Contrôle social : l’instrumentalisation du Covid-19 à la mode de Pékin

Pékin est-il en train de profiter de la crise sanitaire du coronavirus pour tenter de faire rentrer Hong Kong dans le rang ?

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Contrôle social : l’instrumentalisation du Covid-19 à la mode de Pékin

Publié le 27 mai 2020
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Par Yannick Chatelain.

Il n’aura échappé à personne que les méthodologies utilisées par la Chine en matière de crise du coronavirus auront largement inspiré le monde, nonobstant de nombreuses informations falsifiées du pouvoir en place ne favorisant guère des gestions optimums ici et là. Cela aura entraîné de nombreuses privations momentanées de libertés publiques, qui – nous ne pouvons que l’espérer – ne s’inscriront pas au-delà du raisonnable dans les régimes « démocratiques ».

Pour écrire les choses de façon triviale – par-delà ce préambule –  du côté de Pékin, le Covid-19 a bon dos pour tenter de faire revenir l’exception dans la règle du côté de Hong Kong ! Voilà tous les enjeux de la « loi de sécurité nationale » que la Chine souhaite imposer à Hong Kong, îlot démocratique !

Cette loi présentée le vendredi 22 mai 2020 dans la cadre de la réunion du National People’s Congress, l’Assemblée nationale populaire ou ANP de la République populaire de Chine qui se réunit une fois par an est un texte visant à interdire « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion ». Pékin ayant demandé  dès le dimanche 24 mai son application « sans le moindre délai ».

Crise du Covid 19 et cynisme (opportunisme) politique

Si nous remettons les choses en perspective (avant crise sanitaire), six mois de manifestations et d’opposition avaient contribué, dans une configuration démocratique à faire basculer 17 des 18 districts de Hong Kong dans le camp des opposants à Pékin.

Nul besoin d’être grand clerc pour postuler que de telles manifestations d’opposants permettant un scrutin sincère, suivi d’un vote, n’auraient pas pu se dérouler sous l’égide d’un tel texte : toute contestation aurait rapidement été qualifiée de subversive et n’aurait pas eu droit de cité. Elles auraient probablement été réprimées.

Ce projet de Pékin, qui a fait réagir au niveau international et provoqué l’effroi dans le camp démocrate est soutenu par Carrie Lam, chef du gouvernement de Hong Kong, est proposé dans un contexte particulier, celui de la crise du Covid-19… « Hasard » pour le moins favorable pour passer en force :  le pouvoir de Hong Kong ayant restreint le rassemblement de plus de huit personnes sous couvert de respect de la distanciation sociale.

Il ne me semble pas faire preuve de complotisme que de pointer une approche utilitariste de la crise du Covid-19 par le pouvoir chinois, pour reprendre le contrôle de Hong Kong et se doter de façon opportuniste de moyens qui lui permettraient de museler toute forme d’opposition, en postulant, se faisant, une contestation invisible puisque sous contrainte.

Pour autant, ceux qui laissent leurs libertés se faire piétiner gagneraient à observer la réaction de fervents défenseurs d’une démocratie Hongkongaise : dès la prise de connaissance de ce projet, défiant l’interdiction et le Covid-19, des manifestants ont défilé contre cette nouvelle loi visant à implanter durablement la police politique chinoise à Hong Kong.

Ça peut se passer près de chez vous !

Si l’attitude de Pékin apparaît opportuniste, caricaturale, voire cynique, les autorités chinoises n’ont pas le monopole de l’usage du Covid-19 à des fins politiques.
Il n’y a qu’à observer en France la façon, dont certains tentent déjà de replacer au cœur du débat politique des sujets très sensibles comme les votes électroniques et à distance, les solutions miracles…

Soyons vigilants, la période trouble traversée va permettre de relancer ici et là de nombreuses initiatives discutables supposées anticiper la situation vécue et ipso facto, rendues plus acceptables socialement, puisque semblant résonner comme une évidence : le vote électronique, à distance… est un exemple parmi d’autres signé : « bon sang, mais c’est bien sûr » !

Des solutions simplistes qui n’en demeurent pas moins, comme d’autres, potentiellement empoisonnées et à penser à de multiples niveaux  : fiabilité-sécurité pertinence/lien social, etc.

À ce sujet, pendant que nous nous préparons à tourner la page, il serait d’ailleurs bon – puisque nous parlons, pour conclure, de technologies et de virus – de nous souvenir au sortir – espérons-le – de cette période sidérante, que ce qui menace à ce jour le plus notre humanité informatisée est un virus qui lui n’aura probablement rien de bactériologique.

