Républicains et Démocrates : les convergences dont on ne parle jamais

Republican Elephant and Democratic donkey by DonkeyHotey(CC BY 2.0) — DonkeyHotey, CC-BY

Les divergences claironnées et réelles entre Républicains et Démocrates sont aussi nettes que leurs convergences inavouées. Qui l’eût cru ?

 Par Drieu Godefridi.

En dépit des passions, un exercice intellectuellement intéressant consiste à comparer deux candidats et programmes sur le fond. Se forcer à prendre de la distance face aux news pour observer les programmes et axiomes ; les convergences qui sont tues par-delà le fracas des divergences revendiquées.

Prenons le cas de la prochaine élection présidentielle américaine, qui se jouera selon toute vraisemblance entre MM. Donald J. Trump et Joe Robinette Biden (c’est son nom).

Les deux candidats sont favorables au capitalisme. Certes, l’influence du communiste Bernie Sanders sur le programme démocrate n’est pas mince ; mais la plate-forme  sur laquelle s’appuie M. Biden ne questionne en aucune façon le caractère foncièrement capitaliste de l’économie américaine.

De ce point de vue, les Démocrates ne sont pas moins capitalistes que les Républicains — même s’ils se gardent bien de le claironner à tous les coins de rue, car cela pourrait susciter des malentendus avec la frange marxiste de leur électorat.

Capitalistes, les deux candidats le sont. Ils sont en outre favorables à la même version monstrueuse du capitalisme, consistant à distribuer de l’argent public à tout-va sous mille prétextes : les dépenses publiques fédérales américaines explosent, la dette fédérale de même, puisant dans les forces vives des générations à venir — qui offrent l’avantage de ne jamais se plaindre, ni voter — sur une échelle sans précédent.

De ce point de vue, le capitalisme républicain est désormais identique — quoi qu’en disent les Républicains qui ne jurent que par la réduction des dépenses publiques ! — au capitalisme démocrate.

L’économie étant au fondement de toutes choses — nous devons boire et manger avant de songer à ouvrir un livre, ou nous pâmer devant une œuvre d’art — sur l’essentiel, il n’existe virtuellement aucune différence entre Républicains et Démocrates. La seule variable est de savoir qui régale, quels sont les contribuables les mieux vampirisés par l’omnivore étatique, et qui se régale : quels sont les citoyens qui bénéficieront des miettes de Pantagruel.

Le marxisme de certains Démocrates est aussi risible que le libéralisme tempéré des Républicains. En actes, sur ces sujets, leur convergence est totale : l’Obèse État régale sans limite, la trame économique reste capitaliste en diable, créant une contradiction qui devra se résorber, dans un sens ou l’autre.

La divergence entre candidats s’accuse dans le domaine de la politique étrangère. Sous l’influence de Trump et d’intellectuels visionnaires tels Stephen Bannon, les Républicains définissent la Chine comme grand rival stratégique, sinon l’ennemi, des États-Unis au XXIe siècle ; quant à eux, les Démocrates restent rivés à une vision héritée de la Guerre froide qui institue la Russie en rival n°1.

Ces questions ne sont pas secondaires, moins encore de détail ; elles sculptent la face du monde pour le siècle à venir. Un binôme États-Unis—Russie face à la Chine enfanterait un autre monde que celui dans lequel Russie et Chine feraient un partenariat stratégique face à l’Occident (ie, l’Amérique + le Green Reich européen, lâche et pusillanime).

Les Républicains sont désormais non pas isolationnistes — contrairement à ce que soutient bêtement une certaine presse française — mais partisans d’un interventionnisme moins forcené que les Démocrates. L’administration Trump n’a pas hésité à mettre fin ou réduire l’engagement des troupes américaines sur plusieurs théâtres d’opération — Syrie, Afghanistan — et rappeler à l’ordre les membres ouest-européens de l’Alliance en fraude de leurs engagements financiers.

L’Allemagne, qui méconnaît fièrement son obligation financière à l’égard de l’OTAN et qui dans le même temps achète l’énergie de la Russie, adversaire nominal de l’Alliance, vient d’être sanctionnée par le départ du quartier-général des forces américaines en Europe, de Stuttgart vers Mons, en Belgique.

Il ne faut pas mésestimer la portée structurante de ce type d’évolution. L’Amérique républicaine est un allié comme Israël n’en a jamais eu ; l’Amérique démocrate est désormais une menace pour la seule démocratie constitutionnelle du Proche-Orient. On pourrait multiplier les exemples, tant il est vrai que Démocrates et Républicains n’ont pas la même vision du monde.

La divergence entre les camps républicain et démocrate s’accuse davantage encore sur les questions dites culturelles, tels l’avortement, l’action « affirmative » — politique au fondement racial que favorisent les Démocrates — la liberté d’expression ou le droit de détenir des armes.

Les Démocrates considèrent toute différence de résultats entre races — économique, criminelle — comme la preuve définitive d’une injustice voire du racisme systémique, odieux concept non réfutable par excellence , et préconisent par conséquent des politiques raciales dans tous les compartiments de l’activité humaine. Inégalité réelle = injustice.

Ce néo-racisme revendiqué, odieux à la Constitution des États-Unis, est désormais l’un des marqueurs de la gauche démocrate.

Leur radicalisation a éloigné sur ces questions les Démocrates du prescrit constitutionnel des États-Unis, tandis que les Républicains énergiquement s’y rivent.

Les divergences claironnées et réelles entre Républicains et Démocrates sont aussi nettes que leurs convergences inavouées. Qui l’eût cru, qui le dit ?

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.