Comment les pays vont redresser leur économie après le Covid-19 ? (2)

Climbers Pico de Orizaba by Vicente Hinojosa (CC BY-NC-ND 2.0) — Vicente Hinojosa, CC-BY

Deuxième partie de l’analyse des plans de relance post-Covid : comment les autres pays d’Europe et du monde ont-ils prévu de faire repartir leur économie ?

Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

La première partie de cette analyse est ici.

En Allemagne

Pour contrer les retombées économiques du coronavirus, Berlin abandonne son engagement ferme en faveur d’un équilibre budgétaire. L’Allemagne alloue au moins 350 milliards d’euros (soit environ 10 % de son PIB) pour soutenir la plus grande économie de la zone euro. Des fonds seront dépensés pour renflouer les entreprises en difficulté, notamment en accordant des prêts illimités et en prenant éventuellement des participations.

« Nous faisons tout ce qui est nécessaire », a déclaré la chancelière Angela Merkel. « Et nous ne demanderons pas chaque jour ce que cela signifie pour notre déficit. »

Les responsables notent que l’Allemagne est prête à dépenser de manière agressive parce que le gouvernement a gardé ses finances sous contrôle ces dernières années, réduisant sa dette de plus de 80 % du PIB en 2010 à moins de 60 % aujourd’hui.

L’Allemagne a dévoilé le 3 juin un plan de relance de 130 milliards d’euros sur deux ans. Ce plan a pour ambition non seulement de soutenir l’offre, à travers la réduction de la taxe sur la valeur ajoutée ou de nouvelles aides aux entreprises en difficulté, mais également la demande par des subventions aux familles ou encore une augmentation de la prime d’achat pour les voitures électriques.

Ce plan de relance s’ajoute ainsi à l’énorme plan de plus de 1000 milliards d’euros mis en place en mars, au plus fort de la pandémie, prévoyant des aides aux entreprises et des milliards d’euros de prêts garantis.

Parmi les mesures figurent la baisse temporaire de la TVA de 19 à 16 % (de 7 à 5 % pour le taux réduit) jusqu’au 31 décembre 2020, des transferts de dettes des communes vers l’État fédéral, et une allocation unique de 300 euros par enfant pour les familles ou encore une baisse des coûts de l’électricité pour les particuliers. 25 milliards d’euros seront ainsi débloqués pour venir en aide aux entreprises les plus en difficulté.

Mais ce que fait l’Allemagne, la France ne peut pas le faire. La marge de manœuvre budgétaire française est beaucoup moins importante, étant donné que l’Allemagne a fait des efforts pour baisser sa dette de 20 points en dix ans. Avec un déficit public attendu à près de 11 % du PIB à la fin de l’année, contre 6 % pour l’Allemagne, l’État français peut difficilement se permettre les mêmes largesses.

L’Italie

Le président du Conseil des ministres, Antonio Conte, avait annoncé lors d’une conférence le contenu du « décret relance ». Un décret-loi qui devra être confirmé par le Parlement prévoit des fonds d’un montant total de 55 milliards d’euros pour tenter de contrer la paralysie temporaire de l’économie nationale italienne.

Les impôts des entreprises seront réduits pour une valeur de 4 milliards d’euros au total. Des réductions de loyers sont également prévues pour elles, ainsi que des réductions de loyers.

La ministre de l’Agriculture veut aussi régulariser les travailleurs migrants qui sont nombreux à travailler dans les exploitations agricoles du pays. Le gouvernement italien envisagerait également une « prime de vacances » de 500 euros par famille afin de soutenir le secteur touristique.

Cela s’accompagne de la décision d’ouvrir le pays le plus rapidement possible aux touristes étrangers, tout comme l’Espagne.
Au début de la crise, le gouvernement italien avait annoncé son intention de nationaliser la compagnie aérienne Alitalia.

Pays-Bas

Le gouvernement hollandais a mis en place un plan de soutien à l’emploi de 20 milliards d’euros, avec notamment un dispositif de chômage partiel appelé « NOW ». Un autre dispositif, « TOZO », vient en aide aux auto-entrepreneurs avec une enveloppe de quasi 4 milliards d’euros.

Des mesures destinées à favoriser la trésorerie et les besoins en liquidités des entreprises ont été prises. Le dispositif de report et d’étalement de charges fiscales et sociales mis en place (impact budgétaire évalué à 36 milliards d’euros) est plébiscité par les entreprises, et semble être le plus généreux d’Europe.

Plusieurs nouvelles mesures d’allégement de fiscalité pour les entreprises vont voir le jour ; elles sont estimées à 4 milliards d’euros avec notamment l’intégration anticipée de pertes dans les déclarations de revenus.

Le gouvernement a également ouvert une enveloppe de 12 milliards d’euros de garanties à l’assurance-crédit fournisseurs, renforcement des dispositifs de prêts garantis aux entreprises et de garanties de crédits export.

