Stocks de masques : la comédie politicienne continue

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La crise sanitaire est derrière nous, et celle économique devant. Bien entendu, le gouvernement se prépare à la première en aggravant la seconde.

Par Frédéric Mas.

La secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher a indiqué ce mercredi que les entreprises devront prévoir un stock de 10 semaines de masques en prévision d’une éventuelle seconde vague du coronavirus, en précisant au passage que « nous avons désormais des producteurs français ».

L’État s’est révélé totalement incapable de gérer son propre stock, mais s’estime tout de même compétent pour dicter aux entreprises ce qu’elles doivent faire en la matière, après bien entendu avoir plus ou moins interdit la vente de masques aux particuliers au moment où nous en avions le plus besoin.

L’intention du gouvernement n’est d’ailleurs qu’accessoirement sanitaire. Elle vise surtout à maintenir à bout de bras une production de masques nationaux qui n’a plus aucune raison d’être la crise passée.

L’État gère les stocks de masques

L’Assemblée nationale a auditionné cette semaine Agnès Buzyn et Marisol Touraine pour avoir le fin mot de l’histoire sur la disparition du stock de masques stratégique de l’État à la veille de la crise sanitaire. Les réponses sont confuses ou évasives. Elles décrivent toutes une administration en roue libre, en réorganisation permanente, sans doctrine sanitaire précise, dans laquelle les responsabilités sont suffisamment diluées pour ne pas avoir à assumer quoi que ce soit. Loin du milliard de masques stocké en 2009, les citoyens ont dû lors de la crise se contenter de ceux fabriqués en urgence, avec les moyens du bord, par les bénévoles puis les PME.

Au moment où la population en a eu le plus besoin, alors que la communication gouvernementale expliquait que les masques n’étaient pas indispensables, l’État réquisitionne les stocks qu’il n’a pas pu conserver pour les distribuer au personnel soignant prioritaire. Cela entraîne la pénurie et l’assèchement des commandes, sur fond d’interdiction de vente de masques aux particuliers.

L’empilement de décisions administratives, avec sa clarté proverbiale, désorganise la production au pire moment. C’est la société civile qui sauve la mise de l’État, les bénévoles qui se mobilisent, les entreprises qui réorganisent pour l’occasion leur production pour soutenir l’effort collectif.

Tout ça est oublié aujourd’hui, et tout le monde réclame davantage de socialisme. L’expérience n’a visiblement pas été suffisamment claire.

Maintenant, aux entreprises de gérer les stocks

La crise sanitaire est derrière nous, la crise économique devant. Bien entendu, le gouvernement se prépare à la première en aggravant la seconde. Il faut désormais faire peser le coût de la sécurité sanitaire sur des entreprises qui sont en train de lutter pour leur survie, et cela en imitant les excellentes méthodes étatiques sur la question, méthodes qui ont fait leurs preuves ces derniers mois.

L’ambition du gouvernement est cependant assez transparente politiquement : il s’agit de soutenir la filière française du textile, qui avec la crise s’est lancée dans la production de masques, et qui aujourd’hui se retrouve avec des millions d’invendus avec sa disparition.

Il s’agirait donc de soutenir avec l’argent public et la réglementation des filières entières qui ne répondent à plus aucune demande pour maintenir une industrie nationale et des emplois et cela au détriment d’entreprises qui, elles, sont encore rentables pour peu que l’État les laisse un peu tranquilles.

Plutôt que de pétrifier la production nationale au nom du sacro-saint principe de précaution, il serait temps de retenir la véritable leçon donnée par la gestion bureaucratique de la crise sanitaire : laissez faire les entreprises, laissez faire les citoyens.

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