Pauvre Marianne, entre Marisol Touraine et Martine Aubry !

Buste Marianne (Crédits marycesyl, licence Creative Commons)

À force d’entendre de la mauvaise musique, les oreilles de Marianne sont abîmées. Les notes cacophoniques de Marisol et Martine la bercent…

Par Patrick Coquart.

Buste Marianne (Crédits marycesyl, licence Creative Commons)
Buste Marianne (Crédits marycesyl, licence Creative Commons)

Peut-être avez-vous vu Marguerite, le film de Xavier Giannoli sorti en salles en septembre 2015 ? Catherine Frot y joue admirablement une femme passionnée d’opéra. Elle dépense sa fortune à organiser des concerts pour ses amis où se produisent des professionnels et où elle chante elle-même, pour le plus grand malheur des auditeurs.

En effet, Marguerite chante faux. C’est une véritable casserole qui martyrise les oreilles de l’assistance. Mais elle est la seule à ne pas le savoir. Elle est persuadée d’être une véritable cantatrice, et personne n’ose lui dire la vérité. Sans doute nombre de ses faux admirateurs craignent-ils de ne plus bénéficier de ses largesses si jamais ils osaient exprimer leur véritable opinion sur son art. Quant à son mari, s’il fait tout pour que Marguerite soit confortée dans son illusion, c’est qu’il est persuadé que faire éclater la vérité serait un choc fatal.

Je me suis demandé si cette histoire, au fond assez triste, n’était pas celle de Marianne, c’est-à-dire de la France et, par extension, des Français.

Mon propos n’est pas d’affirmer que tous les Français chantent faux. Beaucoup font des choses formidables, créent leur entreprise, offrent des services novateurs à leurs clients… Mais d’autres, il faut bien le reconnaître, nous cassent les oreilles à manifester dès qu’ils en ont l’occasion, à défendre leurs privilèges, prébendes et avantages de toute nature.

Ceux-là sont en quelque sorte des Marguerite, car leur partition n’est pas du tout mélodieuse. La comparaison s’arrête là cependant. Car ce sont leurs concitoyens français qui sont lésés, en particulier financièrement, par tous ceux qui vivent de l’argent des autres, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage d’Emmanuel Martin.

Bien évidemment, cela ne vous étonnera pas, les hommes politiques sont bien placés dans cette catégorie. Je ne parlerai pas de Michel Sapin qui, lorsqu’il était ministre du Travail – je veux dire du chômage – contorsionnait les mots et les chiffres pour faire accroire que la situation de l’emploi s’améliorait. Depuis qu’il est au ministère des Finances, Michel Sapin continue sur l’air de Tout va très bien, Madame la Marquise. N’a-t-il pas déclaré que « la croissance est liée aux décisions du gouvernement » ? Ou que « le pouvoir d’achat des Français s’est amélioré même s’ils ne s’en rendent pas compte » ?

Mais le cas le plus flagrant nous est fourni par Marisol Touraine. Le ministre des Affaires sociales, de la santé et des droits des femmes vient de faire adopter le 17 décembre 2015 son projet de modernisation de notre système de santé (sic), après une année de débats parlementaires.

Cette loi comporte de nombreuses dispositions, mais la mesure phare est bien évidemment la généralisation du tiers payant. Rappelons rapidement qu’il s’agit de supprimer l’avance des frais médicaux que font les patients lorsqu’ils se rendent chez leur médecin. Celui-ci ne les fera donc plus payer, et demandera le prix de la consultation directement à l’assurance maladie et aux mutuelles. Il s’agit, selon le ministère, de lutter contre « contre le renoncement aux soins pour des raisons financières » qui concernerait « un tiers des Français ».

marisol martine rené le honzecIl s’agit surtout de faire croire à tout le monde que la santé – qui, c’est bien connu, n’a pas de prix – est gratuite. Et que va-t-il se passer d’ici quelques temps ? La Sécurité sociale pourra décider de réduire le montant des remboursements. Le patient ne se rendra compte de rien. Ainsi c’est aux assurances complémentaires qu’il reviendra de payer la différence. Une différence entre le coût de la consultation et le remboursement de la Sécurité sociale toujours de plus en plus grande qui obligera les assurances complémentaires à augmenter leurs tarifs. Bien entendu, pendant ce temps-là, les cotisations à l’assurance maladie ne baisseront pas. Elles continueront même sans doute à augmenter. Quand les Français finiront par s’apercevoir que se soigner coûte finalement de plus en plus cher, il sera trop tard.

Certes, il ne sera plus nécessaire d’avancer l’argent pour être soigné, mais les Français dépenseront des fortunes en cotisations. L’assurance complémentaire étant devenue obligatoire, et les partenaires sociaux imposant, petit à petit, une seule mutuelle par branche professionnelle, il ne sera plus possible de sortir de la nasse.

Mais les Français n’entendent que la petite musique soporifique de Marisol Touraine, et son refrain sur la lutte contre les inégalités. Un sondage réalisé par Odoxa pour France Inter, Le Figaro et MNH (Mutuelle nationale des hospitaliers et professionnels de la santé), publié le 13 mars 2015, révèle que les Français soutiennent à 60 % la généralisation du tiers payant. Selon Gaël Sliman, le président d’Odoxa, « Les Français estiment que le tiers payant est une mesure socialement juste qui permettra aux plus démunis de ne pas avoir à avancer d’argent pour leurs frais de santé ».

Les chansons de Marisol amènent donc Marianne à chanter faux, à répéter l’antienne socialiste, reprise en chœur par les médias. Et tant pis, si ces mêmes Français dans le même sondage, pensent à 58 % que le tiers payant sera économiquement coûteux car il conduira les patients « à ne pas être attentifs à leurs dépenses de santé ». L’air de Marisol est dans leur tête et ils n’arrivent pas à s’en débarrasser.

Autre responsable, Martine Aubry, celle qui prétend toujours que les 35 heures ont créé des milliers d’emplois. Elle s’est encore distinguée, au mois de septembre, quelques jours après la sortie du film Marguerite. Lors d’une conférence de presse où elle vilipenda Emmanuel Macron, elle osa déclarer : « Après trois ans d’efforts, il faut passer à la redistribution ».

Les Français savent que les caisses sont plus que vides, mais combien sont-ils à trouver douce la chanson de Martine ? Plus qu’on ne le croit, hélas.

À force d’entendre de la mauvaise musique, les oreilles de Marianne sont abîmées. Les notes cacophoniques de Marisol et Martine la bercent… d’illusions. Et la partition libérale que nous sommes trop peu nombreux à jouer a du mal à émerger du tintamarre. Nous faudra-t-il sortir la grosse caisse ?

  • Publié dans le n°154 (hiver 2016) de Liberté économique et progrès social, le bulletin d’information et de liaison des libéraux édité par l’Aleps.

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