Comprendre les origines des délocalisations

taxes by GotCredit (CC BY 2.0)

La baisse prévue des impôts de production est une bonne nouvelle pour enrayer les mécanismes de la délocalisation.

Par Xavier Fontanet.

Les dernières déclarations du ministre des Finances sur la baisse prévue des impôts de production sont une bonne nouvelle. Nous allons dans la bonne direction. Mais pour juger si l’effort fiscal suffit, il faut bien comprendre les origines des délocalisations.

Il y a une première phase dans laquelle on a vu des pans entiers d’industries partir en Asie ou en Inde. L’exemple typique est le textile où les technologies de production ont été mises à disposition du monde entier par des fabricants occidentaux de machines, suisses en l’occurrence.

Des machines et des procédés de production

Ils vendaient non seulement les machines, mais aussi les procédés de production. Quand les salaires vont de un à 70 comme c’était le cas entre l’Europe et des pays comme le Bangladesh, un producteur européen ne peut pas survivre face à un tel décalage.

Il faut aussi être conscients que ce sont les clients qui ont délocalisé en achetant moins cher les produits étrangers, au départ de moindre qualité. Si on a cru, ou voulu faire croire, que l’entreprise délocalisait par rapacité c’était un manque préoccupant de culture économique ; ou un dogmatisme doublé d’une bonne dose de mauvaise foi .

Il ne faut pas se faire trop d’illusion et trop attendre de relocalisations dans ce type de métier.

Dans une deuxième phase la délocalisation s’est opérée entre pays occidentaux. La raison n’était pas les différences de salaires mais les écarts d’impôts, donc du poids de la sphère publique dans l’économie. C’est à ce type de délocalisation que la décision récente de baisser les impôts de production s’adresse, et là existent des possibilités réelles de relocalisation.

Il faut être bien comprendre que si deux entreprises ont le même prix de revient, hors charges et hors taxes, mais sont situées dans des pays où les sphères publiques occupent pour le même périmètre des parts différentes dans le PIB, les prix de revient complets peuvent considérablement différer !

Des chiffres considérables

Concrètement, prenons le cas de la France (une sphère publique de 57 % du PIB) et de l’Allemagne (44 % de sphère publique) ; le prix de revient complet de l’entreprise allemande sera 23 % cher moins cher. (Le rapport des prix de revient est le ratio inverse des parts des sphères privées dans l’économie 56/43). Pour mettre les deux concurrents à égalité il faut économiser de notre côté.

57-44 = 13 % du PIB. Ce sont environ 300 milliards d’euros, soit en d’autres termes quinze fois la somme évoquée en introduction. Ajoutons que le régime que doit maintenant s’appliquer notre pays ne concerne pas uniquement les coûts mais aussi viser les règlementations : à même coût de sphère publique, un pays dans lequel les règles sont trop contraignantes verra, dans le monde ouvert ou nous sommes, également les entreprises délocaliser.

Ces chiffres sont considérables mais une rapide analyse montre qu’une fois la crise passée, la moitié du chemin peut être parcourue rapidement avec un départ à la retraite à 67/68 ans comme chez nos voisins du nord et une réforme des conditions de rémunération du chômage assurant que tous les emplois en attente soient effectivement pourvus.

Bravo pour ce premier pas, mais profitons de cette occasion pour faire comprendre que dans un monde concurrentiel la mondialisation concerne bien sûr la sphère privée mais tout autant les sphères publique et sociale.

 

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