La Révolution française à l’écran

Un tour d’horizon sur les différentes adaptations de la Révolution française sur grand et petit écran.

Par Gérard-Michel Thermeau.

La Révolution française a inspiré nombre de fictions françaises et étrangères. En ce 14 juillet, pour le 231e anniversaire de la Révolution française, voici un rapide tour d’horizon décliné en une dizaine d’œuvres.

Au cinéma comme à la télévision, tout sujet historique est traité par le biais d’une identification à un ou des personnages, soit des grandes figures (Marie-Antoinette ou Danton), soit des personnages fictifs côtoyant les précédents. La Révolution ne fait pas, bien sûr, exception à cette règle.

La Révolution vue d’Hollywood

La vision hollywoodienne suit un schéma immuable tiré tout droit du Conte de deux Villes de Dickens. La Révolution est provoquée par une aristocratie méprisante vivant dans un luxe insensé tandis que le peuple affamé croupit dans la misère. La persistance de cette vision se retrouve jusque dans un film d’animation récent, M. Peabody & Sherman de Rob Minkoff (2014).

La colère du peuple paraît ainsi justifiée mais les excès de la violence révolutionnaire sont présentés de façon très négative. Les Américains portent donc un regard également sévère sur la société aristocratique qui froisse leurs sentiments démocratiques et sur la Terreur qui est l’antithèse de leur idéal politique. Les deux « tyrannies », Ancien Régime et Terreur, sont renvoyées dos à dos.

La Révolution en quelques plans

Ainsi dans la fameuse adaptation du roman de Dickens en 1937, Basil Rathbone campe un sinistre aristocrate dont le carrosse écrase un enfant et qui ne s’inquiète que de ses chevaux : que faisait donc cet enfant du peuple sur son chemin ? dit-il d’un ton irrité avant de reprendre sa route. Plus tard, les redoutables « tricoteuses » aux trognes patibulaires se réjouissent de voir tomber les têtes des « aristos » sous les coups du « rasoir national ».

Le déclenchement de la Révolution est montré en quelques plans. Le peuple mourant de faim assiste au repas des chiens de chasse d’un grand aristocrate auxquels on distribue de grands morceaux de viande. Forçant les grilles, les malheureux disputent aux chiens leur pitance.

Les hussards interviennent et piétinent des femmes. « Pourquoi endurer ça ? » clame une femme. Les « Pourquoi » se multiplient en surimpression et le « Faubourg Saint-Antoine » se dresse pour marcher à la Bastille. Remarquons d’ailleurs le rôle déterminant joué par les femmes dans toute cette histoire bien avant les préoccupations féministes actuelles.

Une vision de la Révolution persistante

Le somptueux Marie-Antoinette de Van Dyke (1938), dont on regrette qu’il ait été réalisé en noir et blanc et non en technicolor comme il était prévu à l’origine, est dans la même lignée. Traitant avec désinvolture les événements historiques, peu familiers de toute façon au public américain, il réduit la Révolution à quelques clichés frappants.

Orchestré par le perfide duc d’Orléans, l’affaire du Collier précipite le peuple dans la rue au son du Ça Ira. Mirabeau et sa formule à baïonnettes, Danton et Robespierre, qui réclame la tête de Louis Capet, font chacun un petit tour.

Les journées d’octobre 1789 sont fusionnées avec la journée du 21 juin 1793 en un tout donnant un résumé accéléré mais très dramatique de l’emballement révolutionnaire. Un sans-culotte gifle la reine qui menaçait de le faire fouetter : c’est un bon résumé de l’esprit de cette adaptation.

La Révolution en mélo ou en thriller

L’affrontement Danton-Robespierre trouve avec D. W. Griffith dans Les Deux Orphelines (Orphans of the Storm, 1921) une illustration parfaite du style de ce cinéaste. Profondément manichéen, le réalisateur traite dans ce mélodrame le matériau qui lui convenait : au brave Danton, « Lincoln » (sic) de la Révolution, s’oppose le cauteleux Robespierre.

Le Bien triomphe (au moins provisoirement) des forces du Mal et au terme d’une chevauchée effrénée, le fougueux révolutionnaire sauve de la guillotine l’innocente condamnée, la délicieuse Lilian Gish. Nobles dépravés et  sans-culottes débraillés illustrent, là aussi, les deux faces dickensiennes de la Révolution.