Une aide sectorielle d’urgence pour les secteurs les plus touchés est active. Un guichet d’urgence « TOGS » pour les secteurs les plus affectés par les mesures de restriction, a été lancé pour un montant de 1,7 milliard. Il est désormais remplacé par un dispositif de prise en charge des coûts fixes des PME, potentiellement plus généreux mais soumis à des conditions plus strictes.

Des enveloppes spécifiques sont octroyées pour l’horticulture et les exploitations de pommes de terre (650 millions d’euros), pour le secteur culturel (300 milliards) et pour les médias régionaux et locaux (11 millions). Le gouvernement aide aussi ses start-up.

Un deuxième paquet de mesure a été annoncé le 20 mai dernier, concentré essentiellement sur la poursuite des mesures de soutien à l’emploi et aux revenus.

Initialement prévu pour trois mois de juin à août, ce paquet a été prolongé d’un mois jusqu’au 1er octobre. Le total des dépenses supplémentaires cumulé avec le premier paquet de 20 milliards d’euros pourrait approcher 5 % du PIB. Le PIB au 1er trimestre n’a reculé que de -1,7 % en Hollande.

Autriche

En ayant pris des décisions fortes rapidement et en ayant agi dès le début de la pandémie, l’Autriche a pu relancer son économie très vite, autorisant la réouverture dès la mi-avril de certains commerces. Tous les autres ont pu rouvrir dès le 1er mai. Comme aux États-Unis, la reprise de l’économie a été accompagnée par la fin rapide du confinement.

Un vaste programme de chômage partiel (Kurzarbeit) a été adopté par le Parlement durant la crise. Mais ces dispositifs de chômage partiel sont également mis en œuvre par de nombreuses entreprises, sans que l’État intervienne dans leurs décisions.

Le Parlement autrichien a aussi adopté la création de plusieurs fonds de soutien pour les entreprises et les travailleurs indépendants. Au total, le gouvernement prévoit des dépenses supplémentaires d’un montant de 38 milliards d’euros, ce qui paraît raisonnable par rapport à d’autres pays. Il a promis de soutenir l’économie le plus possible et de sauver autant de postes de travail que possible.

Il faut noter que l’augmentation de l’allocation de chômage et la création d’un fonds de soutien pour les employés, mesures réclamées par l’opposition de gauche, ont été refusées.

Royaume-Uni

Le gouvernement britannique est prêt à faire des interventions qui seraient « sans précédent dans l’histoire de l’État britannique » pour soutenir l’économie, a déclaré le ministre des Finances Rishi Sunak début mars.

Parmi ces mesures d’urgence, le Trésor s’est engagé à verser 80 % des salaires des travailleurs pendant plusieurs mois pour empêcher les entreprises de recourir à des licenciements massifs. Il pourrait aussi rembourser les travailleurs indépendants pour la perte de salaire comme augmenter les allocations chômage.

Aussi, le gouvernement pense à différer des paiements d’impôts. L’objectif sera aussi de soutenir les PME au travers d’un programme de prêts, mais aussi les organismes de bienfaisance en fournissant une aide de sauvetage.

La Banque d’Angleterre a abaissé son taux d’intérêt de référence à 0,5 %, un niveau record, et a assoupli les exigences de fonds propres des banques. Dans un mouvement extraordinaire début avril, la Banque centrale a accepté de financer directement les dépenses du gouvernement pendant la crise, le libérant ainsi de l’obligation d’émettre de la dette sur le marché obligataire.

Tout compte fait, les efforts de sauvetage pourraient voir la Grande-Bretagne dépenser plus de 400 milliards de livres, soit environ 15 % du PIB.

Japon

Comme certains de ses homologues occidentaux, le gouvernement japonais a adopté, pour relancer l’économie, un plan de secours massif d’une valeur de près de un billion de dollars. Le chiffre global équivaut à environ 20 % du PIB du Japon, mais des analystes estiment que l’impact réel sur les dépenses sera beaucoup plus faible.

Les mesures de sauvetage comprennent des paiements en espèces aux citoyens et aux petites et moyennes entreprises, des prêts sans intérêt, des paiements d’impôts différés et des coupons de voyage et de tourisme.

Dans un contexte de volatilité des marchés à la mi-mars, la Banque centrale du Japon a annoncé qu’elle doublerait, pour atteindre plus de 100 milliards de dollars, ses achats annuels d’actions, d’obligations et d’autres actifs.

États-Unis

Le gouvernement de Donald Trump a été fortement critiqué dans sa gestion sanitaire du Covid. En revanche, il a été crédité d’avoir agi de manière décisive pour stabiliser les marchés financiers.

En mars, la Réserve fédérale a indiqué qu’elle ferait tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir l’économie et fournir des liquidités. Les actions historiques de la Fed ont notamment consisté à réduire les taux d’intérêt à près de zéro, à ramener les réserves bancaires à zéro, à acheter rapidement des centaines de milliards de dollars d’obligations du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires, à acheter des titres de créance d’entreprises et des municipalités et à accorder des crédits d’urgence aux établissements non bancaires.

