Relance : un grand plan flou

Photo by Dawid Zawiła on Unsplash — Dawid Zawiła,

On ne comprend pas comment le gouvernement peut annoncer un tel plan de relance tout en laissant ses autorités déconcentrées mener des politiques contraires à l’intérêt des secteurs visés.

Par Jonathan Frickert.

À moins d’une semaine de la rentrée scolaire, parents comme personnels enseignants sont de plus en plus nombreux à faire part de leur inquiétude, loin d’être rassurés par les préconisations gouvernementales aussi frivoles qu’alarmantes.

Une incompréhension qui rejoint les mesures prises depuis mercredi avec la fermeture des bars et restaurants à compter de 23 heures dans la cité phocéenne.

L’enseignement et la restauration ne sont pas les seuls secteurs concernés. Ce mercredi, Jean Castex était justement là pour rassurer. Ce matin-là, dans les studios de France Inter, il n’a cependant pas rassuré grand monde. En effet, essentiellement présent pour annoncer l’annonce de son plan de relance – un comble – le Premier ministre a esquissé plusieurs pistes permettant de faire repartir une économie au bord de la récession.

C’était sans compter sur le nombre d’arrêtés préfectoraux imposant des fermetures et des restrictions de circulation. Des mesures laissant l’étrange, mais habituelle impression d’inconstance de notre appareil d’État.

Plan de relance : une inconstance visible

L’annonce du plan de relance était initialement prévue ce mardi, il faudra pourtant attendre encore une petite dizaine de jours. Un retard qui n’empêche pas le Premier ministre d’évoquer les grandes lignes du plan et notamment de revenir sur plusieurs questions.

En premier lieu, on pensait les masques destinés à protéger autrui, il semblerait qu’il n’en soit finalement plus rien. Refusant leur gratuité générale, Jean Castex a évoqué une exception pour les personnes vulnérables. Compte tenu du discours présenté depuis plusieurs semaines autour du port du masque permettant d’éviter de contaminer autrui et non de se protéger, on est loin de comprendre complètement la démarche.

Les implications de cette mesure sont particulièrement affligeantes quand on se souvient des tergiversations gouvernementales autour de l’intérêt du masque.

Le secteur culturel est également particulièrement touché. Si la crise sanitaire a permis de renforcer la position de la SVOD et autres services de streaming, les exploitants de salles de cinéma comme de spectacle en général attendent beaucoup des annonces d’un gouvernement qui n’a pourtant pas su freiner l’épidémie sans freiner l’économie.

Le Premier ministre a ainsi annoncé que l’État compenserait le déséquilibre dû à la pandémie, mais a également invité les Français à se rendre au cinéma et au théâtre, car, dit-il, « vous ne risquez rien ».

Un exercice de modulation permanent

Ainsi, Jean Castex a évoqué sa fameuse jauge sanitaire, définissant le nombre maximal de personnes dans une même salle. Une jauge modulable dans le temps, mais semble-t-il également dans l’espace, puisque plusieurs prestataires ont pu bénéficier de facilités, à la manière du Puy-du-Fou et le Stade de France. Des facilités justifiées par la situation sanitaire.

Si on comprend bien l’impératif d’agir au cas par cas, c’est bien l’inconstance du gouvernement qui préoccupe.

En la matière, outre les recommandations capricieuses, les autorités arrivent dans le même temps à mettre en place des restrictions à l’activité de tous les jours tout en arrosant plusieurs secteurs d’argent public. De quoi renforcer l’illisibilité pour le quidam.

Une autorité, deux politiques

Pour bien situer le problème, il faut revenir sur l’organisation des services de l’État. En effet, s’il existe des autorités décentralisées, telles que les régions ou les départements, il existe également des autorités déconcentrées, c’est-à-dire dépendant directement de l’État et du ministère de l’Intérieur en particulier et dont le fonctionnement a été décrit en son temps par Odilon Barrot, premier président du Conseil de Louis-Napoléon Bonaparte, par une formule particulièrement parlante : « c’est toujours le même marteau qui frappe ; seulement on a raccourci le manche ».

Dans cette dernière catégorie se trouvent essentiellement les préfets, mais également les maires, qui ont la spécificité d’être à la fois des autorités décentralisées et déconcentrées, au nom de ce qu’on nomme pompeusement le dédoublement de la fonction mayorale.

Les préfets n’ont pas de personnalité morale propre. Ils sont dépositaires de l’autorité de l’État.

Nous sommes donc ici sur des adaptations locales de mesures nationales. Or, c’est bien l’adéquation de ces accommodements locaux avec un plan de relance qui se veut nationale qui pose question.

Plan de relance et messages contradictoires

C’est donc bel et bien le même gouvernement qui établit d’un côté un plan de relance ambitieux et de l’autre laisse ses autorités déconcentrées prendre des mesures de plus en plus nombreuses de restrictions dans les secteurs que l’État est censé aider.

On comprend bien le caractère inédit d’une telle crise. On comprend bien qu’une situation de cette nature peut rapidement évoluer et impose à la marge de changer de braquet. On comprend moins bien comment le gouvernement peut annoncer un tel plan de relance tout en laissant ses autorités déconcentrées mener des politiques contraires à l’intérêt des secteurs visés.

Une nouvelle fois, aux mesures de sécurisation s’est substitué un besoin de restrictions difficilement justifiables alors que le pays s’apprête à être frappé de plein fouet par une profonde crise économique.

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