Plus intéressant, peut-être, est un curieux film d’Anthony Mann, dans la première partie de sa carrière où il faisait ses armes dans la série B. Black Book également titré Reign of Terror (1949) transforme un sujet historique en thriller haletant plongé dans une ambiance oppressante de film noir.

Un agent de La Fayette gagne la confiance de Robespierre, l’excellent Richard Basehart, pour l’empêcher de mettre en place une dictature personnelle. Vêtu de noir, froid et orgueilleux, le dictateur en puissance livre ses amis à la guillotine sans sourciller mais donne à manger aux pigeons. Il résume ainsi l’esprit de la Terreur : « contester le Comité de Salut public c’est trahir le peuple ».

Mais la chute de Robespierre n’éloigne que provisoirement la dictature personnelle : un certain officier corse montre le bout de son bicorne à la fin du film. « Napoléon Bonaparte, je tâcherais de m’en souvenir » lui dit Fouché. Ah, le sens de l’humour des Américains.

Évidemment, on peut voir dans cette production un film anticommuniste de la guerre froide. Mais les communistes n’étaient-ils pas les premiers à proclamer dans la Révolution française une préfiguration de la Révolution bolchevique ?

La Révolution chez Hugo et Dumas

Le cinéma muet français met en scène la Révolution dans de nombreux films. Albert Capellani, le grand cinéaste de la maison Pathé, spécialiste des grandes adaptations littéraires, s’attelle ainsi à un 93 d’après Victor Hugo après son Chevalier de Maison Rouge (1914) inspiré de Dumas.

Si 93, portrait trop cru de la guerre civile, n’a plus guère inspiré les écrans, le Chevalier de Maison Rouge devait connaître une excellente adaptation à la télévision française (Claude Barma, 1963). Le beau Michel Le Royer campait avec panache le révolutionnaire idéaliste Lindet tandis que Jean Desailly exprimait toute la mélancolie tragique du personnage de Maison-Rouge.

Dans cette vision consensuelle, les deux nobles adversaires, le républicain et le royaliste, faisaient assaut d’esprit chevaleresque. La dimension négative de la Révolution se concentrait ainsi sur la figure répulsive de l’abominable savetier sans-culotte, campé avec beaucoup de verve par Georges Géret, rudoyant le petit Louis XVII .

Un souci d’équilibre

La Révolution tient aussi une grande place dans le Napoléon d’Abel Gance (1927) où Antonin Artaud campe un Marat démentiel, Van Daële un Robespierre glacial et sentencieux et où le réalisateur se réserve le rôle de Saint-Just, ce qui indique assez ses préférences.

Nourri d’esprit hugolien, il en donne un équivalent visuel avec la tempête en images qui agite la Convention et une « trinité » Marat-Danton-Robespierre visiblement inspirée de 93. Mais cette Révolution, qui bouleverse l’ordre ancien, est en attente d’un Sauveur, un certain général corse.

La Révolution française a été aussi une guerre civile. Les cinéastes ou téléastes français sont donc souvent soucieux de maintenir un certain équilibre. La Révolution est vue comme bonne et nécessaire mais certains de ses aspects négatifs ne sont pas cachés.

Les royalistes, par leur dévouement pour une cause désespérée, Marie-Antoinette, par son sort tragique, méritent le respect du aux vaincus. Et d’une certaine façon c’est cette approche qui va dominer même dans un film « militant » comme La Marseillaise de Jean Renoir.

La Révolution selon Jean Renoir

Financé par souscription populaire sous l’égide de la CGT, La Marseillaise aurait du être le grand film d’esprit Front populaire qu’exigeait l’esprit du temps. Mais en dépit de son engagement communiste, Jean Renoir n’a guère été un cinéaste dans la ligne du parti. Si l’on excepte La Vie est à nous, film de propagande lourdingue (mais qui plait toujours aux zélotes de la « justice sociale ») et le pesant Crime de M. Lange, il filme avant tout des individus dont chacun a ses raisons.

Est-il beaucoup de films présentant de façon aussi sympathique des personnages aristocratiques que La Grande Illusion ? Et ne parlons pas du grand bourgeois généreux campé par Dalio dans La Règle du Jeu. Or La Marseillaise allait davantage pencher du côté Grande Illusion que du côté Crime de M. Lange. De fait ce n’est pas plus un film militant que La Grande Illusion n’est un film pacifiste.

