Contrôle social : l’instrumentalisation du Covid-19 à la mode de Pékin

Coronavirus cases by Marco Verch Professional (CC BY 2.0) — Marco Verch Professional, CC-BY

Pékin est-il en train de profiter de la crise sanitaire du coronavirus pour tenter de faire rentrer Hong Kong dans le rang ?

Par Yannick Chatelain.

Il n’aura échappé à personne que les méthodologies utilisées par la Chine en matière de crise du coronavirus auront largement inspiré le monde, nonobstant de nombreuses informations falsifiées du pouvoir en place ne favorisant guère des gestions optimums ici et là. Cela aura entraîné de nombreuses privations momentanées de libertés publiques, qui – nous ne pouvons que l’espérer – ne s’inscriront pas au-delà du raisonnable dans les régimes « démocratiques ».

Pour écrire les choses de façon triviale – par-delà ce préambule –  du côté de Pékin, le Covid-19 a bon dos pour tenter de faire revenir l’exception dans la règle du côté de Hong Kong ! Voilà tous les enjeux de la « loi de sécurité nationale » que la Chine souhaite imposer à Hong Kong, îlot démocratique !

Cette loi présentée le vendredi 22 mai 2020 dans la cadre de la réunion du National People’s Congress, l’Assemblée nationale populaire ou ANP de la République populaire de Chine qui se réunit une fois par an est un texte visant à interdire « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion ». Pékin ayant demandé  dès le dimanche 24 mai son application « sans le moindre délai ».

Crise du Covid 19 et cynisme (opportunisme) politique

Si nous remettons les choses en perspective (avant crise sanitaire), six mois de manifestations et d’opposition avaient contribué, dans une configuration démocratique à faire basculer 17 des 18 districts de Hong Kong dans le camp des opposants à Pékin.

Nul besoin d’être grand clerc pour postuler que de telles manifestations d’opposants permettant un scrutin sincère, suivi d’un vote, n’auraient pas pu se dérouler sous l’égide d’un tel texte : toute contestation aurait rapidement été qualifiée de subversive et n’aurait pas eu droit de cité. Elles auraient probablement été réprimées.

Ce projet de Pékin, qui a fait réagir au niveau international et provoqué l’effroi dans le camp démocrate est soutenu par Carrie Lam, chef du gouvernement de Hong Kong, est proposé dans un contexte particulier, celui de la crise du Covid-19… « Hasard » pour le moins favorable pour passer en force :  le pouvoir de Hong Kong ayant restreint le rassemblement de plus de huit personnes sous couvert de respect de la distanciation sociale.

Il ne me semble pas faire preuve de complotisme que de pointer une approche utilitariste de la crise du Covid-19 par le pouvoir chinois, pour reprendre le contrôle de Hong Kong et se doter de façon opportuniste de moyens qui lui permettraient de museler toute forme d’opposition, en postulant, se faisant, une contestation invisible puisque sous contrainte.

Pour autant, ceux qui laissent leurs libertés se faire piétiner gagneraient à observer la réaction de fervents défenseurs d’une démocratie Hongkongaise : dès la prise de connaissance de ce projet, défiant l’interdiction et le Covid-19, des manifestants ont défilé contre cette nouvelle loi visant à implanter durablement la police politique chinoise à Hong Kong.

Ça peut se passer près de chez vous !

Si l’attitude de Pékin apparaît opportuniste, caricaturale, voire cynique, les autorités chinoises n’ont pas le monopole de l’usage du Covid-19 à des fins politiques.
Il n’y a qu’à observer en France la façon, dont certains tentent déjà de replacer au cœur du débat politique des sujets très sensibles comme les votes électroniques et à distance, les solutions miracles…

Soyons vigilants, la période trouble traversée va permettre de relancer ici et là de nombreuses initiatives discutables supposées anticiper la situation vécue et ipso facto, rendues plus acceptables socialement, puisque semblant résonner comme une évidence : le vote électronique, à distance… est un exemple parmi d’autres signé : « bon sang, mais c’est bien sûr » !

Des solutions simplistes qui n’en demeurent pas moins, comme d’autres, potentiellement empoisonnées et à penser à de multiples niveaux  : fiabilité-sécurité pertinence/lien social, etc.

À ce sujet, pendant que nous nous préparons à tourner la page, il serait d’ailleurs bon – puisque nous parlons, pour conclure, de technologies et de virus – de nous souvenir au sortir – espérons-le – de cette période sidérante, que ce qui menace à ce jour le plus notre humanité informatisée est un virus qui lui n’aura probablement rien de bactériologique.

« Peut-être qu’un jour, on découvrira que la bêtise n’est rien d’autre qu’un virus. » – Jacques Sternberg

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