« Peut-être qu’un jour, on découvrira que la bêtise n’est rien d’autre qu’un virus. » – Jacques Sternberg

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  • le vote électronique a distance ! oui
    on peut tout faire avec un pc , pourquoi ne pas voter?

    • @claude vous faites confiance au gouvernement pour le programme informatique ? et pour les accès aux serveurs ? On n’a pas encore créé d’assesseurs numériques …

      • a partir du moment ou je peux payer les impots, exécuter des ordres de banque, c’est que le systeme est suffisamment sécurise , non?

        • @claude je ne parle pas de sécurisation mais de manipulation. Le vote électronique c’est clairement la porte ouverte au grand n’importe quoi. Vous avez aimé les sondages, on va adorer le vote électronique. Pour les impôts il est assez évident que l’état reçoit nos sous, alors il va tout faire pour que ça marche ….

        • quand vous payez vos impôts, vous n’êtes pas anonyme.

        • non.
          Le vote se passe dans un lieu public, dans lequel tout citoyen peut entrer pour s’assurer que tout va bien, dans des urnes transparentes pour s’assurer que chacun ne met qu’une seule enveloppe à la fois, que chaque votant est parfaitement identifié et indépendant de l’enveloppe qu’il a mise dans l’urne. Bref, avec des contrôles très simples à mettre en place à tous les niveaux.
          Dans un système informatique, un tel niveau de contrôle est strictement impossible. Je ne dis pas « très difficile à obtenir », je dis bien « impossible ». Même si la plate-forme est open source :
          – d’une, il faut des compétences pour analyser du code informatique, beaucoup plus que pour regarder une urne transparente
          – de deux, il n’est pas possible pour tout un chacun d’être sûr que le code qui tourne sur son application de vote / serveur de vote est effectivement celui qui vient du code diffusé.

          • l’Estonie s’en trouve fort bien et ce n’est pas d’hier ! Par ailleurs elle fait une économie gigantesque de cerfa et autres paperasses encombrantes.

    • Parce que le vote électronique ne permet pas de garantir les règles essentielles de sincérité du scrutin: identité de la personne qui vote, absence de pression sur cette personne, anonymat du vote, transparence du dépouillement, etc. Il est beaucoup trop facile de manipuler les résultats dans un serveur contrôlé par quelques personnes. Le vote électronique est acceptable lorsque les enjeux sont faibles. Pas lorsque les enjeux sont nationaux.

      • je pensais aux municipales.. mais des opérations de controle sont possible, vous donnez vos codes de cartes bancaires vous?
        ben voila

        • l’identité ? l’empreinte, la pression? que dire des partis qui vont ramasser les vieux dans les ephad, la transparence du dépouillement?
          algorithme secret defense
          non il n’est pas possible de manipuler les résultats sur un serveur sécurisé correctement

          • @claude « non il n’est pas possible de manipuler les résultats sur un serveur sécurisé correctement » : c’est une blague ?
            Bien sûr que le vote actuel est un pis aller, mais là, ça va être la roue de la fortune, le hasard en moins …

          • pouvez-vous être garant des personnes chargées de sécuriser le serveur ?

    • Ce que vous ne voyez pas surtout que c’est la fin de la démocratie, les gens vont voter comme ils remplissent un QCM.
      Le vote politique doit être solennel, il demande réflexion et se déplacer c’est la moindre des choses pour faire son devoir de citoyen, un peu de bon sens.

    • Je travaille dans l’informatique, et j’ai eu plusieurs fois des organismes publics comme client.
      Techniquement c’est faisable si on y met les mesures de sécurité nécessaires (certificats, duplicatas des bases, droits d’écritures stricts), mais la compétence des services infra de ces structures, qui laisse énormément à désirer, et l’intégrité morale des personnes qui administreront ces bases, très discutables, ne me donne absolument pas confiance.

      Par ailleurs, compter un bout de papier est à la portée de chacun, ce qui permet à n’importe qui de se porter assesseur et participer au dépouillement. Ce n’est pas du tout le cas pour la lecture d’un fichier de log informatique.

  • Il y a certainement une instrumentalisation du Covid 19 par Pékin (il se dit aussi que le confinement de Wuhan obéissait à davantage de considérations politiques que sanitaires).
    Mais il est possible aussi que cette crise soit aussi instrumentée par les Etats Unis, sur le modèle subversif des printemps arabes.

  • « se faisant » -> « ce faisant »

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