La Marseillaise film Front populaire ?

Rien que les idées de distribution jouent des tours au projet initial. Andrex, qui campe le « héros » marseillais, le fils de la Révolution, jouait ordinairement des gouapes et des mauvais garçons. On comprend bien les bonnes intentions de Renoir : pour une fois, on va lui donner un rôle sympathique. Mais bon, la sympathie cela ne se commande pas et Andrex manque du charisme nécessaire.

Inversement, Aimé Clariond, avec son éclat habituel, donne du relief à un royaliste fidèle à son devoir qui rejoint les émigrés à Coblence. Et puis, surtout, Jean Renoir attribue le rôle de Louis XVI à son propre frère, l’acteur Pierre Renoir. Ce dernier campe un monarque dépassé par les événements mais avec lequel le spectateur est en empathie. Voilà qui est fâcheux dans un film engagé.

Louis XVI, préoccupé par sa perruque de travers, goûte avec ravissement des tomates. Abandonnant les Tuileries, il s’étonne de voir tant de feuilles mortes dans l’allée : « elles tombent de bonne heure cette année ». Un des moments les plus émouvants du film se situe au 10 août : le roi sort de ses appartements et ses partisans s’agenouillent et chantent « O Richard, ô mon Roi » de Grétry. Pour le grand film « Front Populaire » on repassera. La droite de l’époque avait bien tort de s’indigner.

Danton selon Wajda

Avec Danton (1983), nous trouvons la vision d’un grand cinéaste, Andrzej Wajda, portée par deux excellents acteurs : Gérard Depardieu et Wojciech Pszoniak. On a beaucoup reproché au cinéaste polonais de projeter sur la Révolution une vision « anachronique » nourrie par la critique du régime communiste accablant son pays. Ce reproche n’a guère d’intérêt : tous les films sur la Révolution sont les témoins de leur époque de réalisation et des préoccupations des réalisateurs, ou des producteurs.

La notice Wikipédia à la recherche des anachronismes ou « erreurs historiques » du film est assez drôle de ce point de vue là dans le genre cuistrerie débile : on chipote pour savoir qui a signé en premier l’acte d’arrestation de Danton (point fondamental, on le comprendra) ou bien on assure que le « rationnement et le pain manquant » vise la Pologne communiste mais pas la France du printemps 1794 qui, sans doute, devait nager dans l’opulence.

Le prétendu parallèle Walesa-Danton et Jaruzelski-Robespierre ne frappe pas vraiment à la vision : ni la première fois que je l’ai vu en salle, ni en le revoyant dernièrement, je n’ai songé un seul moment à la Pologne. En dehors des verres fumés, le général dictateur et l’homme du Comité de Salut public n’ont pas grand-chose en commun.

Le cinéma est dantoniste et non robespierriste

Le film illustre surtout le « dantonisme » qui a marqué le cinéma de par sa nature même. Personnage excessif, fort en gueule, jouisseur, ayant connu la popularité avant de connaître un sort tragique, la figure de Danton possède une force dramatique dont est dépourvu son antagoniste Robespierre.

L’Incorruptible comme son nom l’indique est un être qui manque d’incarnation charnelle : c’est l’idéologue pur ne vivant que par et pour la Révolution, indifférent aux êtres humains et à leurs souffrances. La scène où les deux hommes, le démagogue sanguin et le trop impeccable serviteur de la Révolution, se retrouvent face à face dans un cabinet particulier résume tout ce qui les sépare.

Une séquence très forte marque les esprits : un enfant obligé de réciter par cœur la Déclaration des droits de l’Homme se fait taper sur les doigts à chaque faute qu’il commet. Le film offre ainsi une vision très sombre, et surtout pessimiste, de la Révolution qui a fortement déplu à ses commanditaires, les dignitaires socialistes de la République française, François Mitterrand en premier lieu.

Il est vrai que la gauche française ne comprenait absolument pas ce qui se passait en Pologne à ce moment là : le « peuple » s’y opposait à un régime de gauche.

La Révolution deux cents ans plus tard

Le film du Bicentenaire, titré simplement La Révolution française, se décline en deux parties. Les Années Lumière ont été confiées à Robert Enrico, Les Années Terribles à l’Américain Richard T. Heffron. Cette division entre la part lumineuse et la part sombre de la Révolution renvoie à une conception sur un « dérapage » qui opposerait ainsi 1789 et 1793. La révolution aurait mal tourné, disent les uns, ce tournant serait du aux « circonstances » assurent les autres. La partie « Lumières » n’est cependant pas dénuée d’ombres à l’image du massacre du Champ-de-Mars.