Sur le plan budgétaire, les législateurs ont adopté un plan de relance de deux billions de dollars que certains analystes ont qualifié de prêt-relais pour sortir l’économie américaine de la crise.

Il comprend des paiements directs allant jusqu’à 1200 dollars aux particuliers, des centaines de milliards de dollars de prêts et d’aides aux entreprises, une augmentation des allocations chômage et un soutien aux hôpitaux et aux prestataires de soins de santé.

« En fait, il s’agit d’un niveau d’investissement en temps de guerre dans notre pays », a déclaré le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell.

Ainsi, des dizaines de millions de familles américaines devraient recevoir un chèque de 1200 dollars, plus 500 dollars par enfant, précise le New York Times. L’assurance-chômage sera allongée et élargie, y compris aux travailleurs indépendants.

Quelque 377 milliards de dollars seront accordés aux petites entreprises, essentiellement sous forme de prêt, tandis que 500 milliards de dollars sont destinés aux industries majeures comme les compagnies aériennes, mais sous certaines conditions.

Donald Trump a signé un plan de relance à 2200 milliards de dollars, du jamais vu.
Afin de relancer l’industrie américaine, l’administration Trump a d’ailleurs décidé de diminuer et d’assouplir bon nombre de normes, notamment environnementales.

Par ailleurs, les meilleures décisions pour sortir de la crise et favoriser la reprise économique ont été aux États-Unis d’abolir le plus tôt possible les mesures de confinement et de fermetures d’entreprises.

Cela s’est confirmé dès début juin. Le taux de chômage est passé de 14,7 % à 13,3 % de la population active en mai tandis que le pays a créé 2,5 millions d’emplois, le beau temps ayant favorisé le BTP.

Australie

Afin de soutenir son économie durant la crise et de permettre une relance rapide et forte, le gouvernement australien a lancé un plan d’appui économique qui s’élève à 259 milliards de dollars australiens, soit 13,3 % du PIB annuel. Des mesures fiscales ont également été annoncées et elles représentent 6,9 % du PIB.

Le gouvernement soutient les entreprises et les employés par des aides, notamment en couvrant le coût des salaires pour les entreprises. Les bénéficiaires de diverses allocations recevront un supplément de 550 dollars par quinzaine.

Pour les retraités, dont beaucoup investissent dans les marchés pour leurs retraites, un fonds de soutien a été créé afin de garantir d’éventuelles pertes. L’accès aux aides sociales est élargi et facilité. Des aides sont accordées aux entreprises sous forme de crédits, selon leur taille et le nombre d’employés.

L’installation d’entreprises et l’investissement dans des sociétés seront également facilités par des démarches simplifiées et des coûts diminués. L’objectif est de soutenir l’investissement en réduisant de 6,7 milliards de dollars au cours des deux prochaines années les impôts payés par les entreprises.

Le gouvernement soutient également l’apprentissage en prenant à sa charge 50 % du salaire des apprentis.

La Reserve Bank of Australia (RBA) a annoncé une aide aux banques. Elles auront accès à au moins 90 milliards de dollars de financement à un taux d’intérêt fixe de 0,25 %. Cela renforcera les avantages d’une réduction des coûts de financement pour les banques, ce qui contribuera à réduire les taux d’intérêt pour les emprunteurs.

Afin d’encourager les prêts aux entreprises, le mécanisme offre aux banques un financement supplémentaire à faible coût s’ils développent leurs prêts aux entreprises, avec des incitations particulières s’appliquant aux nouveaux prêts pour les PME. En outre, la RBA a annoncé un nouvel assouplissement de la politique monétaire en réduisant le taux des liquidités à 0,25 %.

Brésil

Le gouvernement brésilien a annoncé un plan de 147,3 milliards de reais (26 milliards d’euros). Cette somme servira à soutenir les petites et moyennes entreprises et les familles à bas revenus ainsi que les retraités, a indiqué le ministre de l’Économie Paulo Guedes lors d’une conférence de presse à Brasilia.

Le gouvernement du président Jair Bolsonaro avait adopté un plan d’urgence de 5 milliards de reais pour le secteur brésilien de la santé.

Conclusion

Ce tour d’horizon nous a permis de constater que beaucoup de pays ont fait leurs choix sur une palette de solutions possibles : gros apports d’argent public pour le sauvetage des entreprises, diminutions d’impôts et de taxes, assouplissement d’un grand nombre de normes et de contraintes.

La France, elle, a choisi de privilégier la dette… On peut prédire qu’elle va encore un peu s’enfoncer dans la crise, plus grave chez nous qu’ailleurs.

Elle se relèvera plus tard que les autres, comme après 2008. Il faudrait souhaiter qu’elle profite de cette nouvelle épreuve pour réformer son système de fond en comble. Vœu pieux ?

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