Détenteurs d’armes à feu : attention à vos fesses !

Le fichier détaillé des détenteurs d'armes englobera aussi leurs orientations sexuelles et politiques, leur état de santé. Avec l'accord de la CNIL.
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Détenteurs d’armes à feu : attention à vos fesses !

Publié le 25 mai 2020
- A +

Par h16.

Certes, le déconfinement va bon train, mais pour le gouvernement, ce n’est certainement pas une raison pour ne pas enfiler quelques humiliations routinières sur celles qu’il a déjà accumulées les deux mois passés.

Plages dites « dynamiques » (y poser ses fesses constituerait une atteinte certaine à la sûreté sanitaire hexagonale), parcs toujours fermés, bars et restos qu’on continue de laisser faire faillite en chantant les louanges d’un système social dont tout montre qu’il fait agoniser le pays dans des prélèvements pharaoniques, le gouvernement, contre le peuple, semble choisir la mollesse et le retour à la normale le plus lent possible, le tout décoré de ces inévitables vexations procédurières histoire d’en grever encore la productivité, des fois qu’une reprise économique se pointerait au dépourvu.

Heureusement, les petites et grosses saloperies légales ont eu deux mois pour s’épanouir et le gouvernement, focalisant habilement l’attention des citoyens sur sa fine gestion, son discours solide et son équipe d’experts au taquet, a pu passer quelques décrets dont les conséquences ne se feront sentir que très progressivement mais qui n’en demeurent pas moins parfaitement iniques.

J’en veux pour preuve la récente parution au Journal officiel du décret n°2020-487 du 28 avril dernier dans lequel le gouvernement s’est attelé à créer une base de données pour recenser les armes à feu dans le pays. La création d’un tel fichier ne surprendra évidemment personne, tant il apparaît indispensable de savoir qui, parmi nos concitoyens, peut bien posséder des armes diverses et variées : il est, après tout, grand temps qu’on fasse un petit recensement de toutes ces pétoires plus ou moins légales que certains semblent se procurer avec tant de facilité, notamment dans certains quartiers émotifs.

Gageons donc que cette nouvelle base de données permettra enfin de savoir à qui peuvent bien appartenir les kalachnikovs et autres mitraillettes qui permettent à notre presse de ne pas relever le niveau alarmant des fusillades françaises, confinement ou non.

Malheureusement, il ne faudrait pas se réjouir trop vite : même si on se doute que, devant la reprise de ces fusillades, les autorités sauront se montrer à la hauteur comme elles l’ont toujours été avant et pendant la crise, le décret comporte quelques aspects troublants qui laissent perplexe sur les intentions réelles qui ont motivé sa production.

Sa lecture attentive, exercice délicieux qui vaut assurément les meilleures pages de notre grande littérature, permet de découvrir (article 1, portant sur la révision de l’article R. 312-85) que la création de cette base de données permettra notamment la collecte de données à caractère personnel. Par caractère personnel, on peut ici lire, en détails, qu’on pourra recueillir les opinions politiques, les convictions religieuses, l’appartenance syndicale ou la santé de la personne faisant l’objet de l’enquête administrative menant à son inscription dans la base, ainsi que sa prétendue origine raciale ou ethnique, sa vie ou son orientation sexuelles.

Mieux encore, l’autorisation de cette collecte vaudra aussi pour une personne autre que celle faisant l’objet de l’enquête administrative, sous réserve que « ces données se rapportent à une procédure dans laquelle la personne faisant l’objet de l’enquête administrative est mise en cause ».

Si l’on pourrait comprendre qu’il peut être intéressant de ficher une personne potentiellement dangereuse lorsqu’elle viendrait à posséder des armes (fichage dont on se doute, sans grande difficulté, qu’il se pratique déjà de façon moyennement officielle), on se demande exactement ce qui a poussé le législateur à donner ainsi une telle largesse dans la collecte de données personnelles dans ce nouveau cadre.

Certes, le fichage existant est mal boutiqué et peu dématérialisé au point que les différents services de l’État s’emmêlent régulièrement les pinceaux dans les déclarations d’armes et la petite paperasserie accompagnant (toute ressemblance avec d’autres administrations en charge, au hasard, de l’importation de masques sanitaires ou de gérer les EHPAD est évidemment pure coïncidence). Certes, la numérisation et la dématérialisation complète de ces données étaient réclamées par certains possesseurs d’armes qui peuvent espérer, au bout, une simplification administrative (ce qui montre un optimisme étonnant, si on se réfère par exemple aux cartes grises automobiles).

Il n’en reste pas moins que ce nouveau fichier accorde une invraisemblable largesse dans la collecte des données. Consultée, la CNIL a immédiatement fait son travail de rempart de nos libertés et de nos droits fondamentaux… en s’aplatissant à peu près complètement, ce qui permettra aux autorités de mener leur projet exactement comme elles l’entendaient.