Soucieux d’une approche équilibrée, le scénario s’efforce de donner sa « chance » aux divers protagonistes, de mettre l’accent aussi bien sur les moments lumineux que sur les moments tragiques de la Révolution. Production internationale, la distribution compte divers acteurs étrangers doublés, notamment Jane Seymour, Klaus Maria Brandauer et Sam Neil.

Bicentenaire et célébration pédagogique

Ce film du bicentenaire a été la providence des professeurs d’Histoire-Géographie traitant la Révolution avec leurs élèves. Ce livre d’images ne peut donc guère prétendre au statut de grand film. C’est une mine d’extraits très pédagogiques. Le comble est atteint avec la récitation de la Déclaration des Droits de l’Homme illustrée d’images édifiantes. Il a du moins le mérite de couvrir toute la Révolution de la convocation des États Généraux à la chute de Robespierre dont l’exécution « glace » le processus révolutionnaire.

Au rebours de Tale of Two Cities, la reconstitution de la « prise » de la Bastille démonte très soigneusement le mécanisme d’une « journée » révolutionnaire, avec ses militants qui lancent des « slogans » poussant à la radicalisation, loin de l’image de mouvement « spontané » qu’offre si souvent le cinéma.

La figure de Robespierre

Quelques figures sont privilégiées : non seulement les habituels rois (excellent Jean-François Balmer) et reine, Danton et Robespierre mais aussi Mirabeau (excellent Peter Ustinov), La Fayette, Camille et Lucie Desmoulins et les membres du Comité de Salut Public. La conception en est « parisienne » : la Révolution en province est totalement absente, notamment la guerre civile, le fédéralisme et la Vendée.

Andrej Seweryn campe sans doute le plus convaincant des Robespierre de l’écran. Disons-le, la majorité des représentations cinématographiques de l’Incorruptible sont négatives. En dépit des efforts des historiens néo-jacobins pour réhabiliter leur triste héros, dans l’esprit du public, Robespierre reste synonyme de Terreur. Le fait qu’il ait servi de « bouc émissaire » commode aux Thermidoriens ne le dédouane en rien. Ce bouc émissaire là était loin d’être un agneau innocent.

Or le film du Bicentenaire offre un portrait nuancé du personnage. Ce n’est ni le sinistre personnage des films américains ni la figure idéalisée de quelques rares productions françaises (La Terreur et la vertu ; Un Peuple et son roi). Nous le voyons, par exemple, hésitant, entraîné malgré lui, poussé par l’intransigeance juvénile d’un Saint-Just, à demander la tête de Danton. Son exécution à la fin du film se déroule au ralenti avec l’image d’une foule en liesse qui célèbre la fin de la Terreur.

L’image est impitoyable

Le parti pris « dantoniste » dénoncé reflète, je le rappelais ci-dessus, un point de vue largement partagé au cinéma : entre un personnage de chair et de sang, démagogue et corrompu, mais terriblement « humain » et un doctrinaire cérébral tiré à quatre épingles, il n’y a pas photo. Le cinéma, par sa nature même, est « dantoniste » et ne peut guère être « robespierriste ».

Le film, sorti un peu tardivement, alors que le public avait été saturé de « célébrations »,  fut un échec commercial. La vision de la Terreur, aussi sombre que chez Wajda sans arrière-plan communiste à invoquer, était peut-être aussi en porte-à-faux avec l’esprit commémoratif du Bicentenaire : l’histoire et la mémoire officielle ne font pas souvent bon ménage.

Certes, vous pouvez, dans de savants ouvrages, « justifier », « nuancer » « expliquer » la Terreur et « absoudre » Robespierre : mais à l’écran, les longues files de guillotinés, devant lesquels passe l’Incorruptible indifférent, ne vous donnent pas une haute opinion ni de la période ni du personnage.

