut pas faire autrement. Siphonnée par LREM, ce qui reste de la formation sociale-démocrate porte désormais un programme qui se confond allégrement avec la formation de gauche qui monte, EELV, et lorgne aussi du côté de la LFI, espérant hériter de quelques miettes de radicalité.

Les deux formations concurrentes sont d’ailleurs invitées à réfléchir au meilleur moyen de s’unir, sans doute pour sortir de la tenaille « bloc élitaire-populisme » qui les marginalise et se substitue plus ou moins à l’ancien clivage droite-gauche. Cette fois-ci, le PS n’est plus la formation dominante, et ne risque plus d’absorber ses alliés comme il l’avait fait pour le PS et les écologistes d’avant l’ère Jadot.

Une gauche vers la radicalité groupusculaire ?

Le tableau général de la gauche d’aujourd’hui est assez désespérant. Minée par les dérives identitaires, tentée par l’autoritarisme au nom de l’écologie et par le collectivisme le plus délirant, son centre risque de se déplacer peu à peu vers la radicalité groupusculaire.

Comme pour la droite parlementaire, la disparition de son aile modérée a ouvert la voie à toutes les tentations gauchistes, éloignant durablement la formation du pouvoir. La perspective d’un Tony Blair français est en train de s’éloigner définitivement.

  1. Jérôme Sainte-Marie, Bloc contre bloc. La dynamique du Macronisme, Paris, Cerf, 2019.
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