Le décret est paru, les nombreux rouages de l’administration sont déjà en marche et petit à petit, la nouvelle base de données va se mettre en place.

On imagine sans mal les prochaines étapes : comme pour la carte grise, après l’inévitable mise en route pénible, les bugs, les ratés et les délais qui calmeront les ardeurs de beaucoup de détenteurs d’armes à vouloir se déclarer, on se doute que le fichier sera rapidement utilisé pour conserver des données de plus en plus personnelles sur ces individus qui, s’ils sont détenteurs d’armes et respectueux des lois, n’en constituent pas moins une menace claire pour la sécurité de l’État, surtout le jour où il faudra s’en passer, ce dernier étant devenu complètement fou en plus d’être nocif.

Enfin, gageons que jamais ce fichier ne poussera l’État à imposer un quota maximum d’armes par détenteur, à diminuer ce quota d’année en année jusqu’à arriver à zéro. D’ailleurs, les autorités ont juré, promis-craché, que cette idée ne leur avait jamais traversé la tête.

Dès lors, ira-t-on jusqu’à dire qu’une bonne partie de ces individus est issue de la France rurale, celle qui ne vote pas vraiment ni pour Macron ni pour les autres socialistes ? Ira-t-on jusqu’à imaginer que l’actuel pouvoir en place se donnerait ainsi les moyens d’établir un fichage discret mais précis de cette France périphérique qui, possédant des armes, pourrait constituer un vivier de séditieux lorsque viendra le moment où il faudra donner quelques coups de pelle dans des nuques pas trop citoyennes afin de remettre le pays dans le droit chemin de la richesse perpétuelle et collective ?

Non, assurément, il ne s’agit absolument pas de ça.

détenteurs d'armes

De même que le traçage (à des fins sanitaires, voyons, seulement sanitaires !) ne peut absolument pas déboucher sur un pistage permanent du citoyen, de même que le croisement de tous les fichiers de toutes les administrations ne servira qu’à mieux simplifier la vie des perceptions et des organismes de collecte, ce fichier détaillé des détenteurs d’armes, de leurs orientations sexuelles et politiques, de leur état de santé n’amènera jamais l’État à étendre la notion d’arme pour y englober de plus en plus de citoyens dont, enfin, on pourra stocker les petits travers, les petites orientations, la religion ou l’ethnie.

Tout ceci n’arrivera jamais, parce que cela ne s’est jamais produit avant dans l’Histoire, bien sûr. Heureusement que nous avons évité le pire (sans cela, qu’aurions nous lu dans les journaux !) et que c’est un gouvernement responsable d’individus valeureux et à la morale d’airain qui s’occupe de mettre ce fichier en place.

Imaginez si, un jour, un parti populiste extrémiste venait à récupérer le pouvoir, légalement, par les urnes ! Peut-être trouverait-il là matière à honteusement détourner le sens de ces lois, ne croyez-vous pas ?

Oh. Non. J’exagère évidemment.

—-
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  • Ce qui est rassurant est que le non chasseur, la majorité de la population et au delà ne sera jamais dans ce fichier, même à la campagne le chasseur ce fait rare et bouffer du gibier toute l’année, ça lasse, le ragoût n’est pas vraiment de la fine cuisine et chasser en talon aiguille dans le bois de Boulogne pas très confortable.
    D’où la question et votre réponse à la question, le fusil n’est que le prétexte à ficher l’opposant et même les autres… En fait cela ne serait pas destiné plutôt aux possesseurs légitimes d’armes de service histoire de se prémunir d’un renversement du gouvernement par.. Nos militaires et permettre un bonne épuration à la turc ?

    • Si même le gouvernement a peur des gens d’armes ou allons nous ?

      (En fait seuls les brigands n’ont pas peur).

      • Un brigand n’attaque que le peuple, efficace avec un révolver, le problème est résolu en un clin d’œil, pour prouver sa virilité l’arme blanche est conseillee, l’utisateur peut se couper la victime à une petite chance, c’est l’histoire des mousquetaires et de leur rapière et de leur panache.
        Pour nos z’elites en cols blancs, ayant abandonné la culotte, signe distinctif de l’ autorité, il ne leur reste que la loi de la république, y a plus de mousquetaires pour défendre le roi mais on peut compter sur les juges, les ong, les associations de boulistes et les défenseurs de la liberté comme la cnil, le csa etc le traite à de l’avenir comme il a eu un passé glorieux avec juda

    • Aux états-unis, il y a peu, un groupe de personnes était chargé de définir une interprétation « secrète » de la loi, afin de justifier pata-légalement ce qui pouvait apparaître illégal à la justice normale dans les agissements du gouvernement.
      Dans notre cas, ça donnerait: « Tout le monde possède une potentielle future arme par destination. Donc tout le monde possède une arme. Donc on peut joyeusement faire notre Tinder gouvernemental secret sans rien demander à personne. »

  • Ce gouvernement me file la gerbe…
    Franchement, est-ce que ce décret est prioritaire en ce moment? Tout comme la loi Avia, la PETITE OBLIGATION de déclarer au fisc la détention d’un coffre dans une banque!!
    https://www.google.fr/amp/s/investir.lesechos.fr/amp/1908791.php

    Ils vont bien se marrer dans les préfectures quand on fera un dossier de renouvellement, déjà qu’ils n’ont aucune formation et ne comprennent rien aux systèmes d’armes voir même catégories et qu’Agrippa est bourré d’erreur.