Un peuple et son roi ou le film sans roi ni peuple

Un peuple et son roi de Pierre Schoeller (2017), dont la passion pour l’histoire n’a d’égal que la volonté militante, a suscité des réactions diverses. Réduit à une vision caricaturale, le roi est peu présent mais  le peuple guère davantage, à moins d’identifier celui-ci à quelques individus du faubourg Saint-Antoine. Froid et indifférent, Louis XVI n’inspire guère la sympathie. Il est hanté de cauchemars où les figures de Henri IV, de Louis XIV et de… Louis XI lui reprochent sa faiblesse.

Certains critiques évoquent une « relation charnelle » entre Louis XVI et son peuple dont le film montrerait la rupture. En guise de « relation charnelle » nous avons droit à une morne séquence où le roi lave consciencieusement les pieds d’enfants pauvres. Ce moment illustrerait le décalage du roi « sacré » avec les « préoccupations populaires ». On aimerait bien les connaître ces « préoccupations populaires »  dans ce film « parisien » : le peuple de l’époque c’est avant tout des paysans !

Un échantillon peu représentatif

Certes, nous faisons un petit tour à la campagne avec un vagabond qui, libéré symboliquement de ses chaînes, monte à Paris se faire coiffer d’œillères idéologiques par une belle lavandière, mais quelle est sa représentativité ? Et comme « sans-culotte » typique on nous offre ni un artisan du bois et du meuble, ni du cuir, ni du textile, ni du bâtiment, ni d’aucune activité représentative des « faubourgs » parisiens mais un… maître verrier. Pour qui connaît un peu l’histoire de cette corporation en France c’est assez étonnant.

Si soucieux de mettre dans la bouche des personnages historiques les propos du temps, notre cinéaste oublie son principe de départ quand il fait dire n’importe quoi à Louis XVI au pied de l’échafaud.

Le peuple est malheureux et bon

Un esprit taquin demanderait en quoi quelques sans-culottes parisiens représentent mieux le peuple que, disons, des paysans vendéens. Mais bien sûr dans la perspective des lendemains qui chantent et de l’aube des temps nouveaux, ceux qui se sont battus contre la Révolution n’allaient pas dans le sens de l’histoire.

En réalité, le peuple est une abstraction et le film entretient naïvement le mythe de la spontanéité révolutionnaire à l’image des femmes marchant sur Versailles.

Le peuple est malheureux et bon : aussi le cinéaste se garde bien de mettre l’accent sur la violence révolutionnaire. Les gentils partisans de la République sont ainsi impitoyablement massacrés au Champ-de-Mars.

La violence des « bons », purement verbale, se limite au délire sanguinaire d’un Marat agitant un pistolet, excellemment joué par un Denis Lavant digne d’Antonin Artaud. Excepté quelques vagues touches de nuances ici et là, le film baigne dans un océan d’unanimisme qui nous donne le sentiment que le peuple est devenu républicain en 1792.

L’évangile selon Saint-Maximilien

Le choix du beau Louis Garrel pour camper Robespierre n’est pas le fait du hasard. Il s’agissait de transformer cette morne figure historique en jeune premier au service du peuple. C’est l’évangile selon Saint-Maximilien dans ce film néo-jacobin où le peuple se résume à quelques militants sans-culottes ânonnant des slogans dignes de la France insoumise (« ne pas perdre sa vie à la gagner »). Autre beau gosse mais réduit à jouer les idiots inutiles, Gaspard Ulliel promène un air ahuri en se demandant ce qu’il est venu faire dans cette galère.

L’accent mis sur les lavandières chantant sur les bords de la Seine se veut en écho des préoccupations du féminisme contemporain sur le « silence sexué des archives ». Mais, diable, pourquoi actrices et acteurs français ont-ils tant de mal à être crédibles en gens du peuple ?

Libéralisme et Révolution

À la figure idéalisée de Robespierre, entièrement dévoué au peuple, s’oppose le triste Barnave, incarnation de la bourgeoisie libérale vite soucieuse de mettre des bornes à la Révolution.

Bref une œuvre militante qui peut plaire aux convaincus qui aiment à croire que le peuple fait les révolutions. En tout cas, le public ne s’est pas pressé dans les salles pour voir ce film froid, cérébral et décousu vendu comme une épopée mettant le peuple en vedette.

Le critique de Télérama trouvait bonne cette réalisation de Pierre Schoeller en ces temps de libéralisme triomphant. Visiblement, pour le magazine des profs et de la gauche bien-pensante, libéralisme et Révolution française sont des termes incompatibles. Et si on lui conseillait de relire la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen en ces temps « d’écologie triomphante » ?

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