    Bref en marche vers 1984

    • Essayez d’obtenir une double nationalité…comme ça vous pourrez renoncer à votre nationalité française. Certaines nationalités – comme la nationalité italienne – sont relativement faciles à obtenir via le droit du sang notamment.

      • Juste une question,

        comment la double nationalité peut elle protéger contre ce genre de loi, fichier ou autre ?

        Marié à une étrangère, je pourrais demander sa nationalité, mais jusqu’à présent (en 40 ans) je n’y ais jamais trouvé d’avantage…

        • ben les avantages c’est peut etre dans son pays que vous pourrez les trouver quand on aura fermé le rideau de fer!

      • Je l’ai déjà, mais l’autre pays se porte économiquement guère mieux ( Portugal). Au moins la liberté a l’air plus préservée

  • Pas besoin qu’un parti extrémiste récupère le pouvoir. Nous avons l’extrême centre. Qui a d’ailleurs commandé tout ce qu’il faut pour lutter contre le peuple.
    https://reporterre.net/En-mars-le-gouvernement-a-lance-l-achat-de-gaz-lacrymogenes-plutot-que-des-tests-du
    Quand donc les Français vont-ils comprendre ce qui est en train de se mettre en place?

    • ce qui est drôle c’est que les lois liberticides par le danger qu’elle représentent , au cas où un partit méchant  » arrive au pouvoir , constituent une « raison » pour essayer d’ interdire ou de faire taire les partis méchants…

  • Vous n’avez pas d’armes ? La tendance étant au virtuel, l’état dans sa grande générosité va vous en attribuer une. Ainsi, vous serez fiché d’office. Et dans la base, on pourra ainsi aussi mettre ce que l’on veut. C’est pratique. Religion, régime alimentaire, activités, couleur préférée…
    Imaginez la requête suivante : sélectionner tous les musulmans chassant le cochon sauvage et aimant la couleur rose… Si ce n’est pas étrange…
    Ou bien : sélectionner tous les écologistes véganes chassant le dahu sauvage et aimant la couleur rouge… C’est aussi étrange… Tous des cas suspects.

    Nous n’y sommes pas encore. Mais pas à pas, aucun doute, on s’en rapproche.

  • De toute façon sans un équivalent du second amendement, toutes les autres lois supposées protéger nos libertés sont promesses d’hommes politiques. En abandonnant le droit de porter (pas seulement de posséder, je dis bien PORTER) des armes, les français sont passés du rang de citoyen à celui de contribuable. Donc il n’ y a absolument RIEN d’étonnant à ce que nos libertés fondent comme neige au soleil. C’est triste mais la liberté s’oppose à l’esclavage. Et l’esclavage est une violence qui se combat par la violence (ou la menace de celle ci). Un peuple désarmé c’est du bétail.

    • ‘ un peuple désarmé c’est du bétail’ voilà une vérité bien résumée !!
      merci Mitch (évidemment +1)

    • @Mitch
      +1
      « L’arbre de la Liberté a besoin de temps en temps d’être arrosé du sang des tyrans et des patriotes. »
      Les Peuples voient leur liberté s’évaporer par des lois. Pour la (re)gagner, c’est avec du sang, malheureusement.

  • A quand l’inventaire des couteaux de cuisine?

  • « Imaginez si, un jour, un parti populiste extrémiste venait à récupérer le pouvoir … etc  » Ca s’est fait il n’y a pas si longtemps

  • « Le décret-loi du 18 avril 1939, promulgué dans le but d’éviter une insurrection, prohibe les armes à feu. Dans un souci de prohibition totale, le régime de Vichy ira en 1941 jusqu’à punir de mort la possession d’arme par ses citoyens ». Source wikipédia.
    Juste une resucée de l’Histoire, on est proche de 1941…

  • La loi Avia d’un côté, nouvelle loi anti-arme d’un autre.
    On n’a plus le droit d’avoir des opinions différentes de la doxa officielle, et on n’a pas le droit de défendre ses opinions, ni ses droits.
    Ca me rappelle :
    « Les idées sont plus puissantes que des armes. Nous ne laisserions pas nos ennemis avoir des armes, pourquoi les laisserions-nous avoir des idées ? » – J. S. dit Le Petit Père des Peuples.

    The Yankee Marshal a fait une rencontre nocturne :
    « https://www.youtube.com/watch?v=zbO5-zbtGjw »

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